La créature

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« Et la porte s'ouvrit lentement, largement, silencieusement ... Voilà, c’est tout pour ce soir.

—Et après ?

—Après, il est l’heure d’aller se coucher. La suite, ce sera pour demain.

—Oh non, Papa, tu n’as pas le droit ! protesta Youen.

—Et puis demain, dit Léa, c’est samedi. Allez, juste un peu. »

Je les observai, blottis l’un contre l’autre dans le coin du lit. Leurs yeux pétillaient. Léa m’adressa le sourire malicieux auquel je n’avais jamais résisté.

« Bon, c’est d’accord.

—Ouais ! Super !

—On se calme. Je continue jusqu’à dix heures, et ensuite, dodo pour tout le monde. Promis ?

—Promis, juré.

—Attention, la suite est terrifiante.

—Génial, dit Youen.

—Vous n’avez pas peur de faire des cauchemars ?

—Non !

—Vous êtes prévenus. Ne vous plaignez pas si vous ne dormez pas de la nuit.

—Allez, Papa.

—Reprenons.

Et la porte s’ouvrit lentement, largement, silencieusement. La créature apparut, ombre sinistre se détachant dans la lumière jaunâtre du couloir. Victor retint son souffle. Tous ses camarades dormaient, inconscients du danger. Il remonta lentement sa couverture sur son nez. Il n’osait plus respirer.

La silhouette grise entra dans la chambre. Elle glissait sur le plancher sans le toucher et des lambeaux de tissu flottaient sous ses bras décharnés. Elle avançait tel un spectre silencieux et implacable, dans sa direction. Victor avait la certitude que son cœur avait cessé de battre. 

—Trop glauque, fit Léa.

—Oui, tu as raison, ce n’est peut-être pas adapté. J’arrête ?

—Non !

—  …de battre, donc. La maigre lueur tombant de la lucarne éclaira chichement le visage du monstre. Dans sa main droite, il tenait une arme aux reflets métalliques. Pas une épée, ni une hache, pensa Victor, terrorisé. Les traits de la créature se firent plus précis. Victor se figea. Un bouc mal taillé, des joues creuses encadrant un nez pointu surmonté de sourcils broussailleux. C’était lui, Monsieur Ravert, le professeur de mathématiques le plus craint du collège qui pointait maintenant un immense compas sur son visage.  « Malenfant, gronda-t-il, vous n’avez pas fini l’exercice douze de la page vingt-quatre. »Victor se réveilla en sursaut. La porte était fermée. La sueur aigre sur son front lui piqueta les yeux. Il balaya la pièce du regard. Tous ses camarades dormaient. Il glissa ses pieds hors du lit et rejoignit le local d’étude au fond de la pièce. Il tira les rideaux puis baissa l’interrupteur. Victor prit le livre de mathématiques et le cahier rouge dans son cartable de cuir. Page 24, exercice 12. Purée, même pas moyen de dormir tranquille avec ce prof ! »

—C’est vrai que ça fout la trouille, dit Léa. T’imagines, Madame Houdut qui rentre dans ta chambre le soir.

—Ou Monsieur Lambert.

—Conclusion ?

—C’est bon, fit Léa, on a compris. Si on ne veut pas que Monsieur Lambert ou Madame Houdut nous tirent les orteils la nuit, on doit faire nos devoirs avant.

—Pas très subtil, ajouta Youen.

—Ce n'est pas faux. Allez, au lit les pitchouns, et à demain. Faites de beaux rêves.

—Bonne nuit, Papa. On t’aime !

—Je vous aime aussi. Bonne nuit.

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