Le voyage de Monsieur K / Chapitre 8 : School

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Sans trop savoir comment, Philippe se retrouva au carrefour des cinq routes.

Sans réfléchir, il prit la deuxième à droite, la route du lycée. Le bâtiment était là, gris, sale, beaucoup moins imposant que dans ses souvenirs.

Il ferma les yeux, il connaissait le chemin par cœur : le hall d’entrée, les quelques marches, tourner à droite pour se retrouver dans la cour.

Dans la cour , il y avait le terrain de basket, où son équipe avait connu plus de défaites que de victoires. Les deux bâtiments se faisaient face : on avait cours , soit dans l’aile droite soit dans l’aile gauche, et le gymnase était en face.

Il chantonna, sans trop s’en rendre compte :

I can see you in the morning when you go to school
Don't forget your books, you know you've got to learn the golden rule,
Teacher tells you stop your play and get on with your work
And be like Johnnie - too-good, well don't you know he never shirks
- he's coming along!

After School is over you're playing in the park
Don't be out too late, don't let it get too dark
They tell you not to hang around and learn what life's about
And grow up just like them - won't let you work it out
- and you're full of doubt

Des doutes, oui il n’avait que cela des doutes et aussi des peurs.

Soudain il sentit une présence. Un géant tatoué, avec une coiffure punk le regardait : Vincent !

Vincent le meilleur ami de son fils.

« Que fais -tu là, demanda Vincent, hilare ?

- Et toi, répliqua Philippe ?

- Oh moi, je me contente de mon petit business. On va prendre un verre ? »

Philippe sourit : rien n’avait changé. Dans sa jeunesse, le quartier était connu comme un lieu de deal. Monsieur K, en chemin, évoqua un souvenir qui fit pleurer de rire le punk. Un jour, devant tout le lycée ébahi, un de ses amis avait exhibé des pastilles de LSD, sous le nez du censeur, qui avait répondu qu'il devait attendre la récré, pour manger ses bonbons !

Philippe retrouva, avec plaisir, le minuscule café de ses seize ans. Tout semblait l’attendre : les vieilles chaises, le baby foot. Il raconta son voyage à Vincent, puis se figea et se mit à trembler de peur , quand il voulut évoquer la scène du métro.

Décontenancé, Vincent offrit un cookie à Philippe. Ce dernier l'accepta, puis se mura dans le silence.

Vincent dit « Tu sais, ce café, il me rappelle ton poème.

Tu sais celui du café et de la parisienne. » Philippe éclata de rire et déclama :

Une parisienne
A l’ancienne
La quarantaine

Fort élégante
Troublante
Fascinante

Court vêtue
L’intimité nue
Veut un café

Le café
Doit être payé
Mais payer
Son café

C’est démodé
La raison
Un soupçon
D avarice

Et le vice
Elle aime tant
Publiquement

Transgresser
Tous les vendredis
L’interdit

C’est la crise
Tout le monde en a assez
De payer son café

Un homme âgé
Troublé
Par sa beauté
Ose

La nymphose
Stimulée
Par l’humidité
D une intimité

Si peu défendue
Quel joli cul
Murmure l’ancien

Certes c’est coquin
Mais la belle
Infidèle

Ne veut pas payer
Le café
Et elle sait

Que le propriétaire
Débonnaire
Lui fera crédit
Elle somme
Le vieil homme
De sortir sans retard
Son braquemart

Et sous les yeux médusés
Des parisiens
Et des parisiennes
Qui filment la scène

Elle donne son cul
Au sexe dru
Du citoyen
Qui veut bien la sodomiser

Et lui fait économiser
Ce café
Bien mérité

Les deux amis se quittèrent sur le trottoir, en riant.

Vincent entra dans la Mercedes. Le portable vibra et au bout du fil, il entendit une voix féminine impatiente :

« Alors, demanda la voix ?

- Impeccable, répondit Vincent.

- je n’y comprends rien : un café qui n’a pas changé trente ans après, c’est tout sauf crédible. Il a tout gobé ! Et pour Cassandra, il est parti en plein délire !

- Le métro était trop proche, répliqua Vincent . Et puis tu oublies les cookies.

- Mais que se passe-t-il dans le métro ?

- Impossible de savoir, répondit Vincent. Quand je pose des questions, son visage se décompose et il se ferme. Et au Japon ?

- On est dans la merde : il faut appeler le central !

- Et si on se fait repérer ?

- C’est un risque à prendre.

- J’arrête, la ligne est sur écoute, chuchota Vincent. »

Préoccupé Vincent démarra rapidement, soulagé de quitter la capitale.

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Le jeu démarre...
Maintenant, je joue, seul devant mon écran. Le chat dort toujours. Je sélectionne des équipes adverses. Je suis seul et je fais ce que je veux, jouer comme je veux. Sans règle, sans loi.
L'idée de marquer contre mon propre camp m'effleura l'esprit. Aujourd'hui, pour commencer ce sera l'équipe du PSG contre l'équipe de Marseille. A tout seigneur tout honneur. J'aime foutre la merde, ça va ruer dans les brancards. Je m'en fous. Je suis tout seul.
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Un tumulte grandiose s'éleva dans les airs lorsque mon premier but contre mon camp fut marqué. C'étaient des mouvements de colère. Des grondements lourds et sonores s'élevèrent au dessus du stade bondé de monde et se perdirent dans le ciel bleu. Dès mon deuxième but marqué contre mon camp,à nouveau un tumulte géant secoua la foule, comme le cri d'un volcan pour laisser éclater sa joie ou sa douleur. Mon plaisir était sans limite. Un plaisir jouissif. A chaque but marqué, c'était une bouffée de sang chez le commentateur qui commençait à s'enerver sérieusement. L'arbitre ne savait plus où donner de la tête. Le peuple du football s'agaçait à me voir marquer contre mon camp. J'étais un traître à ses yeux. Les insultes fusaient. Ce fut tour à tour des crachats, des jets de bouteilles qui sortirent de l'écran et qui atterrissaient dans le salon. Mais mon plaisir était tel que rien ne m'arrêtait. Je continuais sans le moindre remords à jouir de mon plaisir égoïste, à envoyer dans les filets, ceux de mon camp,des boulets de canon à la vitesse de la lumière qui allaient mourrir au fond des buts. Et c'était à chaque fois des cris, des vociférations de colère, des hurlements d'indignation contre cet hérétique qui marquait contre ses propres équipiers et qui semblait en tirer un plaisir indécent.
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J'ai fui aussi vite que possible, sans demander mon reste.
Sans même me poser la question si cette chose était possible ou pas. Comment se faisait il que des gens puissent sortir de la télé armés d'une bate de baseball et s'attaquer à un honnête citoyen qui voulait jouer à un jeu qu'il avait payé de son argent, un jeu dont il disposerait comme il l'entendait? Des gens en chair et en os qui ont voulu m'oter la vie à coup de bate parce que je n'étais pas d'accord avec eux. Je voulais jouir de ma liberté de consommateur. Je voulais marquer contre mon camp. J'aime cela. Ce n'est pas un crime de marquer contre son camp. En politique vous êtes exclu de facto. Mais là, ce n'était pas de la politique. Ce n'était qu'un match de foot. L'esprit de corps était de rigueur. Mais je n'avais pas cet esprit de corps.
Le fascisme à l'état pur. Le football est un fascisme.Le sport en général est un fascisme. Un fascisme dès lors qu'il est arraché à sa finalité première, procurer du plaisir à celui qui le partique et non enrichir les poches de ceux qui en tirent des intêrêts d'argent.
J'eu le temps de m'extirper du salon, sortir de ma maison et crier "au secours des ânes bâtés, des hooligans veulent me tuer !" .
Seul un chat qui traversait la rue entendit mes plaintes, me fixa de ses yeux mystérieux et fit pivoter ses oreilles téléscopiques en se demandant si je n'avais pas fumé la moquette.
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La télé était éteinte. Rien n'avait bougé dans le salon. Le chat dormait toujours sur le sofa. Un jeu vidéo était posé sur la table basse encore enveloppé dans son cellophane avec le prix dessus, 49.90 euros.
Une bouteille de wisky trônait sur la table basse. Vide. Le lit de la chambre était défait.
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Je n'ai pas eu le courage de l'ouvrir.
Oui, le football est un fascisme.
Adrien de saint-Alban
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