Tablette Vallia, encore

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Pour le chemin du retour, Vallia bifurqua par les petites rues calmes et paisibles d’Yvalis. Elle souhaitait rallonger le chemin pour montrer à l’ancien Exetra Prime autre chose que ce qu’il avait connu à Adrais. Elle faisait le guide, précisant l’utilité des bâtiments ou bien leur histoire quand elle la connaissait, et insistait sur la vie paisible des yvalisés.

Situé en bordure de l’état d’Adrais, ce village peu peuplé se formait de petites habitations à l’opposé des vertigineuses hauteurs de la Cité des Cieux. Edifiées après le Letranemen, le conflit entre les deux plus grandes cités d’Aliard, Alaris et Adrais, par les anciens troqueurs d’amatia, leur douce façade accentuait la quiétude du lieu. Seule la place n’était pas vouée à l’habitat et abritait les anciennes salles de troc, maintenant devenus estemms. Serpentant tout le village, de simples chemins non terrassés reliaient chaque adresse entre elle.

Contrairement aux autres cités de l’état qui ne pouvait plus s’en passer, l’absence d’amatia impliquait une vie sans machine. Cultiver, construire, se déplacer, tout se faisait par la force eraiéé.

Guidé par la faim, Vallia et Ashron arrivèrent rapidement à l’emzivaded. Le pas de la porte à peine passé, la bienvenue leur fuit souhaité par plusieurs enfants se jetant sur eux. Et Vallia n’eut d’autre choix que de proposer à Ashron de rester manger.

Après le repas, la joyeuse troupe partit pour le parc bordant l’emzivaded. D’abord peu enclin à les accompagner, Ashron dû céder face à l’insistance des triéxié enfants qui ne le lâchaient plus. L’ancien Exetra Prime se retrouva face aux tumultes dans le jardin aux multiples jeux. Malgré tout, il tentait de répondre aux ubuesques exigences enfantines.

Le regardant discrètement, Vallia ne pouvait refréner son sourire. Voir Ashron se débattre avec autant d’enfants l’apaisait. L’effroi qu’elle avait ressenti la veille s’estompait, petit à petit. Ce dernier était doucement remplaçé par de la peine, agrémentée d’empathie. Pour lui aussi, les heoles sous le joug de la Komunozhra ont été terrifiantes. Ses yeux imploraient de l’aide, Vallia le décelait dans son regard triste et meurtri.

Rapidement, l’Heolar toucha l’horizon pour prestement disparaitre derrière. L’hweld’acec installé, Vallia et Nelia partirent coucher la horde, pendant qu’Ashron resta au rez-de-chaussée, ne sachant que faire. Devait-il partir ? Ou rester ? Mais allaient-elles accepter qu’il reste ? Ou voulaient-elles qu’il parte ? se demandait-il en restant debout dans le couloir.

Lorsque les deux eraiéés revinrent de la mission d’endormissement, elles trouvèrent l’eraié toujours dans ses pensées, entre la pièce de vie et la porte d’entrée.

« Souhaites-tu rester ? demanda Vallia sans détour.

— Le puis-je seulement ?

— Commence déjà par demander avant de te poser cette question.

— Très bien. Oui, j’aimerai rester un peu.

— Tu vois, c’est pas si compliqué, répondit Vallia en entrant dans la pièce de vie devenue bien calme. Allez, un verre de hierse ne serait pas de trop.

— Bien dit ! rétorqua Nelia en remplissant trié verres de nectar brumeux. »

Assis sur les divans, les langues se délièrent à mesure que le nectar de hierse se vidait. Jusque tard dans l’hweld’acec, l’emzivaded fut l’antre des discussions entre les trois eraiés. La Komunozhra cristallisa la majorité des débats, rendant Ashron plutôt spectateur de ces échanges. Lorsque le nectar fut vidé, Nelia jugea bon d’aller se coucher, ce dernier l’ayant rendue un peu trop bavarde. Elle fut rapidement suivie par Vallia.

Face à son besoin de solitude, Ashron décida de s’aérer l’esprit hors de l’emzivaded. Le calme de ce nouvel acec’hweldro lui fit presque oublier d’où il venait. Mais la fugacité de ce sentiment ne laissait place au doute.

Tout en pérégrinant paisiblement dans les rues d’Yvalis, Ashron repensa aux mots qu’il avait adressés à l’eraiéé rencontré dans les bois. Percer les secrets de la Komunozhra, et si l’Harzerezh pouvait l’y aider ? se dit-il en arrivant au bord du cours d’eau qui traversait le village.

Pensif, il s’assit alors à sa rive. Le regard perdu sur les ondulations gracieuses de l’écoulement, rejoindre l’Harzerezh devint alors une possibilité.

Les acec’hwelds d’Ashron s’écoulèrent paisiblement à l’emzivaded. Après avoir proposé à Ashron de rester, Vallia commença à ressentir le besoin de l’aider et d’apaiser son esprit si tourmenté. Mais le sentiment coupable embrumait souvent le regard de l’ancien Exetra Prime.

Un acec’hweld, tandis qu’ils étaient sur les rives du cours d’eau d’Yvalis, l’eraiéé brisa la glace :

« Es-tu malheureux ici ?

— Pourquoi cette question?

— Ton regard est si triste parfois.

— Après ce que j’ai fait, ce que j’ai été, comment pourrait-il en être autrement ?

— Mais tu comptes continuer éternellement comme ça ? Profiter de quelques moments heureux, pour tout de suite te renfermer dans ta culpabilité ?

— Comment pourrais-je vivre normalement après avoir été un Exetra Prime ? Chaque fois que quelqu’un me voit, c’est le garant des axiomes de la Komunozhra qui apparait devant ses yeux. Il n’y a guère que les enfants, de par leur innocence, qui ne voit en moi qu’un simple eraié.

— C’est donc ça que tu recherches ici ? Une échappatoire ?

— Non mais…

— Rebelle-toi ! s’enerva Vallia les poings serrés sur ses cuisses. »

Cette réponse rappela à Ashron que derrière sa naturelle douceur, Vallia savait être ferme, parfois même autoritaire. Il avait remarqué ce trait lorsque tous les deux partaient chasser pour palier à l’eskemman avide en vivre.

« Me rebeller contre qui ? La Komunozhra ? reprit Ashron.

— Commence déjà par toi-même.

— Je ne comprends pas.

— Cesse de culpabiliser sur ton passée d’Exetra Prime! Ce qui est fait est fait ! Accepte d’avoir été manipulé par cette Skyva et fait face. Tu as réussi à te débarrasser de son emprise et tu sembles être le seul, répondit Vallia, la voix tremblante et le blanc des yeux rougit par les larmes. Je ne te demande pas de sauver mes parents, ni de sauver Aliard. Mais cette tristesse en toi, celle que je vois tous les jours dans tes yeux, surmontes là, je t’en prie. »

La fin de sa phrase marqua le début d’un flot incontrôlable de sanglots. Pour tenter de l’apaiser, Ashron l’enveloppa délicatement de ses bras. A l’inverse de l’acec’hweld où il était arrivé, Vallia se sera contre lui, cherchant le réconfort pour endiguer sa peine. Les bras de l’eraié l’entourant, elle reprit peu à peu son souffle et une chaude sensation l’étreignit, si apaisante.

« Tu as raison. Il y a bien quelque chose que je peux faire, dit Ashron en fixant les yeux humides de Vallia. Je dois rencontrer l’Harzerezh. »

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