Le phare

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Je suis essoufflé. Je ne tiendrais pas plus longtemps. Cours ! Cours !

-Bravo ! Tu cours de plus en plus vite, dis-je presque au bord de l'évanouissement.

Ma petite fille me saute dans les bras, un sourire illuminant son visage.

-Tu es le meilleur papi du monde !

Marcally a six ans aujourd'hui. J'en ai bien plus. C'est une petite fille pleine de vie et d'assurance. Elle a toujours sa petite mèche rousse qui lui tombe devant les yeux. Ma femme est morte il y a tellement longtemps et mon fils vient tellement rarement, que lorsque je vois ma petite fille, je ne ressens plus la moindre tristesse. C'est Camille, sa mère, qui me l'a déposé. Ils se sont encore disputés avec mon fils. Ils ne devaient pas vouloir Marcally dans les pattes.

Le soleil commence à tomber sur la mer. Nous nous installons sur une couverture où j'avais déposé des sandwichs et des jus de fruits pour regarder l'astre disparaître dans les flots. Elle a l'air émerveillée. Quel beau métier je fais. Je suis gardien de phare. Je me suis accoutumé à ce spectacle. Mais celui duquel je ne me languirais jamais, c'est celui du sourire de ma petite Marcally.

C'était sa dernière soirée avec moi. La voiture de Camille vient d'arriver. Elle me fait un dernier câlin et monte dans l'auto. Elles s'en vont déjà. Je me retrouve de nouveau seul avec mon phare. Je dois allumer la lumière pour les bateaux. Même si je vis dans une région éloignée, le petit port situé en bas de la falaise est toujours bondé de navires de pêche. Ou plutôt de rafiots. Mais moi, j'ai rarement de la visite.

Gravir les escaliers. Tourner la clef. Ouvrir la porte. Monter les marches. Tourner la manivelle. Allumer la lumière.

Les mêmes gestes se répètent tous les soirs.

Gravir les escaliers. Tourner la clef. Ouvrir la porte. Monter les marches. Tourner la manivelle. Allumer la lumière.

Cela fait deux nuits que ma petite Marcally est partie. Personne n'est venu depuis. Je devrais descendre au marché pour acheter à manger demain.

Gravir les escaliers. Tourner la clef. Ouvrir la porte. Monter les marches. Tourner la manivelle. Allumer la lumière.

J'ai vu la poissonnière aujourd'hui. Elle m'a fait la conversation. Autant dire que je n'avais pas grand-chose à dire. Ça fait du bien de voir quelqu'un, même si elle n'en a rien à faire de vous.

Gravir les escaliers. Tourner la clef. Ouvrir la porte. Monter les marches. Tourner la manivelle. Allumer la lumière.

"Aaah!"

Mon pied s'est pris dans une des barrières qui entourent la grande lampe de mon phare. Je suis allongé sur le sol, mon souffle est coupé. Je regarde le ciel à travers la vitre, il est déjà noir. La lune à l'air plus grande ce soir. Les étoiles n'ont-elles jamais été aussi belles ? Je les vois encore se refléter dans les yeux grands ouverts de ma petite Marcally.

Bonne nuit.

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