Chapitre 7

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Quand nous arrivâmes à Epission, je n'en crus pas mes yeux. J'avais l'impression que Vauban était passé par là. Les fortifications qui ceignaient la ville n'avait rien à lui envier. La pierre était noire comme le charbon et reflétait les rayons du soleil. Je ne pensais pas que du noir pouvait éblouir autant. Ce n'était pas triste pour autant, en regardant plus attentivement, c'était plutôt anthracite. Des drapeaux flottaient au vent. On voyait les pointes blanches de certains bâtiments, comme si elles aillaient transpercer les nuages.

J'observais chaque détail en m'approchant des portes majestueuses. On voyait bien qu'elles avaient été construites non seulement pour la défense mais aussi pour l'esthétique. De nombreuses volutes et arabesques entouraient l'arcade. C'était un travail d'orfèvre. Ash m'informa que la taille de la pierre était l'une des spécialités de la cité, en plus du commerce. On pouvait trouver dans cette ville les sculptures parmi les plus belles du royaume. Les meurtrières quant à elle, étaient intégrées dans la muraille par un trompe-l’œil. J'avais dû chercher un moment avant de les repérer.

Un va-et-vient incessant passait entre ces portes. On sentait que l'ambiance n'était pas la même ici qu'au campement des nomades. Nous étions en ville et ça devait aller vite. C'est avec un pincement au cœur que nous dîmes au revoir à nos compagnons de route. Venant pour du négoce, ils avaient des formalités à effectuer avant de pouvoir entrer. De plus, nous n'étions pas sûrs de pouvoir les revoir dans la cité, nous ne faisions que passer.

Quand nous entrâmes, je restais figée de stupeur au milieu de la rue. Les gardes chevauchaient des sortes de mini dragons sans ailes ! Ils faisaient à peu près la taille d'un cheval au garrot et leur cou était plus long qu'une encolure. Leurs dents paraissaient pouvoir vous croquer d'une seule bouchée. Des pointes piquantes formaient une crête de la queue à la tête. Par contre, ils n'avaient pas d'ailes. Je n'aimais pas leurs petits yeux fouineurs, en les regardant, un frisson me parcourut. Un instant, je pensais être tombée dans Eragon. Ash m’entraîna sur le côté le temps que je reprenne mes esprits.

— Je n'ai plus pensé à te prévenir, tu as devant toi les Drakes et leurs Drakons. Une bonne partie de notre armée est composée de ce type de créatures, autant t'y faire, m'expliqua-t-il sèchement.

Où était passé le Ash prévenant et attentif qui m'avait accompagné jusque-là ? Je le trouvais plus sombre et soucieux depuis que nous étions arrivés en vue de la ville. Il se passa la main sur le visage d'un air las avant de reprendre.

— Excuse-moi Elisabeth. Je suis un peu stressé, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas mis un pied ici. Soit sur tes gardes, il ne faut surtout pas qu'on t'identifie.

Je hochais la tête.

— Et il y a d'autres surprises comme ça ? Comme une hydre à tous les coins de rues, des dragons, vampires et loups garous ?

— Eh bien, réfléchit-il, je tenais à te donner les informations au fur-et-à-mesure mais puisque tu demandes ... Les dragons, oui, les vampires et les loups garous, pas dans l'Ether mais sur Terre. Mais il y a bien d'autres créatures, comme les goules par exemple. Les griffons se font de plus en plus rares. Pareil pour les lamias.

Je restais comme un poisson qu'on avait jeté hors de son bocal, ma bouche s'ouvrait et se fermait toute seule. Et en même temps, après avoir rencontré un elfe, pourquoi ça m'étonnait… Je secouais la tête et le suivi.

— Ok… Où on va ?

— Trouver une auberge pour passer la nuit et aller négocier des chevaux.

— Mais on va payer avec quoi ?

— Ne t'inquiète pas pour ça, on est arrivé devant la banque, mon sceau permettra de récupérer ce qu'il faut. Attends-moi là.

Nous nous étions arrêtés devant un grand bâtiment blanc, là aussi tout était sculpté. Contrairement à la porte d'entrée plus abstraite, ici étaient représentés différents métiers. Perdues dans ma contemplation, Ash me fit sursauter en revenant. Je ne savais pas du tout combien de temps il avait mis.

Il nous amena au Coq en pâte, l'extérieur paraissait propre et bien entretenu. Au vu du monde à l'intérieur, ça semblait être un lieu connu.

— C'est une très bonne auberge de la ville, où il y a beaucoup de passage et où on ne nous remarquera pas. Et même si on nous remarque, ils ne nous poseront pas de questions.

Nous entrâmes. Il y régnait une ambiance chaleureuse. Ash demanda une chambre pour la nuit. Par contre, comment on allait faire ? Il n'y avait qu'un seul lit et pas de coussins cette fois-ci. Je m'en inquiéterai le moment venu. Nous posâmes nos affaires avant de partir vers le marché aux bestiaux. Ash en profita pour me montrer les principaux points d'intérêt de la ville. Je me gorgeais de tout ce qu'il avait à me présenter. C'était magnifique. On était dans une fourmilière lumineuse. Il souriait de mon émerveillement, en se moquant gentiment : qu'est-ce que ce serait en découvrant Arenlone, la cité royale.

Le marché aux bestiaux se situait à proximité de la porte Nord de la ville, à l'extérieur de la muraille. Le nez sensible des habitants ne devait pas être importuné par les effluves animales. J'adorais les animaux, les chevaux par-dessus tout. En général, ils me le rendaient bien. J'avais toujours eu des facilités avec les bêtes. D'ailleurs, si j'avais pu continuer mes études, je pense que je serais devenue vétérinaire.

J'avais hâte de trouver la monture qui m'accompagnerais ces prochaines semaines. Où est-ce qu'ils étaient parqués ? Je remarquais qu'ils étaient regroupés par types. Et qu'il y avait vraiment de tout. Vaches, poules, cochons, moutons, chevaux, c'était un vrai capharnaüm de bruit animaux et de voix humaines. Ca s'interpellait, négociait, râlait, dans tous les coins. Nous nous dirigeâmes vers la droite, où était notre cible.

Ash repéra au premier coup d'œil des montures pouvant nous correspondre. Pendant qu'il observait de plus près les montures et entamait les négociations, je repérais un magnifique cheval noir à l'écart des autres. Ma curiosité aiguisée, j'étais poussée vers lui. Comme hypnotisée, je me rapprochais de son enclos. Il piaffait, en avait marre d'être là et voulait courir vers la liberté et l'aventure. Il détestait sentir les coups de cet abruti de palefrenier. La prochaine fois, il se prendrait un bon coup de dents, et si ce n'était pas assez, un coup de sabot réglerait l'affaire. Son proprio avait menacé de l'amener à abattoir ? La bonne affaire plutôt que de passer sa vie enfermer sans goûter au grand air. Déjà une semaine qu'il était gardé là. Il ne manquait pas grand-chose pour qu'il tente de forcer la barrière. Tout ça ne prit qu'une seconde et je revins rapidement au présent. Ma main se tendit toute seul vers lui. Je regrettais de ne pas avoir une pomme ou un sucre à lui donner pour alléger un peu sa captivité. Mon cœur s'était serré à son histoire.

Il s'approcha de moi et posa sa tête sur mon épaule. En parallèle, je le grattouillais derrière les oreilles avant d'entendre des cris affolés.

— Qu'es'que vous faites 'spèce d'folle ! hurla quelqu'un.

Je sentis Shadow se raidir pendant que je me détachais de lui pour me retourner. Il recommença à piaffer et à montrer les dents. Je reconnus le palefrenier à la main lourde et l’énervement monta en moi. La fureur fit étinceler mes yeux.

— Vous ! grondais-je. Il se figea à ses mots, il tentait de me remettre et de voir s'il me connaissait. Comment osez-vous ! Le traiter de cette manière ! Vous êtes une honte à votre profession ! Lever la main sur cette pauvre bête !

D'inquiet, son visage se fit soulagé. Et non je n'étais pas une des donzelles que tu as soulevé mon gars. Cet air soulagé me mit encore plus hors de moi. J'étais prête à m'élancer vers lui pour l'aplatir quand je me sentis retenue par mes habits. Shadow avait attrapé le tissu de mon épaule et m'empêchait d'arranger la face de ce connard.

— J'fais c'que j'veux grognasse.

Là je sentis que Shadow était prêt à me lâcher. A la prochaine insulte je lui referais le portait.

Alertés par mes cris, Ash et le vendeur arrivèrent en courant. En me voyant si proche de cet étalon noir, le marchant blêmit.

— Madame, pourriez-vous vous éloigner de cette catastrophe s'il vous plait ?

Je le regardais d'un air à fracasser un glaçon.

— J'espère que par ce terme vous parlez de ce connard qui ose lever la main sur votre bête, répondis-je de mon ton le plus venimeux possible.

— Euh je parlais plutôt du cheval derrière v...

Il s'étrangla sur ses derniers mots en voyant Shadow remettre sa tête sur mon épaule pour avoir des grattouilles.

— Prenez-le, me supplia-t-il.

— Pardon ?

Ash semblait aussi étonné que moi.

— Ca fait un moment que ce canasson traîne dans mes pâtes. Je savais que je devais le prendre avec moi aujourd'hui, comme si je n'avais pas eu le choix. Mais personne ne s'y intéresse ! Il mord tout ce qui est à sa portée ! Il fait fuir mes clients ! Sauf vous… Alors je vous en supplie débarrassez-moi de lui !

— Richie, je n'ai pas les moyens pour acheter un étalon tel que lui ! C'est un étalon Brumeux !

— Prince ! Je vous ferais un bon prix ! Je sais bien que c'est un Brumeux, mais il est indomptable ! A part par votre sauvageonne.

Une lueur dangereuse passa dans les yeux d'Ash.

— Ne l'appelez plus jamais comme ça, asséna-t-il.

Le dénommé Richie détourna les yeux en déglutissant. Lui aussi n'avait pu manquer l'avertissement derrière la phrase.

Ash acheta pour lui une jument alezane avec les crins noirs. Honey était bien ses sabots, elle non plus n'appréciait pas le palefrenier. Par contre, il semblait qu'elle avait un petit béguin pour Shadow, l'étalon indomptable. Madame faisait la fière de partir avec lui. Elle espérait que cet elfe saurait s'occuper d'elle et reconnaître sa valeur. Elle était endurante et n'avait aucun problème de santé. Les galops dans les plaines la faisaient rêver. En grande gourmande, elle adorait les carottes. Elle aimait moins les grattouilles près des oreilles mais plutôt ceux sur le côté gauche du garrot.

Nous récupérâmes les montures avec des licols. Nous devions encore aller chercher tout l'équipement.

— Shadow, je sais que tu as envie de galoper, mais il va encore falloir attendre une journée, lui dis-je en le caressant. Et toi Honey, ne t'inquiète pas, Ash prendra soin de toi.

Ash m'observait comme si j'étais un rat de laboratoire. Je croisais son regard et haussais un sourcil en attendant son commentaire.

— Tu leur as déjà donné des noms.

Je haussais les épaules.

— Ce sont eux qui me les ont dits. Ca a toujours été comme ça. La plupart du temps je comprends ce qu'ils essaient de me dire. Mais ce n'est pas toujours clair, ça dépend de leur pratique de l'humain, et de leur capital d'intelligence aussi.

— Je croyais que tes pouvoirs avaient été bridés.

— Peut-être, mais ça, ça a toujours été là.

Ash acheta tout le matériel nécessaire, de la bride aux sacoches de voyage. Nous mîmes tout dans notre chambre jusqu'au lendemain matin.

— Pourquoi tu achètes tout alors que tu pourrais tout faire apparaître par magie ?

— En effet je pourrais le faire, mais dans ce cas, qui rémunérerait l'artisan qui s'use les mains ? Et celui qui conçoit les produits que je prends comme ça ? Personne. Ce serait injuste aussi pour les non-Dotés. Sans oublier le fait que je préfère éviter le coup de fatigue inévitable.

— Donc c'est une règle morale ?

— Exactement.

Comme nous avions un peu de temps après nos emplettes, il me fit visiter le reste de la ville. J'étais lessivée le soir venu.

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