La boîte sur la table.

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Un an. Ça va faire un an qu'on est ensemble. J'en reviens pas que tu aies dit non. << Je ne suis pas prêt. Tu es le premier, je suis encore puceau... laisse-moi du temps.>> Nous avons débattu encore un instant avant que je parte en claquant la porte. J'ai tout fait bien. Comme tu en avais envie. Je m'y suis pris doucement, lentement pour ne pas te brusquer. Il n'y a que mes parents qui sont au courant ; tu ne veux pas que tout le monde soit au courant. Nous ne sommes pas allés plus loin que des baisers. Lilian, tu sais à quel point j'ai envie d'aller plus loin, pourquoi me refuser ce plaisir ? Ça me fait du bien de marcher dans la rue. Mes idées s'éclaircissent. Je ne sais pas où je vais mais je m'en fous. Je ne t'ai pas demandé en mariage merde ! Le nombre de fois où j'ai fantasmé sur ton corps et notre première fois...

Mes mains farfouillant ses cheveux, mes lèvres ancrées sur les tiennes, les yeux dans les yeux. Tu enlèves ta chemise et moi mon tee-shirt ce qui nous éloigne un moment. J'embrasse tes pectoraux et mes doigts se faufilent dans ton dos, je m'agenouille. Ma tête se pose sur ton nombril creux. Je pousse un râle de contentement ; ta peau est si douce, j'ai hâte d'être plus bas... Brusquement tout s'accélère, nous nous retrouvons nus sur un lit, toujours collés l'un à l'autre. Le temps ralentit enfin, me laissant profiter du moment. Tu prononces mon nom : << Vivian >>. Ta voix est brûlante de désir et tremblante. Je sens ton sang pulser dans tes veines et ton coeur battre à tout rompre. Alors que je t'admirais de haut en bas, pour la première fois en entier, je relève la tête avec inquiétude.

— Qu'y a-t-il, mon amour ?

— C'est fou, mais j'ai peur d'être prêt.

— Hmmm, enfin !

— Promets-moi d'être doux, mon ange...

Tes yeux vairons me scrutent, pensifs et dégoulinants de douceur. Je ne résiste pas, tu sais que tes prunelles me font chavirer.

— Bien sûr, je ferais tout pour toi. Je peux commencer ?

Ton corps me clame sa réponse, les paroles sont inutiles. Mes bras descendent à tes hanches et mes mains empoignent tes fesses. Ahh, tout est tellement doux chez toi... Je goûte tes lèvres pour te détendre. Tu lances l'offensive, sans que je ne m'y attende. Ta poigne ferme saisit mon membre et au fil de tes caresses, il se dresse. Ton assurance me déstabilise et croit en même temps que ton pénis. Avant que tu ne me fasses exploser je me penche et embrasse les zones sensibles de ton bassin. J'ai froid sans tes mains mais ce n'est pas grave, je veux te retrancher dans tes limites. Savoir où tu peux aller avec moi. Je lèche délicatement ton gland. Ma bouche t'accueille en entier. Je recommence, plusieurs fois, en vas et viens continus. Tu gémis et tes ongles me griffent. Je me retire. Tu explose sur mon torse et je ris aux éclats. Comme par magie, une serviette de bain se trouve au sol, disponible. Je m'essuie avant de te demander de te mettre à quatre pattes. Tu sens que ça devient sérieux. Je me lève, mon chibre dur dans la main. Je le pose à l'orée de ton anus. Tu te tortilles pour le sentir contre toi. Il te pénètre, délicatement. Ton corps se cambre, en redemande. Tu crie de plaisir et de douleur. Tu te crispes. Mon bassin ondule, avance et recule. Alors que je suis à mon paroxysme, je te dis que je t'aime avant de déverser ma liqueur en toi. Nous jouissons d'un commun accord.

Vidés, nous nous allongeons côte à côte. Je t'embrasse et ferme les yeux, profitant de la chaleur de nos étreintes, ton souffle chaud sur mon visage et l'odeur de sperme qui emplit la pièce. Cela me prouve que tout est vrai, que nous l'avons fait. Enfin !

Mais ce n'est qu'un fantasme et je suis toujours là à déambuler sur l'asphalte, ruminant ton refus et ma frustration. Je passe devant un sex-shop, une idée me vient mais je l'éloigne : jamais tu n'accepterai de faire ça. Plus loin, une péripatéticienne m'accoste. Je la repousse fermement. C'est quoi ce karma pourri ? J'ai plus que jamais besoin d'amour et je passe devant un sex-shop et une pute... Désespéré, je prends mes repères pour retourner à l'appart. J'appréhende de te revoir. Surtout, ne pas croiser ton regard, sinon je ne répond plus de moi-même. Je pense que la première chose dont je suis tombé amoureux chez toi, c'est ton oeil vert et ton oeil marron. Je pourrais tout faire pour eux, c'est dingue !

Pour retarder mon retour, je prend les escaliers. Cela me permettera de garder la tête froide quand je serais devant toi. Je déverrouille la porte. Je me diriges vers notre chambre puisque je ne te vois ni dans le salon ni dans le cuisine. Je suppose que tu dois pleurer sur le lit, à cause de ce que j'ai dit... Je prend une grande inspiration et je toque. Pas de réponse. Le silence, plutôt inquétant. Je me décide à l'ouvrir : personne. Je crie ton nom. Je reparcourt l'appartement de fond en comble. Tu as dû sortir prendre l'air. Je vais me chercher une bière dans le frigo pour me calmer. Je fronce les sourcils, quelque chose à changé. Quelque chose est posé sur la table en bois, alors qu'à part pour les repas, il n'y a rien dessus. Une boîte noire avec un ruban bleu qui la scelle.

Une boîte ??? Oui, posée juste dans un coin pointu, auquel je me cogne tout le temps. Elle est noire charbon, comme tes cheveux et n'est pas très haute. Il y a des croix sur deux côtés. Un fermoir doré permet de l'ouvrir. Un cadeau ? Je dénoue le fil bleu. Le fermoir émet un clac contre le bois de la table quand je le déverrouille. Je soulève le couvercle ; il grince. Une photo. Lors du quatorze juillet que nous avons passés ensemble, le premier. Tu souris de toutes tes dents, j'ai la tête posée sur ton épaule. Ta main est posée sur ma taille et la mienne sur ta deuxième épaule. Nous portons la même chemise bleue. Moi un jean bleu et toi crème. Le flash m'a ébloui et j'ai fermé les yeux, pas toi. On peut voir les éclats verts et rouges d'un pétard qui vient d'exploser. Au dos, c'est écrit : "Lilian et Vivian, été 2019." La boîte est entièrement remplie de clichés de notre couple. Mes larmes dévalent de mes joues et s'éclatent contre le bois, qui en absorbe la plupart. J'ai la gorge serrée. Au fond, je remarque un papier quadrillé. Je l'extirpe et je lis les mots tracés soigneusement. Bleus, ronds, c'est ton écriture.

Je suis désolé de ne pas être celui que tu souhaites. Je suis désolé de ne pas correspondre à tes attentes. Je croyais qu'on était bien, que tu m'aimais.

J'interromps ma lecture, aveuglé par mes larmes qui ont redoublé d'intensité. Mes dents saisissent ma lèvre inférieure et la mordent. Non, non, non, c'est pas possible !!! Ne me dit pas que tu romps. Ne me dit pas que c'est fini... Mes genoux se dérobent et je tombe. Je veux en avoir le coeur net.

J'ai fait des efforts, pour toi. Je regrette de t'avoir dit non, j'en avais envie mais j'ai peur. Peut-être que toi tu n'as pas eu peur mais la vérité est là ; moi oui. Si tu n'es pas capable de respecter ça, prend tes affaires et change de logement. Même si tu en es capable, c'est moi qui prend mes cliques et mes claques et qui part. J'ai mal d'écrire ça mais il faut que je dise. C'est fini. Tant pis si ce que j'éprouve est encore fort à ton égard mais comme tu l'as si bien dit "tu as déjà tellement fait pour moi" alors c'est pas grave. Premier amour, premier chagrin d'amour. Ça devait arriver. Je te laisse, toi et tes remords avec les photos, pour que tu te rendes compte de ce que tu loupes. Désolé d'avoir gâché un an de ta vie. Désolé de te quitter.

J'espère que tu trouveras quelqu'un à la hauteur de tes espérances.

Ton Lilian.

NOOOOON !!!!!!! Je ne peux pas y croire !! Mes fantasmes se brisent en mille morceaux. Moi qui comptais m'expliquer, m'excuser... C'est fini... Ces deux mots m'achèvent. C'est toi que je voulais, que toi. Je crie à m'en péter les cordes vocales. Je me recroville au sol, ta lettre serrée dans contre mon coeur. Je pleure à en perdre conscience. Lorsque mes yeux se rouvrent, il fait tout noir. Ma tête pèse une tonne. Je me rends dans la salle de bain pour prendre une douche. Un sentiment de vide est présent. Toutes tes affaires ont disparues. Merde !!!!! Je t'ai loupé, je dormais... Merde, merde, merde ! Je t'ai vraiment perdu alors...

La vie va être dure. Tout ce qui me reste de toi c'est cette boîte. Je la regarde chaque jour, espérant qu'elle va te ramener. En vain. C'est étrange d'aimer et de détester autant un simple objet.

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