Gardiens Immobiles

Une minute de lecture

        J'accompagnais pour la première fois depuis dix ans, mon père faire paître nos bêtes. Mon jeune frère, mon oncle et quelques amis s'étaient joint à nous. Nos pas nous avaient quelque peu écartés du chemin habituel qui longeait le fleuve. En cette période de moisson, l'eau n'était pourtant pas ce qui manquait et je soupçonnais mon paternel de rallonger notre excursion afin d'avoir plus de temps en ma compagnie. Je n'avais pas suivi la même voie que lui et mes études à la ville m'éloignaient souvent de ma famille. Je ne fis donc aucune remarque sur le fait que le jour tombait, trop heureux de profiter de nos courtes retrouvailles.

Soudain, au sortir de l'immense dune désertique, mon père s'arrêta et dans un murmure me dit : "Regarde fils, les Gardiens veillent sur nous". Et je les vis...

Alors que mes yeux s'habituaient péniblement à l'ocre du soleil couchant, les deux colosses se dressaient devant moi. Témoins immobiles d'une civilisation passée, ils restaient assis, droits et fiers, le regard perdu dans l'immensité sableuse. Leur pieds baignaient en cette saison dans l'étendue saumâtre et fertile qui garantirait plus-tard de bonnes récoltes sur les abords.

Les bêtes elles aussi semblaient transformées dans ce paysage à faire taire de respect les plus bavards et s'abreuvaient avec grâce. La route avait été longue, surtout dans ces sandales de cuir, mais le spectacle grandiose qui s'offrait à moi en valait largement la peine.

De tous mes livres, aucun texte, aucune gravure ne rendaient hommage aux deux gardiens figés dans la roche et dans le temps. L'or du sable se confondait avec la lumière du soleil. L'instant était magique, presque irréel. Ces deux vestiges m'emplirent d'émotions et je me surpris à essuyer mes yeux dont la vue se brouillait. Pour sûr je reviendrais, me promis-je.

Ces deux monolithes d'une dureté inégalable n'avaient cependant pas un cœur de pierre, et il se disait que si l'on tendait l'oreille, leurs chants mélodieux et vibrants se confondaient avec celui du vent.

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Tableau : Vue sur les colosses du Memnon par David Roberts

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