Chapitre 5 2/4

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J’imaginais me retrouver dans un centre médical mais, passé la porte en fer, les murs aux moulures et aux boiseries d’une autre époque me prouvèrent le contraire.

  • Nous sommes dans hum… la partie hôpital de notre Athénée.
  • Qu’est-ce qu’un Athénée ?
  • C’est une sorte d’école, d’institution pour les aelfrens.
  • Qu’est-ce qu’un aelfren ?

Je découvris le rire enfantin de Lyndis.

  • Chaque chose en son temps sinon tu vas t’évanouir.

Nous croisâmes deux hommes, puis une femme. Chacun vêtus d’une tenue militaire ou d’une blouse médicale d’une mode inconnue. Soit, la couleur de leurs cheveux paraissait anormale, soit c’était celle de leurs iris. Chacun était également doté d’une odeur prononcée. Quel genre d’êtres étaient-ils tous ?

  • Lyndis !

Un jeune homme avec des taches de rousseur accourut vers nous. Il tendit un dossier au docteur, inspira fortement puis remonta ses lunettes arrondies sur le nez. Ses yeux étaient aussi ambrés que ceux de Lyndis et la couleur de ses cheveux rappelait le camaïeu des flammes. À son approche, une odeur de braise boisée s’intensifia.

  • Riyen. Qu’est-ce que…
  • Ce sont les résultats que vous m’avez demandés en urgence ! Le corps était bien celui d’un humain. Mais le sujet présente plusieurs génomes différents. L’un est humain, l’autre est…
  • Très bien ! Très bien ! Je découvrirais le reste plus tard.
  • Mais… Vous voulez que j’énonce un résumé d’habitude. Pourquoi vous…
  • Pas aujourd’hui, Riyen. Viens, Perlie, on y va.

Riyen, étonné, sembla enfin découvrir ma présence. À la suite d’un reniflement impoli, ses yeux rougeoyèrent.

  • Perlie ? La Perlie Juncker du dossier ?

Lyndis ne dit rien mais je sentis une énergie étouffante émanée d’elle. Riyen sembla effrayé et s’éloigna de quelques pas.

  • Très bien, leknær. Comme vous voudrez.

Le jeune analyste nous salua brièvement avant de s’éloigner davantage sans me quitter des yeux. Que venait-il de se passer au juste ? J’observais le docteur en quête d’une réponse.

  • Il parlait de moi ?
  • Ne te préoccupe pas de ça.

Je lui barrais la route dans le couloir aux tapisseries et décorations anciennes.

  • Répondez-moi. Est-ce moi, le « elle » ?

Lyndis attrapa doucement mon bras pour me diriger dans la prochaine salle.

  • Perlie, sois patiente. Nous sommes arrivées.

Elle m’invita dans une sorte de grand salon orné d’une immense cheminée. Le mobilier qui habillait le sol datait probablement d’une époque passée. J’étais énervée. Je voulais savoir.

  • Assieds-toi, je vais te chercher quelque chose à grignoter.

Lyndis passa la porte du fond tandis que je choisissais la place la plus reculée afin d’avoir une vue dégagée sur la sortie. On ne sait jamais.

Une femme aux longs cheveux bleu foncé me dépassa silencieusement pour s’accoler au mur sur ma gauche. Elle portait une sorte de combinaison de commando sombre, futuriste et des armes tranchantes étaient accrochées dans son dos et à sa taille. Un air marin toucha mes narines et je découvris l’océan tumultueux de ses yeux. Nous suivait-elle depuis la chambre ? Cette femme était étonnamment discrète.

  • J’imagine qu’on t’a demandé de me surveiller.

Elle acquiesça de la tête. L’encre encore rougie d’un de ses tatouages m’intrigua.

  • Ça veut dire quoi toutes ces marques ?

La garde jeta un œil à la porte de la cuisine avant de le reporter sur moi. Puis croisa les bras mettant davantage en avant la pléthore de petites lames qu’ornait sa peau claire.

  • Le nombre de déchu que j’ai tué.

Je sifflais, étonnée.

  • Tu dois être une sacrée tueuse.
  • À ton avis ?

J’étendis les jambes et regardais mes bras. La réminiscence de me voir me jeter sur le monstre me fit frissonner. Secouant la tête, je me défis de cette vision aussi imposante qu’ensanglantée.

  • Moi aussi, j’aurais un tatouage ?
  • Pourquoi tu en voudrais un ?
  • Pour prouv.. me rappeler que j’en ai tué un.
  • Supporterais-tu de voir chaque jour le nombre de vies que tu as prises ? Toi qui dérailles déjà à la première…
  • Je… Tu as sans doute raison…

Lyndis apporta un plateau sur lequel reposaient deux sandwichs et un verre de jus de fruit. La vue de la nourriture me rappela soudain à quel point j’avais faim. Aussi, je me jetais impoliment sur l’assiette. Le docteur s’assit sur ma droite et attendit patiemment que je sois repue.

  • Donc vous êtes le docteur qui fait des expériences bizarres et elle, c’est l’une des guerrières qui nous protège des monstres. J’ai raison ?

La jeune garde sourcilla, le sourire en coin. Lyndis émit de nouveau son petit rire cristallin. Sa présence me mettait vraiment à l’aise.

  • C’est un peu ça. Même si c’est bien plus complexe que tu ne le penses. Ewa fait partie de nos bellicistes. Une sorte de… comment vous dites… militaire.

Ses yeux reprirent soudainement son sérieux :

  • Perlie. Est-ce que tu sais d’où tu viens ? Qui sont tes ancêtres ?

Je grimaçais. Je n’aimais pas parler de ma vie. En même temps… J’avais envie de confier mes déboires à cette inconnue. Peut-être pourrait-elle comprendre ? Après tout ce que je venais de vivre… Je choisis l’honnêteté.

  • Je sais pas. J’ai perdu mes parents vers onze ans dans un accident de voiture. Une amie m’a adoptée ensuite.
  • Et tu sais d’où viennent tes parents ?
  • Non, pas vraiment, quand on m’a retrouvée, j’étais amnésique et je me souvenais que de mon prénom. C’est grâce à ma tante que j’ai pu me souvenir de quelques moments avec eux. Mon passé est encore extrêmement flou.

À part, cette fameuse ville à laquelle j’ai commencé à rêver depuis ce fameux jour.

  • Je suis désolée, Perlie. Ta vie semble être bien tourmentée.
  • Apparemment, pas autant que la vôtre si vous passez vos soirées à traquer des vampires.

De nouveau, j’entendis le doux rire de Lyndis. Elle comprit le changement de conversation que je voulais imposer.

  • Le terme vampire a été inventé par les humains, nous préférons le terme déchu car la perte de leur âme est plus importante dans notre culture que le fait qu’ils vampirisent le sang. Et quand tu n’as plus d’âme, tu n’es plus protégé par le Divin.
  • Vous êtes religieux ?
  • La religion est aussi une création humaine. C’est plus un mode de vie pour nous. Il y a des millénaires, nos peuples ne faisaient qu’Un avec Dieu.

De quel peuple parlait-elle ? J’allais poser la question mais Lyndis m’en coupa l’envie en bougeant la tête de gauche à droite. Pouvait-elle lire dans mes pensées ?

  • Comment faites-vous pour vivre cachés parmi nous ?
  • Les humains sont devenus tellement individualistes et scotchés à leur technologie qu’ils ne remarqueraient même pas si l’une de nos escouades combattait un déchu devant eux. Et puis, nous pouvons effacer leur mémoire.
  • Je vois. Mais comment vous faites avec Big Brother ? Ceux d’en haut vous ont forcément repérés, non ? Des militaires à la poursuite de monstres dans les rues de Paris, ça ne se loupe pas !
  • Qui te dit que nous ne faisions pas partie de ceux d’en haut ?

J’écarquillais les yeux. Évidemment ! Cela expliquerait de nombreuses choses.

  • Est-ce que c’est votre métier de tuer des déchus toute la journée ?
  • Ça ne l’est pas. C’est plutôt un devoir pour nos bellicistes. Entraîner les guerriers et traquer les êtres surnaturels néfastes à l’Ordre.
  • L’Ordre ?
  • Les Originels, porteurs d’Essence. Ils nous gouvernent d’une certaine manière pour le bien de tous. Même des humains.

Cela devenait compliqué. Il existerait un peuple d’aelfrens dont l’Ordre, dirigés par des Originels qui eux-mêmes, gouverneraient des militaires futuristes pour le bien de la planète. Avais-je tout bon ?

  • Qu’est-ce qu’une Essence ?
  • Chaque aelfren naît avec une affinité énergétique liée à l’un des quatre éléments. Certains ont une énergie plus ancienne et peuvent la matérialiser. On appelle ça l’Essence.
  • Vous n’en avez pas vous ?
  • Non. C’est comme ça. Certains sont plus privilégiés comme les Originels.
  • Votre élite, je présume ?
  • Tu présumes bien. L’Essence se transmet par le sang et le leur est disons… plus pur. Nous avons donc le devoir de protéger cette pureté.
  • C’est toujours les plus pauvres qui triment au détriment des plus riches à ce que je vois.
  • Notre rapport à la richesse diffère mais oui, la comparaison est assez juste.

Je souriais discrètement. Leur société n’était pas forcément si différente de la nôtre après tout.

  • Est-ce que vous allez enfin me dire ce que je fais là et ce que vous êtes ?
  • Chaque chose en son temps. Viens, je vais te faire visiter.

Nous passâmes de nouveau plusieurs couloirs et j’ouvris mes poumons à l’air frais en sortant. Le soleil était haut dans le ciel et malgré la chaleur, le vent la rendait supportable. Une fontaine dominée par une statue d’un homme avec un trident me faisait face. La végétation taillée avait été chouchoutée et brillait de vivacité. En levant la tête, je découvris l’architecture aux colonnes immaculées du bâtiment antique que je venais de quitter. De l’autre côté, à plusieurs mètres, se tenaient d’autres bâtisses aussi historiques que la première.

  • Bienvenue dans notre Athénée, Perlie. Devant, tu as le pôle administratif et sur la droite, il y a les Manoirs des Sciences Spirituelles.

Derrière de nombreux arbres qui se mouvaient au gré de la brise bienvenue, je discernais les pourtours de vieilles maisons aux allures un peu gothiques. Je vis la garde passée du coin de l’œil. J’avais senti son air marin tout du long mais à l’extérieur, l’odeur s’était amoindrie.

  • Sciences Spirituelles ?
  • Une des matières enseignées dans cette école. Suis-moi.

À quoi cela correspondait exactement ? Je m’intriguais.

Lyndis suivit le chemin des pavés lissés, délimités par diverses fleurs colorées. Plusieurs minutes après, une sorte d’énorme lac s’allongeait sur notre gauche. Une fille remontait le cours un peu trop vite à mon goût. Deux autres personnes, sur le ponton en bois de l’autre côté de la rive, semblaient élever des énormes gouttes d’eau dans les airs avec leurs mains. Le docteur devina mon regard.

  • Les élèves ici sont un peu différents de… Des humains. Disons que les aelfrens ont des capacités… spécifiques. L’Essence, comme je te l’ai dit.

Une blague ? C’était une blague, n’est-ce pas ? Ne me dites pas que l’Avengers Académie existait réellement ! Mes yeux me jouaient des tours, ce n’était possible autrement.

  • Encore un peu de patience, Perlie. Tu finiras par tout comprendre.

Sur la droite se dressaient plusieurs autres bijoux de construction. Certaines d’une autre époque passée, d’autres plus géométriques et modernes. Jusqu’où cette école se délimitait-elle ? Plus je dépassais les bâtisses, moins j’en voyais le bout. Quelques belvédères nous accueillaient de temps en temps. Certains élèves lisaient ou discutaient dessous, profitant d’être à l’ombre. Ils portaient une sorte d’uniforme stricte : blazer, jupe ou pantalon. Encore une fois, Lyndis, suivit mon regard éloquent.

  • Nous devons jouer le jeu pour la société humaine. Nous sommes contre ces formes sectaires de catégorisation ou d’appartenance à une caste.
  • C’est une école de riches ?
  • C’est la superficialité que nous donnons. Le gouvernement nous laisse tranquille et les classes moyennes comprennent que seule une élite aisée peut nous rejoindre. Nous sommes plus tranquilles.
  • Et c’est ce que vous faites ? N’accepter que des élèves de fils à papa ?

Lyndis pouffa en levant sa main qui tenait un dossier.

  • Pas tout à fait. Notre sélection est tout autre. Tu vas tout comprendre. Viens, à cette heure-ci, ils devraient s’entraîner dans le gymnase.
  • Qui ça ?
  • Les enfants des Originels.

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