Chapitre 2 - Sadralbe

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Cette saloperie de créature… Elle n’avait pas baissé la tête durant les prières… Forcément, une sauvage comme ça… Quelle idée de l’inviter à un repas royal ! Mais surtout quelle idée déjà de la maintenir en vie. Mais soit. Je n’avais rien fait, me contenant avec difficulté, mais je prenais sur moi. Je n’avais pas encore tous les ordres du roi. Elle n’avait pas lâché un son depuis que je l’avais réveillé, elle m’avait regardé et jaugé du regard, mais pas un son. Pas un non plus durant tout le repas. J’aurais adoré lui arraché une à une toutes ses petites dents pour l’entendre couiner. Ou plus si affinité. J’eus un rire léger, en la suivant dans les couloirs du palais, la bête ne tourna même pas la tête vers moi. J’avais eu beau lui parler, je n’en avais rien tiré. Je la frapperais, j’en tirerais quelque chose de bon. Il fallait que je la dresse, c’était bien pour cela que j’étais payé. Je m’assurai qu’elle soit enfermée, la bête, avant de quitter cet étage pour monter vers le bureau du roi. Ici on ressentait véritablement la puissance de notre royaume, sa force, sa richesse. Les tentures étaient riches, colorés, relatant notre histoire, les sol couverts d’épais tapis, les torchères en argent gravées, les fenêtres parfaitement transparentes donnaient sur les villages et les champs aux alentours, on pouvait même voir quelques toits en tuiles de bronzes verdis avec le temps de la chapelle et des niveaux inférieurs. Je continuai à marcher rapidement dans les couloirs sans m’arrêter un minuscule instant. Le roi me demandait, qui serais-je pour refuser ou même le faire patienter ?


Je frappai à la porte sculptée de son bureau, un serviteur me fit entrer dans l’anti-chambre avant de me demander d’attendre qu’il aille prévenir son maître. Il revient quelques secondes après et j’entrais dans le bureau. Il y régnait une odeur d’encre, de parchemins brûlés, ou non d’ailleurs, et l’odeur capiteuse d’une plante brûlant tout doucement dans une coupelle en étain. Le roi leva les yeux vers moi alors que je me fendis d’une profonde révérence. Il me désigna une petite table avec un plateau dessus :


« J’ai fait demander un repas pour vous. J’aimerais que vous me racontiez… les premières heures avec Midelia.

- Je vous remercie votre majesté. C’est… une vicieuse. »


Je m’assis souplement avant de me mettre à manger. Il ne s’était pas foutu de moi : le repas était délicieux, légumes rôtis, une belle tranche de viande et du fromage accompagné d’une coupe de vin pourpre. Il s’adossa à son siège, croisant les mains et plantant son regard clair dans le mien. Je repris la parole après quelques instants à mastiquer ma bouchée :


« C’est une vicieuse, elle n’a pas bronché, mais elle a un regard qui parle. Expliquais-je un peu mieux

- Oui, vous n’êtes pas le premier à me le dire. Et qu’en pensez-vous chasseur ? Pouvez-vous la dresser ?

- Je n’ai jamais essayé de dresser ce genre de créature. D’habitude je les tue.

- Répondez à ma question. »


Sa voix était devenue beaucoup plus dure et froide d’un coup. C’était qu’il y tenait à cette créature. J’eus un rire et avalai une gorgée de vin. Il savait ce qu’il voulait. Il avait une main ferme ce roi. Un vrai roi… Je passai une main sur mon menton, frottant ma barbe un instant avant de soupirer longuement. C’était compliqué cette question, mais je ne pouvais me montrer trop hésitant. Je finis par hocher la tête.


« Je pense pouvoir la briser oui et la dresser comme vous le vouliez. Il faut juste que vous me disiez ce que vous voulez ou non. Cela fait deux ans, de ce que j’ai compris, qu’elle est ici. Pas de progrès ?

- Aucun. Elle est comme au premier jour. Sauvage, agressive, moqueuse. Concernant ce que je souhaite : je veux qu’elle reste belle et vendable. Et surtout entière. Pas de mutilation. Pendant ses périodes vous avez carte blanche pour la neutraliser et qu’elle n’apparaisse pas en public. Pour le reste tant qu’elle reste vendable et jolie… vous faites ce que vous désirez.

- Et concernant les frais ? »


Question très importante à mes yeux, savoir jusqu’où je pouvais pousser les dépenses et tout le reste. Le roi n’eut aucune hésitation :


« Le trésor du royaume à de quoi assurer les dépenses pour tout. Concernant vos honoraires, vous serez payé une fois par semaine, vous aurez également trois jours de congé par mois. »


Je fronçais les sourcils, tout me convenait, mais trois jours… Je secouai la tête avant de reprendre une fois une nouvelle bouchée avalée :


« Si je dois la dresser, pas besoin de jour de repos. Je préfère être en permanence là pour la mater le plus rapidement possible.

- C’est louable de votre part.

- Professionnel. J’aime mon travail.

- Je vous confirais sûrement des tâches annexes. Payées également. »


Je hochais la tête, mon roi était honnête, je n’attendais à rien de moins que cela. Il tourna une feuille de parchemin qu’il avait lu pendant que je mangeais une partie du repas. Même à cette heure tardive il ne s’arrêtait pas. Ça c’était un véritable dirigeant, pas de repos pour les braves et les puissants. Je l’observais avec attention et il reprit la parole.


« J’aimerais que vous formiez quelques gardes quand vous ne pourrez être là. Histoire d’être sûr que Midelia soit toujours surveillée.

- Ça sera fait.

- Vous avez l’emploi du temps ici. Je tiens à la ponctualité. Il y a également les toutes dernières instructions. »


Il me désigna un parchemin, l’entrevue était finie. J’obéis à son ordre silencieux, pris le parchemin, que je glissai à ma ceinture. Je le consulterais plus tard. Avec une révérence profonde je quittai la pièce à pas vifs avant de retourner vers l’antre de la créature.


La princesse héritière sursauta quand j’ouvris la porte et un froncement de sourcil froissa aussitôt mon visage. Je n’aimais pas ça. Je le savais que ces créatures avaient un pouvoir d’attraction, de fascination terrible. Mais c’était aussi mon devoir de le prévenir. Depuis combien de temps est-ce qu’elle l’approchait ainsi ? Pas trop. J’espérais vraiment ne pas arriver trop tard, tout le monde les sous-estimés ces créatures hors de leurs phases. La princesse se redressa aussitôt et plissa le nez avec colère.


« J’ai le droit d’être ici. Fit-elle d’un ton cinglant.

- Je préférerais que vous soyez dans votre chambre il est tard. Répliquais-je d’une voix très calme. »


Elle se mordit les joues, observa le monstre qui plissa juste les yeux, mais en ma direction. La petite princesse se leva et sortit de la pièce à pas vifs. Elle avait les mêmes cheveux bruns et la peau pâle que son père. Mon regard détailla, non pas la bête, mais le parchemin et j’eus un rictus. Parfait. Je n’avais pas tant de contrainte que ça, et on allait avoir beaucoup de temps ensemble. Les fluides m’entourèrent lentement, glaçant, ils me liaient à la glace et un autre pouvoir bien plus sombre. Je penchai la tête sur le côté, elle les avait captés, les fluides ? Intéressant.


« Je suis allé voir le roi, petite créature immonde. J’ai enfin su exactement jusqu’où je pouvais aller. Oh… crois-moi… j’ai tellement de liberté que je serais presque triste pour toi. Je pourrais presque même avoir pitié. Mais quand je pense au plaisir que je vais avoir… Non. Je n’ai pas pitié. Tu n’auras que ce que tu mérites. »


Je me détournai, observant l’antre très ordonné, la bête ne bougeait pas, mais je perçus clairement sa tension dans l’immobilité de ses yeux et de tout son corps. Elle s’était focalisée sur moi. Je me frottai le menton avant de me retourner très lentement. Le pique de glace la frappa dans les côtes et elle roula au sol. Ah… ce petit éclat rougeâtre dans ses yeux… Une dominante. J’adorais le défi ! Je rajustais mes gants :


« Tu comprends bien, petite chose immonde, que jamais je ne laisserais la princesse s’approcher de toi. »


La créature se redressa doucement face à moi et découvrit ses crocs dans un grondement de colère. Montre-moi un peu plus de tes forces ! Les fluides formèrent un gant de glace autour de ma main alors que de l’autre une longue pique de glace hérissé de minuscules pointes s’invita au creux de ma paume. J’eus un large sourire en la regardant. Son regard rouge me plaisait beaucoup.


« Tu vas m’offrir un défi intéressant, monstre. »


Elle gronda plus fort encore et se rassembla sur elle-même, je sentis un coup me percuter, mais je fondis sur elle pour l’attraper par la gorge. S’il fallait que je la brise, j’allais lui donner une première correction ce soir, et elle allait se le rappeler. Qu’importe qu’elle tente d’utiliser les fluides contre moi, même si c’était particulièrement rare dans le cas de ces monstres. Mais soit, cela rendait le défit encore plus grand. Je serrais doucement sa gorge en la pressant contre le mur. Ses griffes s’enfoncèrent dans le cuir sans le percer. Elle n’avait pas encore beaucoup de force. Mais surtout… je voulais l’entendre couiner. Je la projetai à même le sol, mais pas un son. Mmh… dommage. Son coup m’atteignit dans le genou et je fronçais les sourcils. Allons, allons, petite et immonde chose…


« Tu ne penses pas que ça va suffire quand même ? »


Elle gronda et mon pique de glace s’enfonça dans sa cuisse. Elle serra les mâchoires à se les briser, mais aucun son ne s’échappa de ses lèvres. Je tournai le pieu dans sa chair, vicieusement, un sourire aux lèvres. Mais elle ne me rendit aucun son. J’aurais adoré entendre sa petite voix geignante et suppliante. Mais à part l’odeur de son sang dégoulinant sur sa jambe, rien. J’armai mon poing pour la frapper en pleine tête. Il eut un petit craquement et… oh… déjà dans les vapes. J’aurais aimé la frapper plus longtemps, mais elle était encore jeune. Je dissipai mes armes avant de soupirer. Ça guérissait vite et c’était solide, mais j’allais pas saloper les draps avec du sang de monstre. Je consentis, après avoir appuyé du talon de ma botte sur la plaie, à la bander. La dominante dominée. Voilà qui était… Je me léchai les lèvres avant de soulever le petit corps, j’avais hâte de la voir dans ses périodes, si elle était si impressionnante que ça… Je finis de la soigner avant de la déposer dans son lit et de l’enrouler soigneusement dans un drap. Histoire de limiter d’une manière ou d’une autre ses mouvements. J’attrapai le parchemin avant de me lécher les lèvres. On allait s’amuser tous les deux. Je caressai doucement son front.


« On va passer beaucoup de temps ensemble. Tu pourras plus te passer de moi bientôt. Je serais l’homme de ta vie. »

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