Chapitre 2 : INAYA (1)

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" Écrivez le métier que vous souhaitez faire plus tard. "

Tous les enfants griffonnaient avec soin et application des mots sur un petit morceau de papier. Comme si, ce qu’ils écriraient à cet instant serait à jamais gravé dans l’histoire, dans leurs vies.

Ses yeux d’enfants, lorgnaient sur ses camarades qui rédigeaient avec le plus grand soin.

Son stylo en suspens dans les airs, elle hésitait. Sa main tremblait, tandis que son regard vagabondait malgré lui. Elle n’était absolument pas concentrée sur l’intitulé du cours, qui ne l’intéressait nullement, préférant observer les oiseaux s’envoler. Ses yeux plongèrent dans la fenêtre derrière laquelle, telle une prison invisible, se dessinaient l’horizon, le monde, la liberté, la vie...

Elle aurait aimé être un oiseau, battre des ailes pour partir le plus loin possible de cette prison d’acier. Elle aurait aimé être le souffle du vent dans les branches, et s’évanouir dans l’horizon...

— Inaya !

Elle sursauta, comme si la bulle dans laquelle elle se trouvait venait subitement d’exploser pour la ramener à la réalité. La dure réalité. Elle n’était pas un oiseau et encore moins le vent, elle n’était qu’une enfant.

— Je vous ai posé une question, je crois. Ne m’obligez pas à répéter.

Elle regarda, l’air incrédule, le professeur qui se tenait debout, en face d’elle. Et elle sentait peser sur elle des millions d’yeux et aurait préféré disparaître, n’avoir jamais existé.

— Pouvez-vous me lire ce que vous avez écrit ?

Le regard d’Inaya se posa sur sa feuille, sur laquelle quelques mots avaient été griffonnés, négligemment. Et comme pour enfoncer le clou, le professeur aux cheveux grisonnants, l’air renfrogné, éternel frustré, arracha sa feuille des mains d’Inaya et lut à haute voix, pesant chaque syllabe, tentant de déchiffrer l’écriture gauche et maladroite :

« Plus tard, je souhaite être écrivain, pour voyager, être une aventurière du ciel, de la mer et de la terre. »

Il s’arrêta une seconde, après avoir mâché chaque lettre, froissa violemment la feuille dans sa main et maugréa :

— Avant d’envisager de devenir écrivain, apprenez déjà à écrire lisiblement.

Il jeta négligemment la feuille froissée dans la poubelle la plus proche, et ajouta d’un ton désinvolte :

— Sachez également qu’écrivain n’est pas un métier.

Des rires fusèrent dans la salle et Inaya observa de nouveau vers la fenêtre. Cette fois-ci, cependant, ce n’était plus la liberté qu’elle voyait, mais son reflet. Celui d’une petite fille de dix ans, aux cheveux bruns et aux yeux vert clair.

Elle voyait, dans la fenêtre, sa silhouette fine et petite, tandis que derrière se dessinaient les visages hilares de ses camarades. L’oiseau s’était envolé, le vent avait disparu, ou en tout cas, n’était plus visible par ses yeux, désormais embrumés.

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