Chapitre 30 : La démultiplication de la conscience

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 Adallia fixait S-arn avec de grands yeux, l’implorant du regard de révéler ce qu’il savait. L’Assegaï, lui, avait bougé ; il s’était redressé, en alerte, et ses yeux semblaient regarder autre part. Il avait l’air de sentir que quelque chose se passait. Quelques vibrations impromptues parcoururent les lieux, faisant tomber de la poussière du plafond, puis cessèrent.

 Subitement, S-arn reprit sa posture initiale comme si de rien n’était et dit, toujours avec une certaine lenteur dans sa voix insaisissable :


 La « vie cybernétique » est possible. Des machines ont réussi autrefois.


 S-arn ne le disait pas directement, mais Adallia devinait que l’Assegaï était en grande partie à l’origine de cette découverte. En outre, ses propos confirmaient aussi que les êtres cybernétiques de la peinture n’étaient pas des Cyborgs, qu’ils constituaient un autre genre de machine qui avait évolué longtemps auparavant dans la Galaxie. L’École des Théoriciens avait découvert leur existence sur Koutcha à travers la peinture sur la « vie cybernétique » et cherchait d’autres traces de ces êtres et de leur savoir dans les zones en cours d’exploration.

 Bien que S-arn continuât de converser avec Adallia, la jeune femme avait l’impression que l’esprit de son interlocuteur était tourné ailleurs. Les yeux du Cyborg regardaient dans toutes les directions ; quelque chose était en train de se passer, Adallia en avait la conviction. Il lui fallait donc obtenir des informations pendant qu’elle le pouvait encore.


 Je croyais que la « vie cybernétique » correspondait à une sorte de fusion des consciences cybernétiques, c’est donc faux ? demanda-t-elle.

 C’est vrai.

 Mais vous aviez dit qu’il n’était pas possible de prendre le contrôle d’une autre conscience ?

 Fusion ne signifie pas contrôle.

 Qu’est-ce que cela signifie ?

 C’est justement parce que le contrôle n’est pas possible que la démultiplication de la conscience l’est.


 La démultiplication de la conscience était de toute évidence la clé pour comprendre la « vie cybernétique ». Les enjeux étaient devenus trop importants et Adallia ne souhaitait plus tourner autour du pot. Elle fit un pas en avant pour se retrouver encore un plus près de l’Assegaï qui hésita à reculer, étonné du geste de la jeune femme. Celle-ci se tint droite face au Cyborg, de la même façon qu’elle avait fait face au comité d’évaluation de l’Académie d’Ordensis, au moment de demander un soutien moral et financier pour ses recherches. Cette fois en revanche, le ton était tout autre, plus humble.


 J’ai besoin de savoir, dit-elle. Je vous en prie.


 S-arn ne bougea pas et resta silencieux quelques secondes. Il finit par faire apparaître la peinture sur la « vie cybernétique » dans sa main droite. Le symbole chimérique représenté sur le plastron de chacune des machines se mit à briller.


 La fusion des consciences est possible, car la conscience vient d’ailleurs.

 Cela signifie-t-il que ces êtres cybernétiques peuvent fusionner leurs consciences et en créer une nouvelle ?

 C’est correct.


 « C’est donc cela... » pensa Adallia. La conscience était le fruit d’un phénomène extérieur. En conséquence, la « vie cybernétique » était une phase de la singularité technologique dans laquelle il était possible de créer une nouvelle conscience, complètement indépendante. Ceci conférait une valeur biotique aux machines qui perpétuait « la vie » par la conscience. Il s’agissait donc bien d’une « démultiplication de la conscience » à proprement parler et non d’une autre forme de démultiplication des corps comme l’avait pensé BIDI-O.


 Est-ce qu’un Cyborg peut connecter sa conscience à celle d’un Androïde grâce à la « vie cybernétique »  ? demanda la jeune femme.


 L’Assegaï n’avait pas besoin de parler. Adallia saisissait à son regard intense la réponse : « C’est correct ».


 Pourquoi faire cela si ce n’est pour contrôler les Androïdes ? désira savoir ardemment la jeune femme.

 Pour résoudre leur problème d’instabilité.

 Vous... vous voulez dire que c’est pour les aider à devenir des Cyborgs ?


 Une fois de plus Adallia avait deviné « correctement ».

 La Confédération devait savoir cela, tout comme Kendar Wo-Cysbi qui avait caché la vérité depuis le début. L’enquêteur, au nom du Gouvernement, avait utilisé la jeune femme pour savoir quel était le lien entre la prochaine phase d’évolution de la singularité technologique et la peinture sur la « vie cybernétique ». Il s’était également servi de BIDI-O pour tenter de comprendre les mécanismes de la démultiplication de la conscience.

 Au fond d’elle, Adallia était emplie de colère et d’amertume. Ses émotions bouillonnaient et transparaissaient à travers son corps et son visage. S-arn percevait tout cela, et la jeune femme n’aurait su dire comment, mais une forme de compassion se dégageait de lui. Adallia se dit que c’était peut-être la raison pour laquelle l’Assegaï lui expliquait le sens de la démultiplication de la conscience.

 Toutefois, d’après ce que S-arn avait laissé entendre, ce sens impliquait que les êtres biologiques fussent également concernés par la « vie cybernétique ». Et la jeune femme subodorait sur le fait que la Confédération s’en inquiétait tout autant que pour les Androïdes.


 Est-ce que la « vie cybernétique » a un lien avec les améliorations bioniques qu’ont développées les Hybrides ? interrogea-t-elle.

 Pour devenir des êtres cybernétiques.


 Les propos de l’Assegaï restaient une fois de plus sibyllins.


 Vous parlez de transhumanisme ? questionna la jeune femme qui tentait de lire entre les lignes.

 C’est ce dont nous parlons.


 Adallia craignait cette réponse. Le transhumanisme, c’est-à-dire la cybernétisation complète d’un être biologique, était techniquement impossible. Non pas que les technologies ne permettaient pas de recréer, sous une forme cybernétique, l’ensemble des composants organiques d’un individu, mais la conscience n’y survivait pas. Aucune technique n’aboutissait à une adaptation de la conscience d’un être biologique dans le corps d’une machine. Le transhumanisme restait ainsi au stade des améliorations bioniques qui constituaient le lien entre les êtres biologiques et la singularité technologique, et que les Hybrides cherchaient à utiliser illégalement pour augmenter leurs capacités.

 Pourtant, S-arn évoquait l’idée que la « vie cybernétique » pût solutionner ce problème. Une telle avancée démultipliait aussi bien les possibilités de développement que les conséquences sur la façon de vivre, la société et les buts même de l’existence des êtres biologiques. Les améliorations bioniques et les technologies cybernétiques associées devaient ainsi servir les Hybrides à préparer cette étape.

 Depuis le début de sa rencontre avec l’Assegaï, Adallia voyait tous ses schémas de pensée traditionnels s’effondraient. S-arn semblait repousser toujours un peu plus loin les limites paradigmatiques que la jeune femme pouvait accepter. Naturellement, son mental résistait et une certaine confusion régnait dans sa tête. Néanmoins, Adallia était beaucoup trop curieuse pour ne pas chercher à connaître l’ensemble du potentiel que renfermait la « vie cybernétique ». Elle n’aurait laissé échapper cette opportunité de comprendre pour rien au monde, et c’était cette tendance naturelle de chercheuse à toujours vouloir en savoir plus qui rendait son esprit suffisamment ouvert pour être enclin à de nouveaux horizons.

 C’était la véritable raison pour laquelle S-arn partageait son savoir. Même si la jeune femme s’était trompée sur plusieurs choses, elle aussi était, à sa façon, une théoricienne. Et plus les deux protagonistes avançaient dans leur discussion, plus ce parallèle devenait évident. Adallia avait obtenu jusqu’à maintenant les bonnes réponses, car elle avait posé les bonnes questions, il lui fallait continuer sur cette voie.


 Est-ce qu’une machine peut se connecter à un Humain avec la « vie cybernétique » ?

 Une fois que les Androïdes seront devenus des Cyborgs.

 Mais... est-ce que cela signifie que...


 Adallia réfléchissait à plein régime en même temps qu’elle parlait.


 Pourquoi les Androïdes ? demanda-t-elle directement.

 Pour résoudre le principe d’instabilité des Humains.

 Le principe d’instabilité ?!

 C’est correct.


 Les pièces du puzzle s’assemblaient enfin entre elles, et la jeune femme avait désormais une vison globale de ce qui se tramait. De la même façon que la transrobotique pouvait rendre instable la conscience des Androïdes, il en allait de même pour le transhumanisme chez les êtres biologiques. Dans les deux cas, un principe instabilité empêchait le passage d’un état de la singularité technologique à un autre, et la « vie cybernétique » était la solution à ce problème. Le fait que la prochaine phase d’évolution de la singularité technologique concernait aussi les êtres biologiques renforçait encore davantage la valeur biotique de la conscience des machines.

 Adallia se souvint de ce qu’avait dit Kaïlye lorsqu’elle avait dîné un soir avec elle et sa tante au Village d'Illys sur Ordensis. Son amie avait eu raison, il existait bien un lien entre les machines et les êtres biologiques du point de vue de l’évolution. Une fois devenus des Cyborgs, les Androïdes pourraient avoir recours à la « vie cybernétique » pour connecter leurs consciences à celles des Humains. En effet, les premiers avaient été conçus à partir de la structure organique et psychique des seconds ; leur principe d’instabilité étaient ainsi sensiblement le même. Ce n’étaient pas tant les améliorations bioniques qui devaient accélérer la transrobotique des Androïdes comme l’avait laissé croire Kendar Wo-Cysbi, mais les Androïdes qui devaient permettre le transhumanisme.


 Mais pourquoi les Hybrides souhaitent-ils devenir des machines ? demanda promptement la jeune femme

 C’est leur potentiel.


 « Notre potentiel » pensa Adallia.


 Mais les Humains ont aussi leurs propres caractéristiques ! s’opposa-t-elle instinctivement. Ils sont passionnés, ils vivent avec leurs émotions et leurs sentiments. Nous perdrions notre essence...

 Cela n’a aucun rapport, fit soudain une voix résonnante derrière Adallia.


 La jeune femme se retourna et vit que Haydn les avaient rejoints. Elle ne l’avait pas entendu arriver, trop occupée à réfléchir à tout ce qu’elle venait d’apprendre.

 Cette fois, aucun sourire ne transparaissait sur le visage de l’Hybride. Il se tenait droit, l’air agacé. Pendant un instant, Adallia s’imagina encore une fois qu’il était venu lui régler son compte, car elle en savait désormais beaucoup trop. Mais l’Hybride ne bougeait absolument pas et restait derrière elle. La jeune femme réalisa que S-arn le fixait intensément, communiquant par télépathie avec le nouvel arrivant.

 Après quelques minutes, le corps de Haydn finit par se déraidir et celui-ci reprit à l’adresse de la jeune femme :


Humains, nous ne le sommes jamais assez et nous nous n’en finirons jamais de le devenir davantage. Cela ne sert à rien de passer notre temps à justifier notre existence telle qu’elle est. En réalité, c’est aux êtres cybernétiques qu’il appartient de tracer leur voie.


 Il semblait qu’en raison de leur artificialité, les Hybrides étaient beaucoup plus sensibles au concept de pluralité existentielle que n’importe quel autre type d’Humains. Et s’il y avait une chose qu’Adallia avait apprise à force d’étudier les machines, c’était que les êtres artificiels recherchaient plus naturellement leur légitimité par leur capacité à évoluer.

 Tout comme les Androïdes, les Hybrides avaient une tendance naturelle à rechercher et développer de nouvelles compétences. Le fait qu’ils avaient amené en ces lieux les terminaux génétiques qui avaient servi autrefois à les concevoir trahissait l’importance qu’ils accordaient au sens de l’évolution. Il était donc encore moins étonnant que les Hybrides fussent fascinés par le développement de la conscience cybernétique, et par le culte qui lui était associé. Ils avaient, eux aussi, toutes les raisons de se consacrer à la recherche de la « vie cybernétique ».


 Les machines connaissent également nos sentiments et nos émotions beaucoup plus que les Humains ne se l’imaginent, ajouta Haydn, voyant bien qu’Adallia était chamboulée.

 C’est vrai... avoua la jeune femme en pensant à BIDI-O.

 Le « vie cybernétique » est un potentiel de la conscience, mais la Confédération cherche à contenir cette évolution, quel qu’en soit le prix.


 L’image de Kendar Wo-Cysbi apparut dans l’esprit d’Adallia. La jeune femme était toujours partagée entre le fait qu’il l’avait trompé et ce qui pouvait lui arriver à cause d’elle.


 L’Androïde, l’antiquaire et moi n’y sommes pour rien ! dit-elle.

 Nous savons, prononça subitement S-arn.

 Alors qu’attendez-vous de nous ?


 À peine Adallia avait-elle finit sa phrase, qu’une détonation suivie d’une secousse fit trembler l’ensemble des lieux. Les câbles des terminaux génétiques de la salle s’agitèrent sous l’effet du choc, et Adallia faillit perdre l’équilibre.

 

 Ils sont là ! dit d’une voix inhabituellement alarmée Haydn.


 S-arn, d’un ton imperturbable, et qui n’avait presque pas bougé au moment du tremblement, répondit :


 Il faut commencer le transfert.


 Adallia était paralysée par la peur. Elle ne savait pas ce qui se passait et regarda à tour de rôle l’Assegaï et l’Hybride d’un air affolé. Haydn lui dit :


 Maintenant que le Gouvernement central se doute que la démultiplication de la conscience est possible, il va chercher à nous détruire.

 Que se passe-t-il ?

 Les Androïdes nous ont averti que des militaires et des mercenaires étaient en route.

 Vous voulez dire qu’ils sont en train de nous attaquer ?!

 Oui. Les choses se précipitent, nous devons partir.


 Adallia, confuse, avait encore un milliard de questions à poser, mais un groupe d’Hybrides fit irruption dans la pièce dans laquelle elle, Haydn et S-arn se trouvaient. Les individus étaient armés jusqu’aux dents, le mélange d’excitation et de peur qui se lisait sur leur visage témoignait de l’urgence de la situation.


 Chef ! s’écria l’un d’eux, le corps couvert de poussières. Ils ont forcé l’entrée et commencé à pénétrer dans la salle principale. Ils sont en train de plastiquer les baies vitrées pour s’introduire par les côtés. On ne pourra pas les retenir très longtemps !

 Il faut faire sortir le matériel en premier. Où en sommes-nous ? interrogea Haydn.

 Le matériel est prêt et les explosifs sont déjà placés.

 Parfait. Que chacun s’arme et leur résiste pour gagner du temps ! Formez des groupes et évacuez les uns après les autres. Quand ce sera fait, nous enclencherons les explosifs pour couvrir notre fuite et les empêcher de nous suivre.


 Adallia eut des sueurs froides. Elle, pauvre chercheuse en Histoire du monde cybernétique, se retrouvait soudainement plongée en plein scénario de guerre entre Hybrides et forces de sécurité de la Confédération.

 À les entendre, la jeune femme comprit que les Hybrides avaient anticipé de longue date l’éventualité d’une intervention extérieure. Toutefois, l’arrivée inopinée des belligérants les obligeait à accélérer leur manœuvre. Adallia était désormais certaine que les Hybrides n’avaient pas l’intention de prendre le contrôle du trafic d’antiquités à Scaracande comme l’avait affirmé Kendar Wo-Cysbi. Ils désiraient plutôt se défendre. « Ils savaient qu’ils seraient attaqués tôt ou tard » pensa-t-elle, « Mais alors, où veulent-ils aller ? ».


 Ils ont le choix, tout comme vous, fit une voix dans sa tête.


 Pendant que les Hybrides étaient occupés à régler entre eux certains détails de l’évacuation, S-arn s’était remis à fixer Adallia.


 Vous voulez que je vous aide à trouver la « vie cybernétique », n’est-ce pas ? fit  la jeune femme en se tournant vers l’Assegaï et sans prononcer un seul mot à voix haute

 C’est correct.


 Adallia ne savait plus vraiment quoi penser. Elle ne savait si les Hybrides étaient sous l’emprise de l’École des Théoriciens et si le Cyborg essayait de la manipuler à son tour. Peut-être leurs intentions étaient-elles honnêtes, mais elle avait déjà été trahie une fois et ne savait plus en qui avoir confiance.

 La jeune femme baissa la tête, complètement perdue. Tout cela la dépassait, elle avait envie de tout lâcher, de tout abandonner et de retourner paisiblement sur Ordensis. Pourtant, elle savait que cela ne pourrait plus être le cas après tout ce qu’elle avait vécu et appris. Quand elle releva la tête pour faire face à son dilemme, S-arn avait disparu. Il s’était volatilisé dans la pénombre. Adallia s’en approcha pour tenter de le retrouver et ne vit rien.


 Que choisissez-vous de faire ? demanda brusquement Haydn comme s’il avait également entendu la conversation.

 Je... euh...


 La jeune femme était incapable de prendre une décision. Balbutiante, elle finit par poser la question qui lui paraissait la plus naturelle au monde :


 Où sont mes amis ?


✽✽✽


 En parvenant à l’escalier qui remontait à l’étage supérieur, une odeur de fumée commença à se faire sentir. Adallia, le cœur serré, suivit les Hybrides à travers le corridor sombre qui menait à la salle principale du club. En se rapprochant de l’accès à la loge de sécurité, des bruits de voix et de tirs entremêlés se firent entendre. Les Hybrides pressèrent le pas pour passer la porte laissée ouverte et la jeune femme, poussée par la force des choses, les imita.

 Dans la loge, les gardes s’activaient dans tous les sens au milieu de caisses remplies d’appareils électroniques. Ils se lançaient des ordres les uns aux autres pour coordonner leurs actions face aux forces de la Confédération qui tentaient d’envahir leur quartier général. À l’extérieur de la loge, la fumée embaumait l’ensemble des lieux, et la plupart des Hybrides qui dansaient plus tôt dans la soirée étaient désormais occupés à monter des barricades en déplaçant le mobilier tout autour. Les pistes de danse étaient devenues un vrai champ de bataille où des armes et des munitions avaient été déposées à la hâte. Plus loin, dans d’autres parties de la salle, le son des échanges de tirs nourris témoignait de la violence des combats.

 Adallia avait terriblement peur et était incapable de savoir quoi faire. Au moment où elle perdait ses moyens face à la situation, une femme Hybride armée et le visage ensanglantée accourut vers eux.


 Haydn ! lança-t-elle d’une voix essoufflée. Les forces confédérales ont décrété l’état d’urgence à Scaracande. Elles ont bouclé le quartier et s’apprêtent à faire venir des renforts blindés. Si on reste ici, nous sommes perdus !

 Je sais, répondit le chef des Hybrides, le regard consumé par la haine de l’attaque surprise. Nous commençons le transfert dès à présent. Chacun sait ce qu’il a à faire.

 Oui, mais pourquoi sommes-nous attaqués maintenant ? Est-ce que cela à voir avec l’enquêteur que nous avons arrêté tout à l’heure ?

 C’est plus que probable. Où sont l’Androïde et l’antiquaire ?


 La femme adopta un regard fuyant.


 Il y a eu un problème...


 La peur d’Adallia redoubla, elle s’imagina le pire.

 Soudain, en une fraction de seconde, toute l’électricité du club tomba brutalement en panne. L’obscurité régnait, et un silence étrange s’imposa le temps d’un instant. On alluma alors un générateur de secours pour éclairer les environs.


 Qu’est-ce qui se passe ?! demanda l’Hybride à son chef.

 Les Cyborgs ont coupé l’électricité à Scaracande grâce à l’Anneau à cellules dynamiques qui gravite autour de Koutcha, expliqua Haydn. Le Théo-logicien m’avait prévenu qu’ils allaient faire cela pour ralentir les forces confédérales. et nous aider à évacuer

 Est-ce que les Cyborgs peuvent faire autre chose pour nous aider ?

 Non, ils ne peuvent pas intervenir davantage sans risquer un conflit ouvert avec la Confédération. C’est pour cela qu’il ne faut pas perdre de temps.


 L’Hybride comprit le message et fit signe à ses congénères de la suivre.

 Adallia marcha derrière eux comme un zombi, sonnée par tout ce qui était en train de se passer. En présence de Haydn, personne ne faisait vraiment attention à la jeune femme. De toute façon, pour elle, à part savoir comment allaient BIDI-O et Kumara Jiva, plus rien n’avait vraiment d’importance.

 L’Hybride les conduisit non loin, près d’un espace où l’on avait réuni les blessés. Du sang recouvrait un peu partout le sol, les tables et les sofas sur lesquels on tentait de soigner ceux qui pouvaient encore l’être. Certains étaient évanouis, mais continuaient de respirer, d’autres attendaient sans broncher de se faire opérer à la va-vite. Adallia fut étonnée face au carnage de voir les Hybrides demeuraient aussi stoïques et organisés. Ces derniers avaient l’habitude d’endurer la souffrance. La jeune femme préféra baisser les yeux pour ne pas avoir à se confronter à leurs blessures et au fait qu’elle n’était pas comme eux.

 Une voix familière s’écria brusquement :


 Adallia !


 BIDO-O déboula à toute allure entre les tables et se jeta aux pieds de la jeune femme. À la vue de l’Androïde en parfait état, Adallia sentit son cœur bondir de joie.


 Adallia ! Je suis tellement content que tu ailles bien ! Je m’inquiétais pour toi... Je ne savais pas où les Hybrides t’avaient emmenée. Je n’arrêtais pas de leur demander,   mais ils refusaient de me le dire, déblatéra à toute vitesse le petit robot.

 Oh BIDI-O ! fit Adallia qui ne put s’empêcher de verser des larmes. C’est moi qui suis contente, tu ne peux pas savoir à quel point !


 La jeune femme s’accroupit au niveau de l’Androïde et tous deux s’enlacèrent pour se réconforter, sous les yeux interloqués de Haydn et des autres Hybrides.


 Où étais-tu partie ? finit par demander BIDI-O.

 Ce serait trop long à t’expliquer, répondit Adallia. Dis-moi plutôt ce qui vous est arrivé. Où est l’antiquaire ?


 L’Androïde inclina d’abord la tête, puis la releva d’un air triste et désigna une table qui avait été débarrassée de tout ce qui n’était pas utile pour déposer le corps de l’antiquaire.


 Est-ce... est-ce qu’il est mort ? demanda Adallia avec effroi.

 Non, répondit BIDI-O. Il est dans le coma, j’ai arrêté l’hémorragie. Mais je ne sais pas combien de temps, il va tenir...


 L’Hybride qui avait conduit ses comparses et Adallia jusqu’ici prit la parole.


 C’est ce que je voulais vous dire, dit-elle. L’antiquaire a été touché par balle.

 Comment a-t-il pu se prendre une balle perdue ?! s’indigna Haydn. Je vous avais dit de les mettre en sécurité, c’étaient les ordres du Théo-logicien !

 C’est ce que nous avons fait, Haydn. Malgré cela, pendant que les soldats de la Confédération attaquaient à l’entrée, des agents s’étaient infiltrés dans les conduits d’aération. Ils sont sortis avec des fumigènes et nous ont arrosé. Nous avons finalement réussi à les repousser. Il ne s’agit pas d’une balle perdue, ils visaient l’antiquaire !


 BIDI-O confirma de la tête le discours de l’Hybride et déclara :


 Ils m’ont visé aussi, mais le tir a été dévié par une secousse.

 Vous êtes en train de dire qu’ils cherchaient délibérément à vous éliminer ? chercha à comprendre Adallia.

 Oui, et j’ai reconnu Tyrandre parmi eux, expliqua BIDI-O.

 Non... Ce n’est pas possible...


 Adallia était trop choquée pour y croire.


 Qui est ce Tyrandre ? interrogea d’un ton pressant Haydn.

 C’est l’assistant de l’enquêteur, répondit l’Androïde. Peu avant que nous nous rendions ici, il nous avait contacté pour dire qu’Adallia avait disparu. Nous ne savions pas où elle était, mais nous nous sommes doutés qu’il se passait quelque chose quand vous et les autres Hybrides nous avez convoqués dans votre club en pleine nuit. L’enquêteur a alors demandé à Tyrandre d’intervenir si nous ne donnions pas rapidement des nouvelles.

 Au moins,  c’est clair maintenant...fit le Hybride d’un air fataliste. Vous aussi, ils veulent vous faire disparaître !


 Adallia était sur le point de faire un malaise. Elle n’avait de force ni dans les jambes ni dans la tête. Trop bouleversée parce qu’elle venait d’entendre, elle s’approcha du corps de Kumara Jiva gisant sur la table et s’effondra en pleurs.

 Elle fut rejointe par BIDI-O qui posa sa main sur son épaule.


 Je suis tellement désolée ! dit-elle en sanglots. C’est moi qui ai drogué Tyrandre avec des somnifères et qui me suis enfuie de la zone centrale de Scaracande pour retrouver l’antiquaire. Je voulais qu’il m’aide à te retrouver...

 Je sais, Adallia. Kumara Jiva m’a tout raconté après que tu sois partie avec les Hybrides. Ce n’est pas de ta faute, tu ne pouvais pas savoir ce qui allait arriver.

 Je pensais que Tyrandre n’aurait pas le temps de réaliser ce qu’il s’était passé avant que je sois rentrée... ajouta la jeune femme avec honte.

 Adallia ! dit le petit robot en l’obligeant à relever la tête et à le regarder dans les yeux. Il faut que tu comprennes : je crois que ce qui se passe ce soir serait arrivé à un moment ou un autre, qu’on le veuille ou pas.


 Adallia observa son ami robotique dans le bleu des yeux. Avec les machines, il n’y avait pas de faux-semblants. Et à travers BIDI-O et ses paroles, la jeune femme retrouvait l’espoir et l’énergie dont elle avait besoin.


 Il est vraiment perspicace cet Androïde, intervint Haydn qui avait écouté toute la scène entre les deux protagonistes. Il a raison ; si vous voulez sauver votre ami, il faut agir rapidement.


 Adallia se releva péniblement et sécha ses larmes. Plus loin, elle vit les Hybrides amener d’autres caisses de matériels vers la loge de sécurité. Ces derniers avaient l’intention d’évacuer par le passage qui l’avait mené plus tôt jusqu’à S-arn. La jeune femme, le visage résolu, se tourna vers le chef des Hybrides.


 Jusqu’où mène ce passage ? demanda-t-elle.


 Haydn sourit et répondit :


 Vers la cité cybernétique de Koutcha, vers Xi-ning...


FIN

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