Chapitre 13.3.

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Anat avait revêtu, pour l'occasion, un sari rose et or. Un voile de soie dans les mêmes couleurs couvrait la moitié supérieure de son visage. Sa peau ambrée, son nez, ses lèvres, sa mâchoire, son menton et son cou laissaient néanmoins deviner la très belle femme qu’elle était. À égale distance de sa jeunesse et de ses vieux jours, le temps n’avait pas eu de prise sur sa beauté, au contraire. Elle n’ignorait rien de la fascination qu’elle suscitait chez les mâles, quelle que soit leur espèce, pourvu qu’ils se déplacent sur deux pattes et soient nantis d’un minimum de capacités intellectuelles. Même en ces lieux qui lui étaient étrangers, parmi quelques-uns des plus hauts représentants drægans, elle en jouait en se déplaçant avec grâce et nonchalance parmi les autres.

Métis, d’un tout autre genre, était une femme à la chevelure longue et épaisse d'un roux incendiaire. Grande et élancée, elle portait une robe mauve, dont la coupe ressemblait à celle d'une femme de la Rome Antique, qui valorisait ses attributs généreux. Ses doigts, longs et fins étaient couverts de bagues aux pierres colorées, et des bracelets dorés dansaient en cliquetant autour de ses poignets à chacun de ses mouvements. Les talons de ses chaussures étaient démesurément hauts et lui donnait une tête de plus que les autres drægans. L’hôte de Métis devait approcher les quarante ans. Comme tous ceux de son groupe, elle était d’apparence humaine, incontestablement, mais une autre espèce pointait le bout de son nez dans son génome, car pas une seule fois, depuis qu’elle était entrée en ces lieux, ses yeux d’un vert profond n’avaient cillé. Plus encore, elle avait paru sentir sa présence lorsqu’elle s’était approchée d’elle. Esmelia prit alors la décision de l’éviter tant qu’elle ne représentait pas un danger.

Teutatès avait la réputation d’être un solitaire, une créature si secrète qu’il était impossible de connaître ses opinions, ou ses réactions. Son empire, s’il en avait eu un, n’avait jamais fait parler de lui. On le disait sage et avisé. C’était ce qui lui avait valu sa place au Conseil des Chanceliers Divins. Son hôte avait l’âge de la maturité, même si sa chevelure sombre n’en portait pas encore beaucoup la trace. Il n’était pas particulièrement grand, ni musclé. Son regard vert aux reflets bruns et or cherchait à percer les ténèbres qui les entouraient par-delà les colonnes de pierres. Il répertoriait mentalement les dangers susceptibles de les menacer. C’est à son regard qu’elle le reconnu… Il avait le regard de l’Homme triste du marché aux esclaves. Nerveux, il se demandait pourquoi lui et les autres avaient été réunis dans un tel lieu. Il ne doutait pas qu’ils aient été tous désarmés, mais cela ne le rassurait pas pour autant. Il sentait aussi sa présence, mais pas comme une menace. Plutôt comme une donnée incertaine.

Shamash paraissait beaucoup plus jeune que le "dieu sanglier". Plus grand, plus large d’épaules, plus insouciant... Il était d’une beauté beaucoup moins classique que celle de Bacchus ou d’Apollon, beaucoup moins exotique que celle de Rhadamanthe, et différente de celle, orientale, de Tsukuyomi. Son hôte était d’origine terrestre. Esmelia décelait chez lui une ascendance à la fois européenne et africaine. Il était grand et athlétique comme un nageur olympique, ou un surfeur californien… Son visage tout en angles avec des pommettes saillantes ne sembler pas receler la moindre malice. Ses cheveux longs et crépus lui tombaient dans le dos. Sa peau était claire, mais un peu de soleil en changerait radicalement la couleur. Cela dit, dans l’espace comme sur certaines planètes, le bronzage au soleil équivalait à jouer le rôle d’une brochette au-dessus d'un barbecue…

Les labirés de l’empire de Shamash avaient été parmi les premiers à se soulever contre les drægans. Ils avaient détruit tout ce qui les représentait. La tête de leur ancien maître et dieu avait été mise à prix dans deux des galaxies sur lesquelles il avait régné. Aussi, Shamash évitait-il de rester trop longtemps au même endroit.

Il avait été surpris par cette rébellion. Il n’était pourtant pas de ceux qui régnaient par la cruauté et la peur. Néanmoins il avait contre lui de n’avoir jamais caché ce qu’il était, et d’avoir profité des privilèges que lui conférait sa nature aux yeux des êtres qu’il considérait comme inférieurs aux drægans. Lorsque les temps étaient au raccourcissement, il en allait comme pour les rois et pour ceux qui évoluaient trop près d'eux : on ne perdait pas de temps à leur demander s’il voulaient garder leur tête entre leurs deux épaules et la vie sauve.

Comme son nom l’indiquait, Tsukuyomi avait l’apparence d’un asiatique. Ses traits étaient fins et n’étaient pas sans rappeler ceux d’un autre personnage qu’elle avait rencontré quelques semaines plus tôt. Et pour cause, il était le frère de Susanoo. Comme lui, il avait un visage volontaire. Toutefois aucune trace d’un orgueil mal placé n’y transparaissait. Il avait des cheveux longs, tirés en arrière, excepté au niveau des oreilles où ils avaient été coupés ras ainsi que sur la nuque. Il portait l’armure d’un guerrier de la Chine moyenâgeuse, mais bien moins archaïque. Elle n’avait cependant rien de dangereux car elle avait été désactivée par les voiles "gratte-langue".

Bacchus et Enki complétaient le groupe.

Face à eux, les membres du deuxième groupe inspiraient autant confiance qu’une tribu de cannibales affamés suite à des années de régime végétalien et de mode de vie vegan, découvrant un groupe d’explorateurs perdus sur leurs territoires de chasse.

En plus d'avoir l'air d'un matou nonchalant, Ishkur avait l’attitude d’un joueur de poker venant d’entrevoir la possibilité de rafler la mise en une seule fois.

Quant à Lara, le regard qu’elle portait sur ses congénères était plus glaçant que le vent en Antarctique.

Les deux drægans listaient mentalement les différents moyens pouvant leur permettre de se débarrasser des autres sans passer pour les coupables évidents.

Frey, avec son allure de boucanier, était pareil à lui-même : hautain et calculateur. Lui aussi se demandait comment nuire aux autres. Dans son regard gris acier brillaient la ruse, la jalousie et une méchanceté sans fond. Ce qui en était presque choquant pour un jeune homme qui ne paraissait pas avoir plus de trente ans, et dont la beauté sauvage attirait immédiatement les regards de toutes les identités de genres et d’espèces humanoïdes, voire quelques autres.

Ésus, quant à lui, respirait la gentillesse et la sagesse. Son physique de professeur de littérature inspirait la confiance. Mais son regard indéchiffrable, trop volubile, rappelait celui d’un dangereux déséquilibré souffrant d’un dédoublement de la personnalité. Le genre qui aurait des envies de manipuler des naufragés dans un vaisseau en perdition ou sur une île déserte pour qu’ils s’entre-tuent.

De tous, Erra semblait vraiment le plus sympathique, et le plus humain. Il savait que la première impression était toujours celle qui comptait le plus. C’était exactement pour cela qu’il avait choisi son hôte avec soin. Un bel homme athlétique, d’une quarantaine d’années, aux cheveux châtains souples et ondulants, et à la barbe naissante qui lui donnait un genre mauvais garçon comme s’il voulait correspondre au critère dominant de son groupe, sans y parvenir. Dans son regard cohabitaient intelligence, ironie et méfiance, ainsi qu’une bonne dose de ruse. Il avait une beauté sauvage et naturelle que bien des drægans lui enviaient.

Difficile de dire si Moccus était beau. Selon les critères humains, il ne l'était pas. Il n'était d'ailleurs pas humain. De type humanoïde, certes, mais pas humain. Sa peau était grise et donnait l'impression d'être rugueuse comme du granit. Si son visage comportait deux yeux, ronds et noirs, une bouche aux lèvres très fines à la pigmentation bleu marine, il était caractérisé par l'absence de nez. À la place, il y avait une sorte de bosse. Le reste de son visage était parcouru d'autres renflements plus discrets et de lignes qui n'appartenaient à aucune espèce connue. Il était une incongruité aux yeux des autres drægans qui se demandaient comment et pourquoi l’un des leurs avait pu choisir un tel hôte. C’était un choix qu’il avait fait en toute connaissance de cause. Il entendait bien ne pas rendre de compte à ses semblables sur ce point.

Celle qui portait toute la laideur de son âme sur son visage se nommait Scáthach, une jeune femme de taille moyenne, assez menue. Ses bras et ses jambes étaient si maigres qu'on pouvait craindre qu'ils se brisent. Elle n'avait ni cheveux, ni sourcils, ni cils. Ses arcades sourcilières étaient proéminentes. À chaque fois qu'elle reniflait, son nez se retroussait. Ses grands yeux bruns, horizontalement étirés, n'étaient pas ceux d'une asiatique. Ils étaient plutôt ceux d'un animal, un oiseau de proie, et lui donnaient, sinon un air de prédateur, celui de quelqu'un qui se réjouissait du mauvais coup qu'elle allait jouer et des bénéfices qu'elle allait pouvoir en tirer. Et c’était bien ce qui occupait ses pensées en permanence. Une ligne noire traversait, en son milieu, son front bas, longeait l'arrête de son nez mutin, coupait ses lèvres charnues et rouges comme une cerise, et glissait jusqu'au bas de son menton de petite fille boudeuse. Elle disparaissait pour réapparaître le long de son cou, avant de filer sous son vêtement, une robe vaporeuse de couleur pêche qui se confondait avec sa propre peau. Elle ne portait aucun bijou, aucune parure. Juste sa robe et une paire de sandales rouge sang assorties à ses lèvres et à ses longs ongles. Ses pieds étaient comme des mains. De plus, elle avait taillé chacun de ses ongles pour en faire des griffes acérées. Les seules armes qui lui restaient encore… Un avantage qu’elle avait sur les autres et dont elle mourrait d’envie de se servir.

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7 mots sans rapport à placer dans l’ordre :

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Galaxie
Raclette
Acarien
Rhododendron
Belzébuth >>

Ici je vous dévoile un univers - un multivers - déjà songé auparavant. Qui plus est j'ai quand même un peu triché quant au temps : j'ai mis environ une heure et quart, comme le précédent. À ma décharge, j'ai déjeuné pendant, mais ça ne suffit pas à me dédouaner.
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- CHAPITRE UNIQUE -
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