Chapitre 139 : mercredi 7 décembre 2005

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Comme convenu entre elles, Jenn se présenta ce soir-là chez Mickaël. Maureen l'attendait et elle avait déjà préparé de quoi passer un bon début de soirée. Mickaël rapportait peu de restes du restaurant en ce moment, mais il leur avait acheté des coquillages le matin-même qu'il avait préparés et que Maureen mettrait au four quand son amie arriverait. Elle était en train de disposer une petite salade de crudités dans les assiettes pour accompagner le tout et nota que Mickaël avait mis une bouteille de vin blanc au frais. Elle-même boirait très peu et uniquement pour accompagner Jenn. Si celle-ci préférait du thé ou de l'eau, elle n'ouvrirait pas la bouteille.

Quand elle était entrée dans l'appartement, Maureen avait tout de suite deviné qu'outre les coquillages, Mickaël leur avait préparé une tarte aux pommes. Elle trônait sur le plan de travail. Très certainement que Sam et lui-même en mangeraient un morceau quand ils rentreraient tout à l'heure, après le service.

Elle abandonna ses préparatifs quand Jenn sonna, pour lui ouvrir la porte.

- Bonsoir, Jenn. Entre vite, il fait froid...

- Oui, merci, Maureen. Bonsoir, ça va ?

- Oui, bien. Et toi ? dit-elle en lui faisant la bise.

- Ca va... Oh, ça sent bon ! Micky a cuisiné ?

- Oui, sourit Maureen. Je ne pensais pas qu'il aurait préparé tout cela. Nous avons un plat de coquillages qui nous attend et une tarte aux pommes.

- Ca, c'est pour inciter Sam à venir me chercher tout à l'heure, dit Jenn avec un petit sourire.

- C'est bien possible, sourit Maureen en retour, heureuse de la voir plus joviale que le vendredi précédent et même que le lundi après-midi, quand ils avaient fait une petite sortie au parc de Kelvingrove tous les quatre.

Elle reprit :

- Tiens, accroche ton manteau dans l'entrée et viens dans la cuisine. Je vais mettre le four en route, ça va te réchauffer. Veux-tu boire quelque chose ?

- Est-ce que Micky a prévu du vin ? demanda Jenn en ôtant son bonnet et son écharpe.

- Oui. Une bouteille de blanc. Du Bourgogne, précisa Maureen.

- Micky a la meilleure cave d'Ecosse, soupira Jenn. Avec Henry...

Maureen sourit. Jenn poursuivit :

- Tu m'accompagnes ?

- Oui, juste un tout petit verre, mais si tu veux, il n'y a pas de soucis, on peut l'ouvrir. Mickaël trouvera bien à la finir...

- Alors, va pour un verre de vin pour commencer. Puis-je t'aider à préparer quelque chose ? demanda la jeune femme blonde en entrant dans la cuisine.

- Non, je terminais cette petite salade, tu vois. On va mettre la table, c'est tout ce qu'il reste à faire.

En quelques minutes, tout fut prêt et en attendant que les coquillages cuisent, elles commencèrent à discuter.

- Ta journée n'a pas été trop chargée, Maureen ? demanda Jenn.

- Non, en ce moment, c'est encore calme. Mais je reçois des commandes pour les fêtes et je dois bien anticiper.

- Comment fais-tu ?

- Et bien, chaque soir, je pointe les commandes, je calcule le nombre de fleurs qu'il me faudra. Et j'ajoute cela au total précédent. Ainsi, j'ai déjà une bonne vision de ce dont je vais avoir besoin pour les fêtes. Bien entendu, j'ai prévu à côté une commande plus "classique" pour proposer des bouquets composés ou des bouquets ronds. Car je sais qu'il y aura toujours des clients qui n'auront pas prévu... ou qui auront besoin d'un bouquet en plus.

- Ca va être une grosse période pour toi..., fit remarquer Jenn.

- Je le pense, oui, dit Maureen. Plus importante encore que pour le printemps. Là, je n'avais que trois ou quatre commandes à préparer pour le week-end, parfois un ou deux bouquets de réservés en cours de semaine.

- C'est plus que l'an passé ?

- Oui, vraiment plus. J'espère que j'arriverai à tout faire... C'est toujours très délicat de refuser.

- Si je suis à Glasgow à ce moment-là, je viendrai t'aider, proposa Jenn.

- Merci, c'est très gentil.

- Je serais incapable de faire un bouquet, mais je peux t'aider à la manutention, à faire des paquets, ou à tenir la caisse. J'ai travaillé dans une épicerie en job d'été pendant plusieurs années, à Fort William, précisa-t-elle. Je sais ce que c'est.

- J'apprécierai beaucoup ton aide, Jenn, dit Maureen. Ingrid m'aidera aussi... Mais elle aura aussi à préparer le réveillon de Noël...

- Vous fêtez Noël chez eux, m'a dit Sam ?

- Oui... Enfin, Mickaël nous rejoindra après le service, mais il m'a déjà dit qu'il ne finirait pas trop tard, contrairement au soir du Nouvel An. Pour Noël, ce sont des repas de famille, il n'y a qu'un seul service et un seul menu, enfin, avec le choix entre viande et poisson.

- Oui, Sam me l'a précisé aussi... Moi... je serai à Fort William, enfin, normalement... J'espère...

Jenn se tut, Maureen respecta son silence, puis la jeune femme reprit :

- J'espère que maman sera encore avec nous...

- Oui, bien sûr, dit Maureen. Tu es très soucieuse, n'est-ce pas ?

- Oui, forcément. Elle est vraiment très fatiguée. Enfin, non, je devrais plutôt dire qu'elle est épuisée...

- Elle souffre ?

- Pas tant que cela, du moins, de ce que nous pouvons estimer, papa et moi. Elle est tellement shootée par les médicaments... Mais les médecins nous ont prévenus qu'il y aurait un moment où ce qu'elle prend ne suffira plus et là... Il faudra passer à des molécules beaucoup plus fortes, comme la morphine. Cela la soulagera, mais cela signifiera aussi que c'est la fin...

- Je comprends, dit Maureen avec empathie. Je... Je n'ai jamais connu cela, je veux dire, j'ai perdu mes grands-parents, quand j'étais petite, mais je n'ai pas souvenir d'une telle épreuve. C'est beau d'être aux côtés de ta maman, tu sais.

- Oui, mais c'est éprouvant aussi. Enfin, papa a bien compris que j'avais besoin de changer d'air de temps en temps et il m'encourage même à venir à Glasgow. Heureusement que Sam est là...

Les coquillages étaient prêts, Maureen coupa le four en songeant qu'elle remettrait un peu la tarte au chaud tout à l'heure, puis fit le service. Elle se versa un demi-verre de vin blanc, resservit Jenn. Puis elle reprit la conversation :

- Ca va avec Sam, Jenn ? Je veux dire... Si je suis indiscrète, dis-le moi, je ne m'en offusquerai pas.

- Non, pas de soucis... Ca fait du bien de parler un peu aussi, dit Jenn. Je crois que tu sais bien ce que c'est, n'est-ce pas ?

- Oui, tout à fait. Je veux dire aussi... cela ne me pose pas de soucis si tu as besoin de parler et de te confier.

- Je sais et cela me touche beaucoup. Comme je sais que Mickaël soutient Sam aussi, car pour lui, ce n'est pas facile. Il ne me l'a pas dit, mais je sais qu'il pense beaucoup à sa mère en ce moment. Tu sais ce qui est survenu pour sa mère ? ajouta Jenn.

- Oui... Mickaël m'a raconté. C'est très triste la façon dont cela s'est passé...

- Oui, et je sais qu'il angoisse que je ne sois pas là-bas si maman...

Maureen hocha la tête. Même si c'était toute une épreuve à vivre, elle se dit que ce serait mieux effectivement que Jenn se trouve à Fort William quand cela arriverait. Pour elle et son père, mais aussi indirectement pour Sam.

- Enfin, pour répondre à ta question concernant Sam, oui, ça va pour nous deux. Je dois dire qu'il a mûri aussi, au cours des mois passés, il m'apparaît beaucoup plus... Ha, solide n'est pas vraiment le bon mot, mais plus posé. Mieux capable d'envisager les choses pour nous deux. C'est un réconfort important. Et puis, il a beau se dire qu'il ne sait pas s'il sera à la hauteur avec moi, je peux te dire que, pour le moment, c'est vraiment le cas. Il m'aide à penser à l'avenir aussi. C'est important...

Jenn but une gorgée, puis continua :

- Oui, c'est important, car, tu vois, jusqu'à ce qu'il revienne l'été dernier, mon horizon était comme bouché. Je n'arrivais pas à me projeter au-delà de maman, de ce que vivait maman. J'étais incapable de faire des projets, d'envisager de trouver du travail. Je ne pensais qu'à rester auprès d'elle et de papa, à assurer le relais... Ma sœur vit les choses différemment, elle a peut-être raison... Elle travaille et vit loin aussi, ça donne une autre perception. Mais voilà, au quotidien, je n'arrivais pas à voir plus loin que le lendemain.

- Et Sam t'aide donc à voir plus loin ? demanda Maureen.

- Oui. Bien entendu, on ne fait pas de grands projets, mais, tu vois, rien que de me dire "dans trois jours, il revient et on repart à Glasgow", ça n'a l'air de rien, mais c'est déjà une ouverture, une échappée pour moi.

- Je pense que ce n'est pas négligeable, dit Maureen sérieusement. C'est important d'avoir des projets, même petits, même... que tu peux modifier si nécessaire. Dans des moments comme ceux que tu traverses. Et ton papa ?

- C'est différent pour papa. Lui, il est vraiment tourné vers maman. Comme tous les couples, mes parents ont connu des hauts et des bas, mais plus de hauts que de bas, heureusement. Il veille vraiment sur elle... Il n'imagine pas être ailleurs. Demain, pour lui, n'est tout simplement pas envisageable, alors que moi, tout doucement, j'arrive à me projeter un peu.

Elles mangèrent quelques bouchées avant de reprendre :

- Hum, c'est vraiment délicieux. Micky n'a pas son pareil pour cuisiner le poisson et les fruits de mer. Je n'en ai jamais mangé d'aussi bons que lorsque c'est lui qui les prépare.

- Sam serait jaloux de ta remarque, dit Maureen en souriant.

- C'est vrai ! rit Jenn. Et il faudrait que j'ajoute que c'est lui qui réussit le mieux les plats de viande.

- Je le confirme, dit Maureen. Parfois, Mickaël ramène de la viande et il me précise toujours quand c'est une préparation de Sam. Il m'a dit aussi qu'il était vraiment très bon pour le coup d'œil, la précision dans la cuisson. Et qu'il adore tout simplement "travailler" la viande.

- Je ne suis pas étonnée pour le coup d'œil... Quand on voit comment il joue au billard... T'a-t-il dit qu'il aurait pu devenir joueur professionnel ?

- Oui... Mais que c'était vraiment une vie difficile. Et qu'il se savait déjà un peu "border line", que ce n'était pas la peine d'en rajouter...

- Ils font une bonne paire, Mickaël et lui, dit Jenn. On les sent vraiment passionnés par leur métier.

- Oui, je le confirme. Et pas que pour Mickaël. Sam aussi aime beaucoup ce qu'il fait et il m'avait dit une fois qu'il était vraiment content de travailler avec Mickaël, que c'était une très belle opportunité pour lui d'être chez Harris.

- Ca..., soupira Jenn, j'en sais quelque chose... A un moment, il n'avait que ce nom à la bouche. J'entendais parler de Harris et de Micky à tout bout de champ. A croire qu'il n'y avait rien d'autre à compter pour lui...

- Cela avait participé à ta décision ?

- A notre décision, oui, dit Jenn. De tout arrêter. Ca a été dur, ce jour-là, mais, avec le petit recul que je commence à avoir, je me dis que c'était nécessaire. On se serait perdu. Là, on se retrouve. Je ne sais pas si ça va durer, mais...

- Tu en profites, termina Maureen.

- Oui, et ça fait du bien.

Elles terminèrent leur assiette, Jenn refusa un autre verre de vin, et Maureen prépara alors un thé pour accompagner la tarte. Intuitivement, elle proposa Zen à Jenn.

- Dis-moi, Micky a sacrément augmenté sa collection de thés ! Il faut dire que la dernière fois que j'étais venue, ça commence à dater... Combien en a-t-il maintenant ?

- Plus d'une trentaine, répondit Maureen. Mais là, je vais te faire goûter une de ses dernières créations, si cela te tente.

- Volontiers. Il n'est pas trop fort pour le soir ?

- Non, au contraire. Il est à base de thé rouge, donc aucun souci pour dormir, répondit Maureen.

- Il a un très beau nom...

- Il l'a créé pour Mummy, expliqua Maureen.

- Il a mis de la pomme dedans ?

- Oui, rit Maureen. Tu as bien deviné...

- Ce n'est pas très difficile... Quand on pense à Mummy, on pense forcément à sa tarte aux pommes. L'une ne va pas sans l'autre ! Elle est réputée au-delà de Fort William. Tu en goûtes une part et après, tu ne peux plus en manger aucune... Toutes les autres te paraissent fades !

- Crois-tu qu'elle le sait ?

- Je le pense... Mais elle n'en dira rien. Mummy fait sa modeste, mais elle apprécie les compliments. C'est sa petite fierté.

Maureen sourit, surveillant l'infusion.

- Donc, Zen, dit Jenn en respirant les volutes qui montaient de sa tasse, une fois que Maureen l'eût servie.

- Oui. Thé rouge et pommes, amandes et noisettes, précisa Maureen.

- Hum, ça va bien aller avec la tarte ! Excellent choix ! Mais cela ne m'étonne pas de Micky...

Elles dégustèrent alors leur dessert, puis s'installèrent au salon. Maureen refit un thé, toujours Zen. Ce fut ainsi que Sam et Mickaël les trouvèrent, en train de discuter, quand ils rentrèrent du restaurant. Sam accepta volontiers une part de tarte, mais lui et Jenn ne s'attardèrent pas : ils savaient que Maureen travaillait le lendemain.

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— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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