13. Moi j'ai les deux, le palais et l'oeil !

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Jules montre la photo : « ah oui je l'ai vue! J'ai l'œil aussi, je veux dire, pour les filles. Certains ont le nez, pour les parfums. D'autres le palais, pour les vins. Moi j'ai les deux, le palais et l'œil. Par contre, pas commode, hein, cette fille… Je l'ai vue, seule, en fait, elle est venue, manger très tôt, toute seule, elle a grignoté une assiette de charcuterie avec un verre de vin, puis elle a rassemblé ses cheveux sous une casquette et elle a filé. »

C’est l’associé de l’Ayatollah, un dénommé Thomas. Jules est entré dans le restaurant et quand il l’a interpellé, il l’a observé avec méfiance en fixant bizarrement son œil au beurre noir : « vous êtes sûr que vous êtes enquêteur ? »

  •  J’ai eu un accrochage en vélo, élude Jules.

L’autre a ricané, et puis il a haussé les épaules. Quand Jules a sorti la photo de Fanny, il s’est mis à parler avec intérêt. Et maintenant il l’interrompt :

  •  Comment vous savez tout ça
  •  C’est moi qui servais en début de service.
  •  Tout seul ?
  •  Non, mais là c'était moi qui me suis occupé d'elle, je me rappelle car j'ai essayé de la dérider, de lui parler, mais y'avait rien à faire, elle décrochait pas un sourire, et juste des phrases avec trois mots de 4 lettres maxi, sujet verbe complément.
  •  Et pourquoi elle est partie si soudainement, en cachant ses cheveux
  •  Ça shépa.
  •  Réfléchissez, qu'est-ce qui pousse une jolie femme, même si c'est un garçon manqué, à venir seule au resto, à grignoter sans parler et partir en catimini, voire subrepticement ?
  •  Peut-être qu'on lui a posé un lapin...
  •  Vous y croyez ?
  •  Non, en fait, je m'en souviens, elle est arrivée seule vers 19h30, c'était la première, je lui ai dit qu'elle pouvait s'installer à cette table, là, mais jusqu’à 20h30 seulement, après c'était réservé, "parfait ça m'arrange elle a dit, je n'attends personne"
  •  Et quand elle est partie, vous n'avez rien remarqué de particulier, des gens spéciaux ou quelque chose ?
  •  Ben non, ceux qui avaient réservé sa table n'étaient même pas encore arrivés... en fait... si
  •  En fait quoi ?
  •  En fait, à une autre table, il y a eu des gens bizarres.
  •  Bizarre ?
  •  Mal assortis, je dirais.
  •  C’est-à-dire ?
  •  Une mère avec sa fille, genre 20 ans. Toute pâlotte, elle avait l’air mal à l’aise et… comment dire, un peu à l’ouest, voire carrément. La femme avait dans les 55-60 ans, elle faisait plutôt autoritaire, genre dominante même, vous voyez ?
  •  Ouais, elle ressemblait à ça ? Jules lui montre la photo de F. Van Loewen.
  •  Ah ouais c'est ça !
  •  Et la fille, elle ressemblait à quoi, à celle de l’autre photo ?
  •  Ah non, pas du tout le genre. Assez grande, plutôt mince, mais plus mon genre, forte poitrine et visage fin, bien dessiné. Grands yeux de biche. C’est surtout ça qui m’attirait. Mais elle avait l’air si triste. Et un peu larguée…

Fanny lui avait donc menti !... Elle était au Verre Volé le soir de la noyade, et la Van Loewen aussi. Merde elle lui avait menti. Il savait bien qu'elle lui cachait quelque chose. Mais qui était l’autre fille ? Elle n’avait pas de fille… Alors quoi ? La vieille était à voile et à vapeur… ?

Jule se sentait mal à l'aise. Putain. Il y avait peut-être un moyen de le savoir...

  •  Vous avez une caméra vidéo ici ?
  •  Nous non, on a une alarme pour la réserve de vins, mais pas de caméra. En revanche, le magasin d’en face, peut-être, ils ont beaucoup de stocks. Et il lui montre la devanture orange d’un magasin de produits d’arts qui fait l’angle en face. Au-dessus de la porte d’accès à la réserve, Jules croit deviner un truc rond comme une petite boule brillante.

Maintenant il savait quoi dire à Raymond. Fanny était bien présente au Restau le soir du meurtre et il avait un témoin. Ça ne suffisait pas à prouver qu’elle l’avait tuée, mais elle avait menti… et il allait devoir lui demander pourquoi. Il se dirigea vers le magasin aux façades orange.

Il repassa chez Legall, pour faire le point avec Amandine sur le dossier, sans lui dire qu’on lui a retiré. En revenant à l’appartement, il sifflotait et s’acheta de quoi manger : des pâtes, du fromage râpé, quelques oignons, un pot de pesto et un pack de bières. En avisant le regard de la caissière sur son choix, il soupira avec fatalité en lui rendant son regard. Oui, il se fait toujours à manger comme un étudiant, et il n’est pas encore prêt de savoir cuisiner comme Pepe Carvalho qui résolvait ses enquêtes en se faisant à recettes à la catalane…

Pendant qu’il fait chauffer l’eau des pâtes, il s’assoit devant son ordi et écrit un mail à sa mère pour lui donner des nouvelles. L’escapade de Gauthier au Havre lui a fait penser à Rouen, et à sa mère. Sa mauvaise conscience avait fait le reste. Quelques nouvelles de sa vie parisienne, son nouveau job prenant : je persévère chez Legall, tu avais raison, ça me convient. Ton ami me fait confiance, tu l’as connu comment déjà ? Pas de réponse. Bon, dans une semaine, je retourne à l’école pour 3 semaines, et ainsi de suite. Il disait cela pour la rassurer. Mais il n’expliquait pas trop ce qu’il faisait, les enquêtes mesquines sur la vie des gens et leurs infidélités, le travail sordide au jour le jour. Il ne lui disait pas qu’il était un détective au petit pied, mais il se définissait comme enquêteur juridique. Ce n’était pas faux, mais ça ressemblait à une pub mensongère. Pour la suite, il disait qu’il enquêtait sur l’agression d’une personne depuis une semaine et qu’il cherchait à savoir la vérité. C’était ça son travail, trouver la vérité derrière les mensonges des gens et c’était plutôt inspirant. Il expliquait avoir rencontré une femme aussi, sans s’attarder sur les circonstances. Il ne disait pas non plus si elle était inspirante car il ne savait pas vraiment quoi en penser lui-même. Il terminait en promettant de venir la voir bientôt quand il aurait du temps. Mais là, cette affaire occupait tout son temps et son esprit.

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