Chapitre 88 : mercredi 3 août 2005 (1ère partie)

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Après son lever et s'être occupée de son fils, Lawra rejoignit Maureen dans sa boutique. C'était très calme, la jeune femme était en train de réaliser quelques bouquets ronds : c'était sans doute ce qu'elle vendrait le plus aisément cette semaine.

- Bien dormi, Lawra ? demanda Maureen.

- Oui, très bien. Et Kevin aussi. Hier soir, quand on est rentré, il a eu un petit chagrin car il demandait à voir son père. J'ai appelé John, il lui a parlé et ça a été. A cet âge, il ne mesure pas encore le temps qui passe. Je lui ai dit que son papa sera bientôt avec nous.

Maureen sourit. Elle aussi avait hâte de revoir le grand et solide mari de Lawra. Une "force tranquille", comme disait souvent son amie en parlant de lui.

- Tu veux aller te promener un peu avec lui ce matin ? suggéra-t-elle.

- Oui, je visiterais bien le quartier ! Voir un peu plus en détails où vous vivez...

- Tu peux descendre jusqu'aux quais de la Clyde et la longer. Ils sont aménagés pour les piétons sur une bonne partie. Et puis, tu remontes ensuite, expliqua Maureen.

- Ok, je vais faire cela. La maman de Mickaël vient vers quelle heure ?

- Pour 12H30. Mickaël déposera le repas avant de rejoindre les garçons chez Sam. On mangera ici, d'accord ?

- Aucun souci ! fit Lawra.

Peu après, en effet, Mickaël arriva, mais il ne s'attarda pas. Et, de son côté, Lawra emmena Kevin pour une longue promenade.

**

- Putain, Sam, elle pèse un cheval mort, ta machine..., souffla William en se passant le poignet sur le front. Heureusement qu'on est trois !

- Ce sont les pièces de rechange. La récup', ça ajoute toujours du poids..., répliqua Sam.

- J'espère au moins que tu as des bières au frais ! On s'en prend une, une fois qu'elle sera chargée dans la camionnette !

- Tu me prends pour qui ? fit le grand jeune homme maigre en haussant les épaules.

Mickaël sourit. Ils venaient de descendre l'antique machine à laver de Sam sur le trottoir et faisaient une courte pause avant de la monter dans la camionnette. Il y aurait encore de la place, largement, pour ajouter son lit, matelas et sommier.

- Allez, les gars, fit-il. Un dernier effort et on se prend cette fichue bière. Chez moi, ce sera plus facile. Déjà, y'a nettement moins d'escaliers à descendre, et puis, c'est peut-être plus encombrant, mais moins lourd...

- Surtout vu comment tu l'as défoncé ! lança Sam. Je suis sûr que le sommier ne tient plus en une seule pièce que par miracle ! Un dernier coup dedans, et on pourra le descendre en plusieurs morceaux, ce sera plus léger !

William grimpa d'un bond souple à l'arrière de la camionnette, Sam le rejoignit. Ils avaient passé des sangles sous la machine et commencèrent à tirer dessus pour la faire monter. Mickaël les guidait et les aidait en la soulevant.

- Ouf ! Ca y'est... Elle est à bord..., dit Mickaël.

- Maintenant, faut la pousser dans le fond... et la caler, dit William. Il ne manquerait plus qu'elle tombe et défonce le plancher... Je vous dis pas l'engueulade par le paternel si on lui abîme sa caisse... J'ai pas de quoi lui en payer une neuve !

- Bah, on lui offrira une bouteille de whisky, ça compensera..., dit Sam.

- De toute façon, il attend une bouteille de whisky pour nous l'avoir prêtée...

Un peu tassés, tous les trois à l'avant, William au volant, ils prirent ensuite la direction de chez Mickaël.

- Vous êtes sûrs qu'on les emmène à la déchetterie ? Vous vouliez pas les vendre ? fit Willy.

- Ca va pas la tête ? dit Sam. Vendre un lit où Micky a dormi avec la moitié des filles de Glasgow... et avec une Irlandaise en prime ? Personne n'en voudrait... même pour une collection...

- Sauf peut-être..., commença Mickaël.

- Sauf peut-être qui ? demanda William.

- ... les petites étudiantes de l'école hôtelière, termina son ami. Paraît qu'elles fantasment sur moi d'après Sam !

- Vous voulez que je vous dise ? continua ce dernier.

- Même si on veut pas, tu vas nous dire quand même..., sourit William.

- Vaut mieux que ta Princesse, Micky, elle nous entende pas !

- Oui, vaut mieux..., sourit-il. Et Lawra non plus. Car elles deux, elles seraient capables d'imaginer pire que ce que tu as vraiment fait avec ta machine à laver...

- J'ai pas dormi avec la moitié des filles de Glasgow dessus, moi..., fit Sam en levant les yeux au plafond.

- Non, avec les deux tiers ! répliqua Mickaël.

- Oh, les gars ! Calmez-vous sinon, va falloir que je m'arrête ! Je peux pas continuer à conduire en rigolant comme ça !, conclut William.

Le midi

Ingrid arriva peu avant la fermeture du magasin. Elle y trouva Maureen en compagnie de son amie qui était rentrée de sa promenade depuis peu. Tout de suite, Lawra lui fut sympathique et elles firent connaissance avec plaisir. Lawra aida Maureen à rentrer les potées de fleurs, pendant qu'Ingrid jouait un peu avec Kevin dans la petite cour. Puis tous les quatre remontèrent à l'appartement pour déjeuner. Lawra mit la table et Maureen sortit la salade de poisson froid préparée par Mickaël.

Les trois femmes discutèrent avec animation, Ingrid interrogea peu Lawra sur l'Irlande et sur Dublin ; devant Maureen, elle évitait encore de parler de leur pays d'origine. Elle préférait que les confidences viennent de la jeune femme elle-même. Ingrid était quelque peu inquiète ces derniers temps pour Maureen et Mickaël, car elle avait senti qu'il se passait quelque chose et que Mickaël accumulait plus de fatigue que prévu au travail. Elle ne connaissait pas les raisons qui leur avaient fait passer quelques journées difficiles et elle était contente de revoir Maureen avec le sourire, détendue. Elle était heureuse aussi de la présence de son amie.

"Lawra est une jeune femme très agréable, dynamique", songea-t-elle un moment. "Elle aussi va plaire à Mummy... Et son petit garçon, il est vraiment mignon ! Ma mère va être folle de joie de voir un petit enfant..."

Comme elles avaient fait durer le repas un peu plus longtemps que prévu, et qu'il était l'heure de coucher Kevin pour sa sieste, Maureen proposa de laisser la petite fenêtre du couloir et la porte de la chambre ouverte, et de prendre le thé et le dessert dehors. Maureen dégagea une table de l'arrière-boutique et elles descendirent des chaises pour s'installer dans la cour. C'était à l'ombre, mais il faisait bon.

- C'est Mickaël qui a fait le dessert, je suppose ? demanda Lawra.

- Oui, répondit Maureen. Mais il m'a dit que c'était compliqué pour lui, ce midi...

- Pourquoi ?

- Et bien, je lui avais dit que tu aimais beaucoup le chocolat, or Ingrid a un faible pour les fruits exotiques, et moi... Moi, je suis toujours prête à essayer des nouveautés ! Alors, il ne savait plus quoi faire pour nous faire plaisir !

Ingrid sourit.

- Et finalement ? demanda Lawra.

- Et bien..., répondit Maureen. Nous avons droit à une tarte aux fruits d'été avec des morceaux de chocolat pour décorer. Et comme thé, est-ce que Subtil vous ira ?

- Parfait pour moi, dit Ingrid.

- Maureen, il va falloir que tu m'expliques un peu plus en détails cette histoire de thés..., fit Lawra. Tu aurais vu ma tête en ouvrant ton placard lundi matin... J'ai trouvé à mon goût, mais j'ai été bien surprise !

Maureen et Ingrid échangèrent un regard entendu. Ce fut cette dernière qui expliqua :

- Mon fils a toujours eu beaucoup d'idées en ce qui concerne la nourriture, cela ne t'étonne pas, n'est-ce pas Lawra ?

La jeune femme hocha la tête.

- Et il a commencé à faire des mélanges dans le thé, vers 11-12 ans... Il trouvait toujours que ceux que j'achetais manquaient de ci ou de ça... Et, un jour, j'ai fini par lui dire : "Bien, Mickaël, puisque tu n'es pas satisfait, va toi-même acheter le thé..." Qu'est-ce que je n'avais pas dit là ! rit Ingrid. Il est revenu avec dix paquets, de mélanges différents auxquels il avait donné des noms. Pour chacun, il avait choisi un adjectif qui correspondait, selon lui, au mélange en question. Subtil est un des plus anciens qu'il ait "créés", avec Corsé et Nomade. Mais c'est aussi un de ceux que je préfère, notamment le midi.

- Je l'aime aussi beaucoup à cette heure, dit Maureen. Il passe très bien après le repas et aide à aborder l'après-midi. Surtout quand on travaille.

Ingrid poursuivit :

- Et, petit à petit, il a agrandi sa collection, en fonction de ses envies, de ses découvertes... Il lui arrive d'en créer aussi pour une personne, comme il l'a fait encore récemment pour ma mère, mais aussi pour toi, Maureen.

Les joues de la jeune femme rosirent légèrement. Un éclat de malice s'alluma dans les yeux de Lawra.

- Même Sam y a eu droit, dit Maureen pour cacher son trouble.

- Ah, c'est vrai ! Avec Quelconque ! dit Lawra.

- Et donc, maintenant, il ne lui manque que le G, Y, W et le X... Sinon, toutes les lettres de l'alphabet ont un thé, parfois deux. Mais il reste encore de la place dans le placard..., ajouta Maureen.

- C'est une chouette idée ! Il faudra que j'en ramène pour mes parents... Ca plairait à maman !

Maureen resta un temps songeuse. Elle imaginait la mère de Lawra, aussi petite et fluette que sa fille était grande et élancée. Elle se dit qu'en effet, certains mélanges de Mickaël pourraient lui plaire.

- Je ne sais pas si le "palais des thés" est fermé cette semaine, mais sinon, Mickaël pourrait t'y emmener demain ou vendredi..., fit-elle.

- Bonne idée ! sourit Lawra.

- Bon, dit son amie, il va falloir que je rouvre... Je vais remettre les fleurs en place, je reviens. Je vais laisser la porte entrebâillée, j'entendrai si quelqu'un vient.

Les clients furent rares en ce début d'après-midi et Maureen passa beaucoup de temps dans la cour, à discuter avec Lawra et Ingrid, jusqu'au réveil de Kevin. Ingrid proposa alors à la jeune femme de l'emmener avec le petit garçon sur la côte. Elle les redéposerait en fin d'après-midi.

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