Chapitre 58 : La peur - Partie I.

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Michael n’avait pas tort lorsqu’il décrivait Eglantine comme étant intelligente. À Saint-Clair, cette dernière avait toujours été première de classe, excellant particulièrement dans les matières scientifiques. Elle avait ensuite fait ses preuves dans le monde du travail en y grimpant les échelons.

La femme remarquable qu’elle était devenue, en plus de sa douceur sans égale, possédait maintenant sa propre firme pharmaceutique, tout comme ses propres laboratoires de recherches contre le cancer. En plus de l’oncologie, Eglantine travaillait en collaboration avec de nombreuses associations, étudiant ainsi tous les jours des maladies différentes. Elle menait ses chercheurs avec brio, délicatesse et minutie, tout en sachant pertinemment serrer le poing. Elle n’avait rien de la patronne méchante, mais elle restait tout aussi inaccessible. Ses employés la voyaient comme un mystère, un livre qu’on ne pouvait ouvrir, doté d’une couverture attrayante. En effet, la belle Richess aux cheveux d’anges s’étendait peu sur sa vie privée, sur ses projets d’avenirs et encore moins sur ceux qu’elle établissait dans le présent.

Après avoir assisté au départ au ski de son fils, Eglantine avait prévu d’autres plans.

Dans son grand manteau blanc, la dite foulait un chemin de terre délimité par un grillage. Ce dernier la séparait d’une grande cour grise sombre, elle-même entourée de haut murs. Deux hommes en uniformes noirs, avec de grosses vestes où pendait des talkiewalkies, restaient sur ses arrières tandis qu’un homme avec une casquette différente la guidait. Il la retira pour rentrer dans le bâtiment imposant et la déposa contre son torse le long de sa marche dans les couloirs jaunis à cause des néons électriques.

Quand ils arrivèrent devant un kiosque vitré, les deux hommes se postèrent devant pour monter la garde, le dernier s’y faufilant, suivi d’Eglantine, à l’aide d’une clé magnétique. La porte se ferma immédiatement derrière eux. Une autre porte à double battant au-dessus de laquelle il était inscrit “psychiatrie area”, leur barra le chemin. L’homme à la casquette gratta sa barbe bien faite avant de se retourner vers la Richess.

Dans le décor glauque de la prison, elle était comme un flocon de neige fraîchement tombé sur une flaque fondue.

  • C’est ici, je vous en prie, l’invita le directeur de la prison à poursuivre son chemin en passant à nouveau sa carte devant le récepteur.
  • Merci, souffla-t-elle en s’avançant entre la fente des deux portes qui s’ouvraient sur la continuation du couloir.

La peinture des murs avait changé, des côtés gris, d’autres blancs. Eglantine passa un mouchoir sous son nez à cause de l’odeur d’hôpital qu’elle appréciait peu depuis son enfance, mais là étaient les contraintes du métier. Une infirmière en uniforme la rejoint pour parcourir l’allée pleine de portes fermées et la guida jusqu'à un certain box. La brunette ouvrit toutes les sécurités une par une, légèrement intimidée par la beauté d'Eglantine. Elle prévint cette dernière :

  • Il est un peu... Nous avons dû lui administrer un calmant après une crise, lui expliqua-t-elle avec délicatesse.
  • Je m'en doute, répondit-elle d'un sourire tendre, et de ses yeux charmants. Merci, ajouta-t-elle quand la porte massive émit un long grincement métallique en s'ouvrant.
  • Vous devriez attendre un garde…
  • Je vais me débrouiller, la coupa-t-elle en s’enfonçant dans la pièce sombre et en refermant légèrement la porte, assez pour se laisser de l’espace, mais aussi pour gagner en intimité.

Doucement, Eglantine posa son regard sur l’homme assis en penseur au fond de la pièce. Seule la lumière de la minuscule fenêtre venait éclairer le haut de sa tête baissée vers la table, et sur laquelle les mèches brunes trop longues venaient cacher les traits durs de son visage. Son épaule basse en contraste avec sa belle carrure, et l'une de ses mains serrant son genou sous la table, était illuminé par une galaxie de poussière virevoltant autour de lui. Ce dernier releva la tête et planta ses yeux bleus, obscurs par le manque de lumière, dans ceux d’Eglantine. Celle-ci évita de montrer toute la compassion qu’elle ressentait à son égard, ne voulant pas le vexer de sa pitié. Elle s’empressa de s’asseoir devant lui, chassant sa longue chevelure de sirène d’un geste gracieux et le fixa, la tête légèrement penchée pour voir sous la sienne, courbée.

  • Tu as passé de mauvaises nuits ? demanda-t-elle en cherchant ses yeux rougies par le manque de sommeil. Louis ? l'appela-t-elle doucement.

Son vieil ami avait l’air exténué, recroquevillé sur lui-même, sa lourde respiration trônant dans le silence. Sa main tremblait fort quand il l’approcha des livres sur la table à côtés desquels il y avait un petit tube de gélule. Ce dernier l’ouvrit tant bien que mal pour laisser tomber les médicaments sur l’étendue grise. Il les prit difficilement dans son poing et les repoussa vers Eglantine, certaines glissant entre ses doigts qui sautillaient toujours. Celle qui tomba au sol eut comme l’effet d’une balle dans la tête de Louis qu’il détourna d’un geste vif. Il était sensible à chaque bruit, ses paupières se refermant à chaque fois qu’il entendait un craquement ou le froissement des vêtements d’Eglantine.

Cette dernière attrapa une gélule entre deux de ses doigts, l’inspectant, comme si elle n’en connaissait pas l’origine. Elle avait pourtant participé à la fabrication avec ses chercheurs. La belle fronça ses fins sourcils, puis redevint douce.

  • Ils m’ont dit au téléphone que tu n’avais pas supporté le traitement ? Mais…

Elle l’inspecta sous toutes ses coutures.

  • Tu as l’air conscient, dit-elle en voyant ses yeux s’arrondirent sur ses genoux.

La main de Louis sur la table se resserra. Il la releva lourdement pour la passer dans ses cheveux qu’il serra davantage. Tout son visage, fatigué et marqué, se plissa. Eglantine eut une pointe au cœur en le voyant souffrir.

  • Je n’en… veux pas… Ça, je n’en veux pas, dit-il d’une voix rauque en repoussant à nouveau les médicaments qui tombèrent un par un au sol, puis en calant ses deux coudes sur la table pour mieux se concentrer.
  • Pourquoi ? Il me semblait que les résultats étaient plutôt bon ? Qu’est-ce qui te tracasse ? lui demanda-t-elle en voulant passer une main sur la sienne.
  • Non ! chassa-t-il sa main, ce qui alarma immédiatement le garde à l’extérieur.
  • Un peu d’intimité serait trop demandée ? gronda Eglantine en foudroyant l’homme du regard avant de le reposer plus gentiment sur Louis, attendant une réponse de son brave ami.
  • Parce que je… Quand je… - Il tremblait de tout son corps, une main posté au niveau de son cou - … Quand je suis conscient, je me souviens… Et je ne peux pas, se brisa-t-il sur la table. Je ne peux pas.

***

La musique dans les oreilles, Kimi ouvrit les yeux sur la fenêtre à sa droite. Un semblant de neige et de pluie tombait à l’extérieur. Elle respira profondément, la poitrine lourde, en déglutissant, puis changea de musique. Il y en avait qui lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Son père, le vrai, elle y pensait peu, mais depuis sa conversation avec Sky, il revenait se loger dans sa mémoire.

Le nez pointé vers le ciel, elle cligna plusieurs fois des paupières pour se calmer. Heureusement, tout le monde dormait dans le car après trois heures bien entamées. La montagne n’était plus qu’à une heure.

À côté d’elle, Laure s’était assoupie. Elle gardait le dos bien droit sur son dossier, mais sa petite tête dodelinant ne faisait pas la fière. Sous la table qui les séparait des garçons, ses pieds se mêlaient à ceux de Loyd qui avait fini par s’endormir sur le dos de Sky. Ce dernier était affalé devant Kimi, la tête plongée entre ses bras. Cette dernière fixa longuement ses cheveux bruns en bataille. Elle y aurait bien glissé ses doigts.

Sur les sièges à gauche, Alex, recouvert de sa veste en cuir noir, dormait contre la fenêtre, l'épaule engourdie par la tête lourde pleine de boucles rousses de Faye.

En face, Nice et Selim étaient tous les deux blottis, les sièges légèrement rabattus en arrière. L’équipe roupillait, sauf Kimi qui gardait le regard dans le vague. Un message sur son téléphone la sortit de ses pensées. Elle fut surprise, puis jeta un œil entre les sièges pour voir Ulys lui lancer un petit sourire.

Le grand blond participait également en voyage, toujours porteur de nombreux piercings aux oreilles malgré les interdictions de l’école. Il lui fit un petit geste de la tête pour l’inviter à répondre à son message. Kimi le relut : “Qu’est-ce qui ne va pas ?”. Elle lui répondit d’un non de la tête, ce à quoi il s’empressa de retaper sur son téléphone : “Je connais ce regard, dis-moi”. Kimi lui renvoya une expression suppliante. Ulys lui fit signe de venir s’installer prés de lui. Après de longues hésitations, notamment parce qu’il y avait peu d’espace pour passer, elle se décida à le rejoindre, puis bougea les pieds de Steve sans scrupules.

Les deux démons du lycée ne faisaient pas exception au séjour.

L’asiatique râla dans son sommeil et vint écraser sa tête contre celle de Kyle.

  • Ça ne va pas ? chuchota Ulys à Kimi quand elle s’assit.

Le visage pourtant endormie de Kyle la poussa à prendre des précautions. Elle écrit sur son téléphone pour lui répondre : “Le paternel…”, comme ils l’appelaient entre eux pour se comprendre. À cet instant, elle n’arriva pas à réprimer les larmes qui lui montaient et cacha son visage sur son épaule. Ulys attrapa sa main pour la serrer.

  • Photo souvenir les gars, les interrompt le blondinet en pointant son téléphone sur eux pour capturer le moment.
  • Putain, Kyle…
  • Ne t’énerve pas bichette, c’est juste pour garder des souvenirs du voyage. Promis, les amoureux.
  • Tsss, arrête un peu, lui répondit Ulys avec un grand sourire charmeur. Tu veux qu’on fasse une photo de vous aussi ? demanda-t-il en prenant son téléphone également. Je te l’envoie et je signe pour les amoureux…

À ce moment-là, Steve qui ne dormait pas vraiment se lança dans une longue toux forcée, crachant son dégoût dans des postillons à la face de Kyle. Ce dernier vint se venger en plongeant sa main sur ses robignoles. Le cri qu’il poussa, égal à celui d’un poulet se faisant déplumer réveilla plusieurs camarades.

À l’avant du bus, Sylvia, en survêtement, mais aussi sur préparée pour le voyage, rigolait finement entre les professeurs agacés.

Plutôt vers l’arrière, toujours couché sur sa tablette, Sky avait ouvert les yeux. D’un air renfrogné, il se concentrait sur le paysage plutôt que sur les rires de Kimi et d’Ulys.

***

Une main calée au-dessus de ses yeux clairs, Kimi observait la piste de Ski qui s’étendait à perte de vue. Il y avait des rochers ici et là plantés dans le décor, avec au loin un chemin de chalet qui remontait jusqu’à l’hôtel principal. Les petites baraques Suisse donnaient envie de s’y blottir, au chaud devant un feu, mais par chance les rayons de soleil avait pointé le bout de leurs nez sur ce début d’après-midi. En ligne devant leurs professeurs, tout le monde suivait les instructions, les copines se rattachant aux épaules de l’une et de l’autre. Un fou rire éclata entre Kimi et Laure, quand la première échappa à un grand écart glissé. Elle replaçait son bonnet rouge sur sa tignasse blonde quand un long cri parvint à l’attroupement général :

  • Banzaï !!! hurla Selim qui se lança sur la neige, sa voix faisant écho dans la montagne.
  • Attends-moi, imbécile ! lui cria en retour Faye, presque sexy dans sa combinaison rose pâle.

Tandis que les deux fous de la bande entamaient une course, Nice les suivis doucement, se rappelant par petits pas des bases qu’elle avait acquis il y avait fort longtemps. Alex et Laure vinrent l’entourer à tâtons comme un petit oisillon fragile, mais elle prit son envol bien plus facilement que la Richess aux cheveux mauves.

  • Bon sang, ils ont un problème… dit-elle en faisant référence à ses skis, chancelant à chaque essai.
  • Je crois que tu n’es juste pas doué, lui répondit le blond en lui tirant la langue d’un air assez neutre.

La neige aurait fondu des flammes de l’enfer qui se dégagèrent autour de Laure à cet instant précis. Déterminée, elle lança un regard à Alex qui le fit démarrer au quart de tour. Elle abandonna ses bâtons pour se pencher et lui lancer une boule de neige.

Ce dernier se décala et laissa avec grand plaisir Loyd se la ramasser en pleine figure.

  • Oups, s’en alla le blond.
  • Oh… fit-elle, d’abord désolée, puis amusée de sa tête ébahie. Elle était pour Alex, vint-elle à ses côtés en glissant.
  • Je ne peux que te croire… dit-il, le regard vers le bas. Mais j’ai quand même envie de me venger ! s’exclama-t-il en attrapant à son tour de quoi lui lancer des boules.

Les rires de Laure étaient si stridents de ses attaques que toute la montagne aurait pu l’entendre. Le cul dans la neige, elle se trouva pitoyable quand Loyd vint lui tendre sa main.

  • Ça à peine commencer et je suis déjà trempée…
  • Vivement le retour à l’hôtel alors, lui répondit-il d’un clin d’œil.

Bouche bée, Laure s’arrêta sur la manière dont Loyd était magnifique dans ce décor. Ses cheveux argentés, surplombé d’un bonnet blanc, et ses yeux bleus, se fondaient parfaitement avec la neige. Pourtant peu classe dans sa combinaison, elle le trouva très avenant. Tandis qu’ils se regardèrent longuement, les deux furent interpellés par la vitesse à laquelle Kimi fila derrière eux.

Sa meilleure amie la regarda avec envie, la bouche encore plus ouverte :

  • Elle n’avait pas dit qu’elle n’en avait jamais fait ? releva-t-elle en repensant à l’une de leur conversation.
  • Regarde-moi plutôt ça, répondit Loyd en pointant son doigt vers Sky.

Ce dernier avait attrapé également ses deux bâtons pour dévaler la piste à toute allure. En passant à côté de Selim, le bronzé siffla en voyant ses prouesses qui arrachèrent des exclamations aux filles de Saint-Clair. Il plia un peu plus les genoux pour gagner en vitesse et rattraper son objectif. L’idée de faire la misère à Kimi l’excitait énormément, confiant de ses capacités. Il aimait la compétition.

Effectivement, quand il la rattrapa, la blonde serra ses prises un peu plus. Hors de question de le laisser gagner. De loin, le combat entre les deux ados paraissait tout à fait ridicule, mais Kyle, chargé de récolter les souvenirs pour le journal de l’école, n’en perdit pas une miette. Encore moins du moment où Kimi freina d’un coup pour tourner et qu’elle finit allongé sur le dos dans la neige, les bras étendus de part et d’autre de son corps.

Quand la silhouette de Sky vint lui faire de l’ombre sur son visage illuminé, elle souffla. Il faisait le malin, relevant ses lunettes, pour ensuite retirer son bonnet noir et gigoter la tête tel un chien mouillé.

  • Alors la nulle, on tient pas sur ses pattes ? l’enquiquina-t-il directement en lui renvoyant un immense sourire tandis qu’il replaçait ses gants.
  • Enfoiré, répondit-elle en s’asseyant, lui lançant un rictus. Je suis pas nulle ! Tu m’as déstabilisé, c’est tout…
  • Il paraît que je fais cet effet-là, oui, continua-t-il son charme.
  • C’est ça, rigole… Tu verras quand je te battrai… Aide-moi, lui tendit-elle sa main.

Sans se faire prier, Sky l’attrapa pour qu’elle se relève plus facilement. Ils eurent alors à peine le temps de se dire autre chose qu’ils virent arriver un compatriote, du moins dans le cœur de Kimi, ça en était un.

  • Je t’ai vu tomber, ça va ? lui demanda Ulys, très fringant dans ses vêtements noirs d’hiver.
  • T’inquiètes, elle est pas en sucre.

Le mannequin savait pertinemment que Sky ne l’appréciait pas, mais lui ne pouvait s’empêcher de bien l’aimer. Il pouffa.

  • Oh, j’en ai bien conscience… répondit-il en prenant une posture qui donnait envie à Sky de lui péter les jambes à coups de bâtons.

Il faisait bien trop le malin à son goût. Sous prétexte qu’il la connaissait depuis plus longtemps, il se permettait de faire de telles réflexions ? C’était pourtant avec lui qu’elle avait décidé d’étudier tous les soirs d’examens. À cette pensée, le beau brun leva un sourcil en direction d’Ulys.

Kimi ne remarquait en rien la tension entre les garçons, plutôt préoccupé par comment remonter la piste, cherchant alors l’entrée du télésiège, le nez planté sur le rail qui traversait le ciel.

  • Les premiers arrivé montent ensemble ? proposa Ulys en montrant du doigt par où il fallait skier.
  • J’y vais en première !! s’exclama Kimi, excitée à l’idée d’à nouveau faire la course.
  • Si tu ne te dépêches pas, je prends la place, chercha-t-il ensuite à embêter Sky, alors que la blonde était déjà partie.
  • Comme si j’allais me battre pour ça… Je suis pas un gamin, ronchonna-t-il en se renfermant sur lui-même.
  • Ah bon ? Tant pis pour toi, plaisanta-t-il.

Sky jura dans sa tête. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire de partager le siège avec Kimi ? Son agacement était pourtant palpable au moment où l’ancien couple monta dans l’appareil pour prendre de la hauteur, alors qu’il fut obligé de rester pour attendre une autre nacelle.


***

À quelques mètres du sol enneigé, Kimi s’époustoufla de la vue, des étoiles dans les yeux.

  • C’est trop beau…

Ulys se garda de lui dire que de la voir en train de sourire à la montagne était ce qu’il y avait de plus beau sur terre. La joie se lisait sur son visage et se devinait à ses pieds qui se balançaient, les skis y étant fermement accrochés.

  • C’est la première fois que je vois une aussi jolie vue, enchaîna-t-elle, les deux mains sur la barre qui les tenait dans le siège. J’adore ! Encore plus d’être montée en première ricana-t-elle ensuite.
  • C’est vraiment la guerre avec Sky, releva-t-il.
  • La guerre ? Non, on se chamaille, répondit-elle d’une bonne bouille.
  • Il est quand même marrant ton pote… réfléchit-il à haute voix. Je ne suis pas mécontent d’être venu à Saint-Clair et de voir que tu t’es bien entourée.

Un peu timide, et surprise qu’il aborde le sujet, Kimi pinça les lèvres, ses joues se gonflant d’air. Ulys la regardait toujours de ce même air, attendri, voir parfois encore amoureux.

  • Ouais, c’est une chouette école… continua-t-il, un peu rêveur, ses yeux bleus plantés sur les rochers blancs à l’horizon.
  • Je suis contente que tu sois là, répondit-elle enfin, un peu gênée. Mais surtout que tu t’y plais… C’est important.
  • J’avoue, je me suis bien intégrée, surtout auprès des filles, rit-il ouvertement sous les yeux plissés de son ex. Non, vraiment, je me rends compte de la chance que j’ai d’avoir pou accéder à une telle école. Bien que… c’est plus sévère qu’à Gordon quand même !
  • Ah ça ! Je te le fais pas dire ! s’exclama-t-elle en faisant de gros yeux. J’adore Saint-Clair, mais s’il y a une chose qui me manque, c’est les bêtises, ajouta-t-elle sournoisement.
  • Tu te rappelles quand Benjamin et Chen se sont cachés…
  • Dans les armoires du labo de science ! finit-elle sa phrase, se rappelant parfaitement la scène. La gueule de Monsieur Jacob quand ils sont sortis, éclata-t-elle de rire en se remémorant.
  • Si on pouvait appeler ça un labo, rit Ulys en retour.

Kimi prit une grande inspiration, reniflant l’air frais, puis soupira.

  • C’était l’aventure, dit-elle d’un ton nostalgique en lui accordant un regard.
  • C’est toi ma plus belle aventure.

Les mots étaient sortis tout seul. Il se rendit compte de ce qu’il venait de dire à l’expression qu’elle lui rendit, à la fois flattée et embêtée. Ulys se redressa dans le siège, le faisant balancer légèrement.

  • Petit dragueur… marmonna-t-elle entre ses dents, ses joues regagnant leur couleur d’origine.
  • Ce n’était pas pour te draguer, mais… Je le pense, lui répondit-il sincèrement tandis qu’elle s’appuyait à la rambarde. Si je ne t’avais pas rencontrée…
  • Et moi, alors ? Tu m’as appris à danser… Sans ça, je…

Elle était très émue de se rappeler tout ses bons moments.

  • C’est bizarre ce que je vais dire, mais… c’est ce qui m’a permis de respirer. Danser m'a tellement aider, c'est grâce à toi.
  • Et toi, tu m’auras appris à me battre.


***

Au pied du télésiège, Sky faisait la gueule, les bras croisés alors que les garçons arrivaient un par un.

  • Bah alors chéri, tu tires la tête ? lui envoya directement Loyd en se plaçant à ses côtés, piquant à souhait.
  • C’est Kimi et Ulys en haut ? fit Alex, la tête dans les nuages.
  • Ouais. Ils sont montés en premier.

D’humeur taquine, Selim décida de chercher la petite bête :

  • Et quoi ? Ça t’embête ? lui mit-il des petits coups de coude.
  • Quoi ? réagit-il au quart de tour, fronçant sévèrement les sourcils. Nan, je m’en fous, mais ce mec est pas honnête.
  • Hum, dis-nous donc pourquoi ?
  • Mais c’est clair, nan ? Il a dit qu’il avait plus de sentiments pour elle, mais ça se voit à sa tête qu’il est encore amoureux, dit-il d’un ton révolté.

Alex pensa dans son esprit ce que Loyd osa dire à voix haute :

  • Et ça te gêne qu’il puisse encore l’aimer ?
  • C’est… s’arrêta-t-il en serrant ses bâtons, la prochaine nacelle arrivant. C’est pas le problème, juste… C’est pas un mec droit dans ses bottes et j’aime pas ça.

L’instant d’après, il monta dans le siège, tandis que ses copains se jetèrent de légers coups d’œils. Tout trois fermèrent les yeux en signe de compréhension. Bien qu’ils pensèrent à la même chose, il était préférable de ne pas l’énerver davantage.

***

  • Au sens propre du terme, répliqua plus froidement Kimi à ce qu’Ulys venait de lui dire.
  • Je ne voulais pas dire "battre" de cette manière… Tu m’as soutenu dans mes rêves et… tu m’as donné de la force...

Sa sincérité et sa gentillesse ne l’apaisèrent pas. Comme durant le trajet du matin, elle tira une drôle de tête qui interpella Ulys, le rappelant aussi à l'ordre. Il avait des choses à lui dire.

  • Je sais qu’on est en voyage et qu’on est censé profiter, mais…
  • Arrête, le coupa-t-elle, les yeux rivés au sol, la machine arrivant bientôt à destination. Je ne veux pas entendre ce que tu as à dire. Je le sais déjà. Je vois bien ton air depuis quelques temps, dit-elle durement en évitant de le regarder.

Il fallait pourtant bien qu’ils discutent des problèmes qu’ils ne soulevaient pas.

  • Kimi, souffla-t-il d’un ton déraisonnable. Il faut que je te dise… Je n’ai jamais eu peur de rien. Je n’ai jamais eu peur de foncer tête baissée pour accomplir mes rêves ou encore pour défendre mes amis quand il fallait le faire, de me battre "au sens propre du terme", mais là… J’ai peur...

Elle ne supporta pas entendre cette phrase, serrant ses poings à la barre en fer.

  • Parce que je n’ai aucune idée de ce que les Wolf nous veulent. Je ne sais pas pour quelles raisons ls veulent encore se venger de nous et j’ai franchement peur de ce qu’ils peuvent faire… Or, Kenji, nous a prévenu qu’ils préparaient quelque chose…
  • Ce sont des menaces en l’air ! Ils s’amusent ! s’énerva-t-elle d’un coup, rejetant ses mots. Tu ne vois pas ? Qu’ils s’amusent à nous faire peur ? Ils ne vont rien faire, il n’y a pas de raison… Alors, non, je… je suis fatiguée de parler de ça… En fait, je…

Kimi était au bord de craquer.

  • Quand allez-vous comprendre que je ne peux plus… Je peux plus, répéta-t-elle en perdant des grosses bouffées d’air, dépassée. Je veux juste une vie normale, dans une école sympa, avec des amis cool et profiter d'un voyage de folie. Donc, s’il te plaît, n’en parlons plus. Ils ne feront rien, répéta-t-il comme pour se convaincre.

Ulys ne le fut pas. Il doutait, car elle n’avait pas tort, mais dans ses jolis yeux, il vit autant de peine que de peur, décelant de la frustration sur son nez qui se plissait. Mais ce dont lui avait le plus peur, c’est qu’elle refuse de voir la vérité en face lorsqu’elle débarquerait.

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