Chapitre 97 : jeudi 11 août 2005

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Ils quittèrent tôt leurs hôtes pour s'engager vraiment à faire le tour du nord de l'île. Skye était très découpée, possédait plusieurs pointes. Ils firent un premier arrêt près d'un petit loch, dominé par un des endroits remarquables de l'île, Old Man of Storr. Puis ils prirent la route côtière qui faisait le tour de la pointe la plus au nord de l'île, et s'arrêtèrent près de hautes falaises, celles de Kilt Rock.

- Ca ne rivalise pas avec les falaises de Moher, dit John, qui tenait quand même à montrer un peu de patriotisme.

- Ca vaut le Cap Fréhel, dit Mickaël.

- C'est où, ça ?

- Sur la Manche, en Bretagne. C'est haut et sauvage aussi. Mais ici, il y a une cascade, et puis des orgues basaltiques.

- Moi, je trouve cela tout simplement beau, dit Maureen. Comme à Moher. Enfin, d'après les photos que vous en aviez ramenées, ajouta-t-elle. Je n'y suis jamais allée.

Ils poursuivirent le tour de la pointe, puis abordèrent la suivante. Comme il était déjà tard, ils firent route directe vers Dunvegan. Avant d'aller dîner, Sam insista pour aller voir le château.

- Pourquoi tenais-tu tant à venir jusqu'au château ? demanda Lawra qui ne lui trouvait rien d'extraordinaire, du moins, ils avaient eu l'occasion d'en voir de plus beaux.

- Je voulais montrer sa future résidence secondaire à Maureen. Qu'elle imagine un peu ce que ce sera de faire le ménage dans toutes ces pièces..., expliqua Sam.

- Pourquoi en ferais-je ma résidence secondaire ? demanda la jeune femme, intriguée.

- Parce que ce château appartient aux MacLeod ! C'est de la famille de Mickaël !

- N'importe quoi... C'est pas la même branche..., dit celui-ci.

- Bah, si on remonte un peu l'arbre généalogique... Tu as sûrement un ancêtre commun avec le châtelain et autant de droits que lui à revendiquer au moins une petite chambre. Avec salle de bain et vue sur la baie.

- Bon, et si on allait manger ? conclut John, pour revenir à des choses bassement matérielles.

Puis, après le repas pris dans un pub, Mickaël entraîna Maureen jusqu'à la pointe d'Ardmore.

Lawra et John avaient décliné l'invitation de les accompagner, Sam également. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de déclarer, une fois qu'ils furent partis, qu'il fallait laisser les amoureux tranquilles.

Mickaël voulait pousser en direction de la pointe de Waternish par une route minuscule qui longeait la mer. Maureen se dit une fois de plus qu'il avait eu raison d'insister.

- Je n'arrive pas à savoir ce que je trouve le plus beau..., lui dit-elle alors qu'ils étaient descendus de voiture et admiraient la vue car un magnifique coucher de soleil les attendait.

Elle poursuivit :

- Tout est beau, tout est grandiose... Je me sens si heureuse de pouvoir découvrir tous ces endroits !

- Et moi, je suis très heureux de pouvoir te les faire découvrir, de pouvoir t'emmener là, enfin. J'en rêvais..., dit Mickaël.

- Vraiment ? sourit-elle.

- Oui, vraiment.

Ils s'étaient assis face au couchant, elle, blottie contre lui, entre ses jambes. L'air devenait plus frais au fur et à mesure que le soir s'avançait, mais le spectacle somptueux les retenait. Mickaël déposait de temps en temps de légers baisers dans le cou ou sur la tempe de Maureen. Puis il se fit progressivement plus insistant, mais ce fut seulement quand il glissa lentement sa main sous son pull, pour effleurer son sein, qu'elle réagit, comme se réveillant d'un rêve où la nature l'avait entraînée.

Elle tourna son visage vers celui du jeune homme, ses yeux avaient ce vert brillant et profond qu'elle aimait tant. Elle posa sa main sur sa joue et l'embrassa longuement. La main de Mickaël avait trouvé sa peau et elle frémit. Elle avait envie de lui, lui d'elle.

Un chaud murmure contre son oreille et elle voulut oublier qu'ils étaient en pleine nature, qu'il faisait frais.

- J'ai envie de toi..., souffla-t-il tendrement.

- Ici ? fit-elle.

- Pourquoi non ?

Elle sourit doucement, alors qu'il ôtait sa veste, l'étendait au sol, puis l'allongeait dessus, reprenant aussitôt ses caresses. "Avec lui, tu apprends à dire oui… Souviens-t'en !"

- On va avoir froid...

- Mais non, je vais te réchauffer…, sourit-il.

**

Elle laissait glisser ses doigts entre les cheveux de Mickaël, puis dans son cou, sur ses épaules. Elle le sentit frissonner. Elle, elle ne ressentait pas encore le froid du soir tombant, car il la recouvrait de son corps.

- Si on rentrait... Il y a une jolie chambre qui nous attend à Dunvegan, suggéra-t-elle.

- Une chambre en pleine nature, c'est pas mal non plus..., dit-il en laissant toujours courir ses lèvres sur la peau fine de son cou.

- On va finir avec un rhume... Sam aura encore matière à se moquer de nous !

- Il a une imagination débordante... Même sans rhume, il trouvera toujours ! Dommage... J'étais bien, là, moi, au creux de toi.

- Tu pourras l'être encore mieux, au chaud, dans un lit..., dit-elle un peu mutine.

- Ok, on rentre...

Les ombres du soir s'allongeaient le long de la route. La mer était très calme, les falaises, les îlots se détachaient encore dans la lumière vespérale. Même si le soleil avait disparu à l'horizon, le ciel restait encore clair à l'ouest. Ils regagnèrent tranquillement le B&B, Maureen profita du trajet pour parler de Sam et Jenn avec Mickaël, mais elle en fut pour ses frais :

- Sam ne m'a rien dit, lui confia-t-il.

- Tu lui as demandé ?

- Non. J'attends qu'il m'en parle de lui-même. Ca sert à rien de le bousculer, du moins en ce moment. Ce serait même contre-productif.

- Explique-moi ? fit Maureen un peu intriguée.

- Tu commences à connaître l'oiseau, ma douce. Tu sais bien que pour le faire parler, il faut des circonstances un peu particulières...

- Tu veux dire qu'il te manquait une bonne bouteille de whisky ?

Mickaël éclata de rire :

- Ca aurait pu m'aider, mais ce n'était pas le plus important. Non, tout ce que je sais, c'est que Sam n'est pas encore prêt à se confier par rapport à Jenn. Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. Je ne sais pas s'il va la revoir. Tout ce que je sais... c'est qu'elle avait accepté qu'il lui rende visite. Mais ce qu'il en est ressorti... pour l'heure, c'est le grand mystère.

Maureen resta songeuse.

- Ne sois pas attristée, ma douce. Ils ont leur caractère, tous les deux. Faut de la constance avec eux, sinon, on n'y arrive pas. Mais Sam tient à Jenn, cela, j'en suis sûr.

- Est-ce que lui-même en est conscient ? demanda-t-elle.

- Je ne veux pas nous donner de faux espoirs, mais... Je crois qu'il en prend conscience, ajouta-t-il en lui jetant un coup d'œil.

Elle hocha simplement la tête. Il tendit la main vers elle, la posa en un geste réconfortant sur sa cuisse.

- Tu crois qu'on pourra aller voir Jenn, nous ? Lui rendre une petite visite de courtoisie, en quelque sorte ?

- Je ne suis pas certain que ce serait une bonne idée. Pour le moment, précisa-t-il. On verra au retour des Hébrides, mais... Sincèrement, pour l'heure, je préfère laisser les choses se faire plutôt qu'intervenir.

- Je pense souvent à elle, tu sais, dit Maureen en glissant sa main sur celle de Mickaël pour nouer ses doigts aux siens.

- Je sais.

- Et j'imagine sa solitude... Du moins, une certaine forme de solitude.

Ils étaient arrivés et Mickaël ne répondit pas, le temps de faire la manœuvre pour se garer. Puis il sortit de la voiture, Maureen fit de même. Il la prit dans ses bras et dit :

- Je le mesure et je pense que cela fait écho en toi, aux moments de solitude que tu as pu affronter, traverser. Je peux te promettre qu'on ne la laissera pas seule, quoi qu'il arrive. Et pour Sam, de même.

Elle leva son visage vers lui. Il avait le regard grave, mais confiant. Il l'entoura un peu plus étroitement de ses bras, puis ajouta :

- Rentrons, on va avoir une bonne journée demain et on a beaucoup de chance, car il est annoncé un temps correct. Sur Skye, c'est pas gagné, même en cette saison. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "L'île mystérieuse" ou "Skye, la brumeuse"...

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