Chapitre 22

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Guillaume Longue-tache avait cinq chevaliers à son service, il les a employé pour protéger sa baronnie de l’appétit de ses voisins et contre les maraudeurs orques pendant une vingtaine d’années. Alors qu’il était en croisade contre les Solariens, les incursions orques se faisaient plus pressantes, mais son fils Hugon le jeune, qui gouvernait le château en son absence, hésitait à quitter le domaine, estimant ses troupes suffisantes pour faire face aux bandes désorganisées de pillards orques. Cependant il se trompait car un fort parti d’orques prit d’assaut le château Iontach et en extermina les occupants jusqu’au dernier.

Ainsi s’achevèrent en même temps la Baronnie et la lignée.

Dos à dos, Eadrom et Hugon n’avaient plus rien à défendre, si ce n’est leurs propres vies. Les pictes refluaient dans le plus grand désordre et rien ne semblait pouvoir les retenir.

La situation de Fizran et de la sorcière, encerclés par une dizaine d’orques n’était guère plus favorable.

Seul Fradj semblait provisoirement à l’abri… il observait toujours les morceaux désormais inutiles de la ceinture de Gauvain dans un tel état d’hébétude que les orques en oublièrent purement et simplement sa présence… le considérant comme trop insignifiant pour représenter une menace.

Il est vrai que, comparé à ses compagnons, le gnome aurait eu du mal à faire peur à qui que ce soit.

— Ça ne peut pas se terminer ainsi, gémit-il. ÇA NE PEUT PAS SE TERMINER AINSI !

Et pourtant, la fin était proche… Eadrom, Hugon, Fizran et la sorcière allaient bientôt succomber sous le nombre. Privés à la fois de leurs alliés pictes et de leurs meilleurs éléments, les occupants du château seraient bientôt massacrés par les orques… « fin de la baronnie et de la lignée »… Eadrom Iontach qui luttait encore pour sa vie n’allait jamais venir au monde, il n’aura tout simplement jamais existé. Et lui, Fradj Cliquetis de Castelforge, allait mourir stupidement dans une autre époque dans une tentative ridicule de conter les exploits « authentique » d’un guerrier qui n’existerait jamais, mais qu’il avait pourtant cotoyé pendant des mois.

Et tout cela à cause d’un misérable picte qui a peur de son ombre.

Fradj se redressa de toute la hauteur de ses trois pieds et demi et se mit à courir à la suite des pictes en fuite.

— HAR-KULL ! Cria-t-il. Reviens ici, misérable tournoyeur de quintaine, trembloteur de lapin adulte, armure d’acier d’oracle sudérien, résidus de vessie de gobelin trouée ! Reviens ici, et bats toi comme un homme.

Le chef picte se retourna, adressa au gnome un regard désolé et se remit à courir.

La scène n’avait pas échappé à la sorcière, combattant toujours aux côtés de Fizran.

— Mon père n’est plus en état de se battre. Il faut fuir tant que c’est encore possible ! Venez avec moi.

— Je ne peux pas abandonner mes compagnons d’armes. Filez, je couvre votre fuite… Bonne chance à vous, et prenez soin de cet idiot de gnome s’il a la chance de survivre !

L’idiot de gnome n’en avait pas terminé pour autant avec Har-Kull : Les pictes avaient largement distancés les orques alors que les vociférations du barde de Castelforge résonnaient encore.

— Reviens, coach en trouille de Rincevent, les orques ont besoin de ta crinière pour se faire des brosses à cul… ou plutôt, continue de courir, le sultan du Kytar engage des ennuques.

La sorcière rattrapa le gnome et lui imposa le silence.

— Arrêtez de crier sur mon père. C’est un grand guerrier et les insultes ne peuvent se laver que dans le sang…

— De toute façon, répliqua le gnome, il a perdu ses attributs guerriers en même temps que ses boules à faire le coq et sa ceinture magique, je me demande pourquoi il a conservé son pantalon… et puis, vous avez raison, ça ne sert à rien… il est sourd comme une potiche !

— Potish ? Éructa le chef picte.

— Potiche est la pire insulte qu’on puisse adresser à un guerrier, précisa la sorcière… on ne l’utilise que contre les femmes – âgées et moches – qui parlent trop.

— Mais… je le savais pas, balbutia le gnome.

Har-Kull brandit son épée, un filet de bave aux lèvres, et se dirigea à pas lents vers le gnome… il ne semblait visiblement pas disposé à accepter des excuses.

Le Barde n’avait d’ailleurs pas l’intention d’en faire…

Il se mit à courir en direction des orques.

* * *

Les orques, qui pensaient la bataille finie, furent bien étonnés de voir deux ennemis les charger… un tout petit gnome et un immense guerrier picte.

Et chose étrange, c’était bel et bien le petit gnome qui dirigeait le picte…

Vous qui pensez avoir gagné

celui qu’avance puis qui recule,

est revenu pour vous saigner

C’est l’cheu-valier Hercuuule !

Au premier couplet, Fradj passa à côté d’un orque qui le suivit des yeux sans comprendre ce qui se passait… Har-Kull lui ouvrit le ventre au passage et continua sa poursuite.

Laissez passez orques vicelards,

planquez vous faites vous minuscules,

il va vous trancher l’gras du lard

le cheu-valier Hercuuule !

Au second couplet, deux orques tentèrent de s’interposer devant le gnomes, il les évita avec une agilité surprenante et Har-Kull les massacra avant de reprendre sa course.

Il est musclé, il est fortiche,

il aime trouer les ventricules,

ne le traitez pas de potiche,

C’est l’cheu-valier Hercuuule !

Au troisième couplet, le Xarkhan Ushnag rassembla ses meilleurs hommes pour les lancer sur le chef picte.

— MWÂPA POTISH ! beugla Har-Kull dans un breton très approximatif.

— Potish ? Répéta Ushnag sans comprendre…

Har-Kull changea aussitôt de cible et se rua sur le chef orque.

Ses braves se mirent aussitôt en position pour le recevoir… et ils auraient certainement triomphé du guerrier solitaire si quelques événements inattendus survirent au même moment.

Fradj passa en courant sans s’arrêter à côté des guerriers et planta sa dague au passage dans la cuisse d’un guerrier orque.

Les cris aigus des guerriers pictes retentirent aussitôt… la tribu était à nouveau en guerre.

Les cors bretons leur répondirent aussitôt… Le maître d’armes avait compris que l’issue de la bataille allait se jouer maintenant, et il engagea toutes ses forces pour faire pencher la balance du bon côté.

La bataille reprit donc, plus furieuse que jamais, Har-Kull et Ushnag reprirent leur duel brièvement interrompu…

Et Fradj fit ce qu’il avait l’habitude de faire dans ce genre de situations…

Il s’installa bien à l’abri, en haut d’un arbre, et regarda ses compagnons se battre.

* * *

Lorsque l’aube arriva, les orques avaient pris la fuite, laissant derrière eux les cadavres de leurs braves, de leur sorcier et de leur Xarkhan.

Pictes et bretons subirent également quelques pertes. Hugon lui même subit quelques blessures, dont une entaille à la jambe qui le cloua au sol. Seule la protection d’Eadrom empêcha les orques de l’achever.

Fradj hésita longuement avant de descendre de son arbre, sous l’œil encore sévère du chef Har-Kull… mais la fille du guerrier picte finit par le convaincre des « bonnes intentions » du barde en traduisant le dernier couplet, qui était bien à la gloire du chef picte, et non une injure.

Une fois à terre, Fradj lui tendit un objet.

— Tenez Messire Hercule, je pense que ça vous appartient…

La ceinture tranchée de Gauvain.

— Plus besoin, répliqua Har-Kull. Plus de malédiction… garder ceinture, cadeau !

Les orques ne représentant plus aucun danger, les pictes repartirent vers le nord. La sorcière partit la dernière, après s’être entretenue discrètement avec Fizran.

Ce dernier rejoignit ensuite ses compagnons.

— Savez-vous à quoi je pense, Messire Eadrom ? La survie de votre famille est maintenant assurée, nous n’avons plus grand-chose à faire ici… sauf peut-être prendre un peu de repos, mais en ce qui me concerne, je préférerais ne pas attendre trop longtemps… il me reste une tâche à accomplir.

— Êtes vous sûr que nous sommes vraiment tiré d’affaire ? Vous oubliez notre rencontre avec Hector, revenu à la vie sous forme de goule…

— que vous avez tué une seconde fois, poursuivi Fizran. Je pense que nous en sommes débarrassé.

— … et Nécros, termina Eadrom.

— que je tuerai moi-même une seconde fois lorsque nous serons de retour dans notre époque. Peut-être aimeriez-vous le faire vous même, mais il vaut mieux que je m’en charge… il ne faut jamais prendre le travail des professionnels.

— Je n’aime pas beaucoup vous entendre parler de votre métier avec autant de désinvolture, et pour le reste… Comment pouvez vous être sûr que Nécros ne fera rien ?

— Si nous repartons, il nous suivra. C’est logique… Rien de ce qu’il pourrait faire ici ne le servira s’il ne peut pas revenir dans son époque, or il ne peut le faire que par notre intermédiaire. Mais de toute façon, nous avons un moyen de le vérifier… Vous avez toujours votre chronique familiale.

— Toujours, elle ne me quitte pas depuis le début de cette aventure, et je m’y réfère de temps en temps pour voir comment la situation évolue. Vous faites bien de me le rappeler, c’est le moment idéal pour la consulter…

Eadrom sortit le manuscrit de sa besace et en estima rapidement l’épaisseur.

— Il me semble plus épais que la dernière fois… c’est plutôt bon signe.

Il commença sa lecture :

— Guillaume Longue-tache avait cinq chevaliers à son service, il les a employé pour protéger sa baronnie… – on a déjà lu ça dix fois – son fils Hugon le jeune repoussa héroïquement une forte troupe d’orques et sauva son domaine…

— Ça commence plutôt bien.

— Mais il fut blessé dans la bataille, poursuivit Eadrom, et cette blessure l’empêcha d’avoir une descendance. La baronnie fut transmise à Victorin le Louvier, un demi-frère conçu dans des circonstances bien mystérieuses. Ce nouveau baron ajouta un « loup passant » au blason primitif des Iontach.

Il interrompit sa lecture et adressa à Fizran un regard noir.

— Alors c’était ÇÀ, votre plan ? Remplacer ma lignée par vos descendants ? Et la sorcière picte ? Quel rôle joue-t-elle dans vos projets ?

— Vous n’y êtes pas du tout. Je n’ai aucun grief contre « votre lignée ». Vous essayez de la préserver pour assurer votre propre naissance, et je vous y ai aidé sans arrière-pensées, mais j’ai moi aussi un problème à résoudre : il faut que je rencontre un loup-garou natif, peu après mon infection, et il faut qu’il soit capable de m’apprendre à contrôler mes transformations avant que Lupin ne prenne le contrôle ou ne m’oblige à prendre des drogues de plus en plus fortes. La blessure d’Hugon n’a rien à voir avec « mes plans », comme vous dites… d’ailleurs, elle n’est pas de nature à le priver de ses moyens. Dans le pire des cas, il ne pourra pas monter à cheval avant plusieurs mois et pour le reste…

— Ce n’est pas ce que mes chroniques indiquent…

— Dans ce cas, il faut conclure que nous avons encore un problème à régler… probablement éviter une autre blessure.

Un sourd gémissement interrompit la conversation. Hugon s’était redressé. Il était appuyé contre un arbre, exhibant une grimace de douleur.

— Messire Hugon ! S’exclama Eadrom. Vous êtes blessé, vous ne devez pas vous lever.

— Voyons Messire Eadrom, nous sommes vous et moi des guerriers, les blessures font partie de notre quotidien. S’il fallait rester allongé pour chaque petite entaille, nous passerions notre vie au lit.

— La blessure doit cicatriser correctement, intervint Fizran. Faute de quoi vous pourriez rester boiteux pour une longue période… peut-être même toute votre vie. Et votre courage face à la douleur n’y changerait rien.

— C’est bon, soupira Hugon. Je vais rester appuyé contre cet arbre jusqu’à ce que vous m’apportiez une canne, puis nous rentrerons au château ou je me soumettrai aux bons soins de Sylène, en espérant ne pas rendre jaloux votre ami magicien… Il n’y a rien de pire que les magiciens jaloux : ils sont capables de vous nouer l’aiguillette.

Il se mit à rire sous les regards atterré d’Eadrom et Fizran.

Fradj lui apporta un long bâton noueux susceptible de servir de béquille, et ils retournèrent au château. L’entrée principale était fermée.

Mais ce n’était pas la seule surprise…

Un golem d’acier en gardait le passage.

— Chevalier au dragon ! S’exclama la créature. Mon maître veut vous parler… il a un marché à vous proposer.

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