Histoire des parents

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Revenons aux parents qui sont le sujet même de cet exposé. Historiquement le père était tout puissant. Il avait quasiment droit de vie et de mort sur ses enfants. Leur éducation est passée progressivement du curé au maître d'école, puis du maître d'école au père, chef de famille. Un chef qui devait éduquer ses enfants et dresser son épouse afin qu'elle remplisse correctement ses devoirs : bien tenir sa maison et bien élever ses enfants. Il a fallu attendre la loi du 4 juin 1970 pour que l'autorité parentale soit partagée entre les deux parents, et la loi du 11 juillet 1987 pour que cette autorité parentale conjointe soit maintenue, y compris dans le cas de séparation du couple parental. Il ne faudrait pas croire que toutes les mères étaient dociles, serviles, envers leur époux, ou maltraitées par lui. Très souvent leur contre pouvoir s'exerçait de manière efficace au sein de la cellule familiale, renforcé par la place importante que tenaient jadis les grand-mères.

Cybèle, la mère de Zeus et Rhéa, la mère de Jupiter le « père céleste », étaient adorées des grecs et des romains qui organisaient chaque année au printemps des cérémonies en leur honneur. Napoléon en 1806 eut l'idée d'organiser une fête nationale pour les mères de familles nombreuses. Depuis 1907 aux U.S.A une fête des mères est instituée le second dimanche du mois de mai. En France elle date du 20 avril 1926 et ce n'est pas le maréchal Pétain qui en est le promoteur, il n'a fait que la réactiver en 1941. Dans le dogme catholique tout le mois de mai est consacré à la mère de Jésus, c'est « le mois de Marie ».

Mais ce n'est qu'au début du XXème siècle que l'on attribue à la mère toute sa valeur en matière d'éducation et de développement psychologique des enfants. Au point que pendant plusieurs décennies le nom du père s'est retrouvé « forclos » selon cette formulation célèbre de Jacques Lacan : « les non-dupes errent. » Et si aujourd'hui la psychanalyse est honnie par les associations de parents d'enfants autistes, c'est surtout parce que certains psychanalystes, dont Bruno Bettelheim serait le chef de file, prétendaient que la mère était responsable de l'autisme et des troubles mentaux de ses enfants, en raison de désirs mortifères inconscients. Ce n'est qu'au cours de ces dernières années que s'est progressivement installé un processus de déculpabilisation des mères chez la quasi totalité des psys, que l'on place les deux parents sur un pied d'égalité, même si l'on peut regretter que la culpabilisation se maintienne encore beaucoup trop activée, cette fois sur le couple parental et non plus seulement sur la mère. En effet l'on entend régulièrement avancer, y compris dans les milieux professionnels, que si l'enfant présente des troubles du caractère et du comportements, certaines pathologies mentales, « c'est la faute de ses parents ».


Les hommes de loi ont offert à la mère la même autorité parentale qu'au père, les hommes de science ont développé la responsabilité, l'implication, du père, sans toutefois lui accorder la même importance qu'à la mère. Un nouveau vocable est employé par tous, celui de « parentalité ». En outre l'enfant doit être désormais considéré comme une personne dès sa naissance, comme un sujet à part entière, y compris en ce qui concerne sa propre éducation.


Il convient d'insister à nouveau sur le fait qu'en dehors de l'évolution des idées dominantes en matière d'éducation, il existe une permanence de toutes les théories, de toutes les conceptions, de toutes les méthodes qui se sont développées et côtoyées au cours des siècles. La complexité des systèmes éducatifs est telle qu'ils intègrent en leur sein un nombre considérable d'éléments complémentaires, interactifs ou contradictoires. Ainsi on peut y déceler des éléments chaleureux, aimants, affectueux, permissifs, ludiques, calmes, doux, conviviaux, bien traitants, tolérants, respectueux, diserts, libéraux, altruistes, justes, libérateurs, complices, éclairés, humains, cohérents, froids, privatifs, laxistes, sévères, rigides, drastiques, bruyants, brutaux, intransigeants, culpabilisants, moralisateurs, injustes, rigides, mensongers, dissimulateurs, étouffants, égoïstes, ambivalents, manipulateurs, maltraitants, sadiques, inhumains... L'éducation se limite encore dans bien des cas à apprendre aux enfants, via les raccourcis « fais pas ci, fais pas ça - dis pas ci, dis pas ça - ça c'est pas bien, ça c'est bien » sans explication ni échanges, à respecter les règles de la bienséance, de la bonne conduite en famille et en société.


Qualifier un système éducatif par un seul adjectif est une aberration, il serait plus juste de parler de « patchwork éducatif », de rechercher parmi les éléments cités plus haut ceux qui dominent, avec quelle intensité et pendant combien de temps, d'évaluer la crédibilité des déclarations. Aussi, affirmer d'emblée qu'un enfant tourne mal du fait de ses parents, est une autre aberration. Dans ce domaine, nous faisons preuve de paresse intellectuelle en dénonçant une faute, en désignant des responsables, des coupables, sans avoir consciencieusement interrogé, observé, analysé les comportements et les discours des personnes concernées, sans appréhender l'écart existant entre leur ressenti et leur réalité, sans nous méfier de notre propre ressenti.

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