Chapitre 87 : mardi 2 août 2005

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Maureen ouvrit sa boutique comme d'habitude. Elle attendait une livraison de fleurs, mais ce serait la seule de la semaine. Si elle vendait tout, elle fermerait un jour plus tôt...

A l'étage au-dessus, pas un bruit. Elle espérait que Lawra et Kevin avaient bien dormi. Véra avait prêté le petit lit d'appoint de Léony, pour le petit garçon. Ils avaient pu l'installer dans la chambre, avant de partir pour Liverpool. Elle leur avait aussi prêté les draps et leur avait dit qu'elle avait encore tout ce qu'il fallait pour un petit enfant, chaise haute, baignoire... Donc, s'ils avaient besoin de quelque chose, il ne fallait pas hésiter à venir se servir.

Mickaël s'était levé en même temps qu'elle et avait quitté son appartement peu après, pour faire quelques courses. Il allait assurer les repas de la journée. Apprenant qu'il se chargeait de tout, Lawra lui avait demandé s'il allait se sentir en vacances... Ce qui avait bien fait rire le jeune homme.

Mickaël déposa rapidement les affaires chez lui, puis rejoignit Maureen. Les fleurs venaient d'être livrées, elle était occupée avec une cliente et il s'activa à les ranger. Une fois qu'elle en eut terminé, elle vint l'aider.

- Ca va ? demanda-t-il après avoir déposé un léger baiser sur ses lèvres.

- Oui. Deux clients seulement depuis ce matin. Et une commande, pour jeudi soir. Oh, un simple bouquet, mais le monsieur qui me l'a demandé a préféré réserver... Il n'était pas certain que je sois encore ouverte, il était visiblement bien content !

- Il doit avoir un rendez-vous ! dit Mickaël en faisant un clin d'œil.

- Ou peut-être que c'est pour l'anniversaire de sa maman..., répondit Maureen en souriant. Il ne m'a pas précisé.

- Lawra est levée ? demanda-t-il.

- Je pense que oui, j'ai entendu du bruit. Je vais la laisser descendre tranquillement. Ca faisait un long voyage pour elle ! Le bateau, plus la route...

- Il est marrant, son petit garçon, fit Mickaël. Il me rappelle un peu Léony quand elle était toute petite. Tiens, au fait, maman m'a appelé tout à l'heure. Elle propose de déjeuner avec vous demain midi, puisque je serai occupé avec Sam et Willy.

- C'est gentil ! Elle nous rejoindra ici ? demanda Maureen.

- Oui, répondit-il. Je peux vous préparer quelque chose, ou vous allez manger en ville...

- Si tu demandes à Lawra, elle voudra que ce soit toi qui prépares ! répliqua-t-elle avec amusement.

- Ok. De toute façon, j'ai prévu. J'ai pris pas mal de poisson, ce matin. Il y aura assez pour demain. Je vous préparerai une grande salade avant de rejoindre Sam.

- D'accord.

Maureen déplaça quelques vases, puis reprit :

- Tu as une idée de balade pour tantôt ?

- Deux, répondit-il. Je peux emmener Lawra au bord de la mer, ou alors, on va à Kelvingrove et je lui fais faire un petit tour dans la ville aussi. Elle a le choix. Ca ne fait pas trop de route et, pour le petit, l'un comme l'autre, ça pourra être sympa.

**

Lawra opta pour le parc, avec la poussette, ce qui permit à Kevin de s'endormir. Elle trouva Kelvingrove charmant, calme. Tout en marchant dans les allées, elle et Mickaël devisèrent tranquillement.

- Ta sœur n'est pas à Glasgow en ce moment, m'a dit Maureen.

- En effet, répondit Mickaël. Elle est chez ma grand-mère. On la verra au week-end, avec son mari et sa fille. En fait, on va s'y croiser.

- Ca va faire du monde pour ta grand-mère ! Cela ne la dérange pas ? s'inquiéta un peu Lawra.

- Non, sourit le jeune homme. Elle est impatiente de nous voir arriver. Elle est toujours heureuse d'avoir de la visite, surtout depuis deux ans, qu'elle rechigne à venir à Glasgow. On arrive à la faire bouger, mais, avant, elle disait oui tout de suite, maintenant... Il faut un peu "travailler" pour y parvenir.

- Tu sais que j'ai hâte de voir les Highlands ! Maureen m'en a parlé avec tellement d'enthousiasme !

- Notre petit séjour lui avait beaucoup plu, en effet. Mais on a eu de la chance, les deux fois où nous y sommes allés, il a fait beau. J'espère qu'il en sera de même la semaine prochaine, mais même en plein été, le soleil n'est pas garanti, loin de là... On aura sûrement des averses, prévint Mickaël.

- Ne t'inquiète pas, fit Lawra. En Irlande, on a aussi l'habitude de la pluie !

Comme Kevin dormait encore, ils s'assirent pour prendre un verre au petit établissement où Mickaël et Maureen avaient pris précédemment une glace avec Léony. Lawra avait prévu un goûter pour le petit garçon.

- Je voulais te parler de quelque chose, Mickaël, dit Lawra d'un ton sérieux. Avant de le faire avec Maureen, parce que, compte tenu des moments un peu difficiles que vous avez vécus ces dernières semaines, je voulais avoir ton avis avant.

- Qu'en est-il ? demanda-t-il un peu inquiet.

- J'ai vu Tara, la sœur de Maureen. Enfin, l'une de ses sœurs. Celle qui est la plus proche en âge et avec laquelle elle s'entendait bien. Elle m'a demandé des nouvelles de Maureen, avant même que j'en parle. Cela m'a fait plaisir. Je lui ai dit que j'allais la voir bientôt.

- Ah..., fit-il simplement.

- Elle voudrait lui écrire, prendre de ses nouvelles, annonça Lawra. Elle m'a dit aussi qu'elle comprenait pourquoi Maureen était partie.

- Ah bon ? fit Mickaël, surpris. Maureen m'avait dit que Tara n'avait pas admis son divorce...

- Sauf qu'elle a eu l'occasion d'avoir affaire à Brian récemment et elle a sérieusement revu son opinion, dit Lawra.

- Pourquoi ?

- Elle m'a raconté l'avoir vu lors de la foire. Le mari de Tara travaille à son organisation et elle s'y était rendue un peu pour se promener. Brian était seul et il lui a dit que Maureen lui avait fait beaucoup de mal, qu'il tenait toujours à elle.

- Quel hypocrite ! lâcha Mickaël avec colère.

- Ca, tu l'as dit, agréa Lawra. Car, en sortant, Tara l'a aperçu avec Déborah, sa maîtresse. Et elle n'a pas eu le moindre doute sur leurs relations ! Elle a alors compris que Brian mentait sur toute la ligne... Tara n'est pas idiote, Mickaël, et elle a commencé à avoir de sérieux doutes. Tara m'a dit aussi que sa grande sœur lui manquait et qu'elle aimerait reprendre contact avec elle. Je lui ai donc dit que j'allais bientôt la voir et que je lui en parlerai. Mais voilà, je voulais ton avis avant.

Mickaël demeura pensif quelques instants avant de répondre :

- Je pense que Maureen serait heureuse de renouer le contact avec sa sœur. Elle m'a parlé de Tara, un peu. Elle m'a dit qu'elles étaient proches, jusqu'à son mariage, et que même si Tara n'avait pas compris pourquoi elle avait divorcé, elle pensait qu'elle était l'une de ses sœurs dont elle pourrait se rapprocher le plus aisément. De même que l'un de ses frères aînés, qui était le seul à lui avoir répondu lorsqu'elle lui avait souhaité son anniversaire, même si la réponse était surtout polie.

- Kenneth est très attaché aux valeurs familiales et il aime beaucoup ses jeunes frères et sœurs, expliqua Lawra. Ils s'entendaient bien, Maureen et lui, quand ils étaient enfants. Moi aussi, d'ailleurs, je l'aimais bien. J'ai une grande sœur, mais pas de grand frère, et Kenneth était comme un grand frère pour moi aussi ! Il prenait soin de nous, quand on jouait...

- Je ne sais pas exactement comment Maureen réagira en entendant parler de Brian, reprit Mickaël alors qu'un pli soucieux marquait son front. Les dernières fois où nous avons parlé de lui, c'était toujours dans des moments un peu pénibles... Il vaut mieux ne pas s'appesantir sur lui.

- Je n'en ai pas l'intention non plus. Je n'ai vraiment pas envie de parler de lui. Ce type me sort par les yeux. Bon, je ne dirai pas forcément à Maureen pour quelle raison sa sœur a changé d'avis...

- Tu lui as dit que Maureen était à Glasgow ? demanda Mickaël.

- Oui, elle le savait, répondit Lawra. Je ne lui ai rien dit à ton sujet, en revanche. Je préfère que Maureen décide d'elle-même si elle veut parler de toi ou pas à sa famille.

- Je comprends, Lawra, dit-il en vidant son verre de bière. J'ai dit à Maureen que si, un jour, elle veut qu'on aille en Irlande, ce sera possible. Je suis prêt à l'accompagner là-bas, pour revoir sa famille.

- On n'en est pas encore là, Mickaël, soupira Lawra.

- Je l'ai bien compris, dit le jeune homme.

- Mais, en effet, peut-être qu'un jour, ce sera possible...

Lawra resta songeuse. Elle essayait d'imaginer la rencontre entre Mickaël et les parents de Maureen, et se dit que ce serait certainement un moment délicat. Elle doutait même que cela soit faisable. Par contre, même s'il émettait de la réserve, elle voulait croire que ce serait possible avec Kenneth. Et, plus encore, avec Tara. Mais elle savait aussi qu'il fallait laisser faire les choses et que, pour eux tous, admettre le divorce de Maureen serait déjà une première étape. La voir avec Mickaël ne pouvait être que la suivante...

Le soir

En rentrant de la promenade à Kelvingrove, Mickaël et Lawra avaient rejoint Maureen à sa boutique. L'heure de la fermeture était encore loin et le jeune homme passa un moment à jouer avec Kevin dans la cour, avec un petit ballon en mousse, alors que les deux jeunes femmes passaient un moment ensemble, dans la boutique. Maureen expliqua à son amie comment elle travaillait.

- C'était vraiment ainsi que j'imaginais les lieux, d'après tes descriptions, dit Lawra. Tu as réussi à rendre ce petit commerce vraiment attrayant.

- J'ai fait simple et au mieux, avec ce dont je disposais, dit Maureen. Mais c'est vrai que je suis assez contente de moi ! Je regrette seulement de ne pas avoir pu refaire le sol, mais enfin, c'est propre, même si c'est un peu sombre à mon goût.

Lawra approuva. Même si la boutique ne contenait pas autant de fleurs et de plantes qu'au printemps, à la pleine période où Maureen faisait de bonnes ventes, elle était quand même jolie.

- Tu te plais bien, alors, dans ce quartier ? demanda encore son amie.

- Oui, vraiment. Les autres commerçants m'ont gentiment accueillie. J'ai de bonnes relations avec eux et il nous arrive de nous rendre de menus services. Nous ne sommes pas en concurrence les uns avec les autres, plutôt complémentaires en fait. J'ai eu de la chance pour cela...

- Oui, c'est juste, dit Lawra. En tout cas, je suis heureuse que tu aies trouvé un métier qui te plaise vraiment et qui te convient finalement bien. Et financièrement, ça va quand même ?

- Oui. Ce n'est pas la grosse fortune, mais sur cette première année écoulée, enfin, presque, je m'en sors bien. Je ne m'attendais pas forcément à cela en démarrant. Mais je n'ai pas de grosses dépenses non plus, et puis, Mickaël m'oblige à faire des économies aussi...

- Comment cela ? demanda Lawra, un peu intriguée.

- Et bien, tu sais, depuis que nous nous connaissons, mon budget alimentation a été revu à la baisse... Je ne fais plus de courses que très rarement, car soit il ramène des restes du restaurant, soit c'est lui qui cuisine et je pense que tu comprendras qu'il préfère choisir les produits lui-même...

- Ca, en effet, cela ne me surprend pas ! sourit Lawra.

La porte de la cour était restée ouverte et, depuis l'arrière-boutique, elles pouvaient entendre les cris de plaisir de Kevin et les encouragements de Mickaël. Maureen demanda :

- Cela t'a plu, la promenade ?

- Oui, vraiment. C'est un beau parc que celui de Kelvingrove ! En revanche, on n'est pas resté longtemps dans les serres, car Kevin était réveillé et il avait chaud, il était un peu grognon. Du coup, on est ressorti et on est allé voir les oiseaux. Ca l'a calmé. Et là, j'ai l'impression qu'il se défoule bien !

- Il a beaucoup changé, même si tu m'avais envoyé des photos, dit Maureen avec tendresse. Il ressemble de plus en plus à John ! Mais il a ton regard et ton sourire aussi.

Lawra sourit, puis dit :

- Bon, je vais aller voir si l'alliance franco-écossaise vient à bout de la résistance irlandaise...

Cela fit rire Maureen et elle suivit son amie dans la cour.

Kevin riait et applaudissait à chaque tir, et Mickaël s'amusait à aller chercher le ballon d'un côté à l'autre du petit espace. Ni l'un, ni l'autre ne semblaient fatigués du jeu. Les deux jeunes femmes restèrent un moment à les regarder, jusqu'à ce que Maureen retourne en boutique car des clients arrivaient. En fin de journée, elle avait parfois un peu plus de passage, elle l'avait remarqué depuis que les ventes marquaient un petit déclin, avec les vacances qui approchaient.

Cependant, un peu avant la fermeture, Mickaël annonça qu'il mettait fin à la partie car il était temps pour lui d'aller préparer le repas. A nouveau, ils avaient convenu de manger chez lui. Lawra fit un petit tour à l'étage pour prendre quelques affaires pour Kevin, pour la soirée, puis occupa le petit garçon en lui lisant quelques histoires, jusqu'à ce que Maureen en ait terminé de son côté et passe les chercher pour retourner chez Mickaël.

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— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— Dîtes toujours, je jugerais moi-même.
— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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