Chapitre 53 : mercredi 8 et vendredi 10 juin 2005

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Mercredi

Véra arriva en fin d'après-midi chez ses parents pour récupérer sa fille. Elle attendait ce moment avec une certaine impatience, depuis le dimanche en fait. Depuis qu'elle avait - enfin ! - fait la connaissance de Maureen. Et elle avait beaucoup de questions à poser à sa mère.

Celle-ci s'était installée sur la petite terrasse qui donnait sur l'arrière de la maison et sur le jardin. Il n'était pas très grand, mais très fleuri. Léony jouait et était suffisamment occupée pour lui faire à peine une bise et se replonger dans ses jeux. Cela arrangeait Véra qui allait pouvoir discuter un moment avec sa mère.

- Ta journée s'est bien passée, ma chérie ? demanda cette dernière.

- Oui, maman, vous aussi ?

- Sans souci. Avec un bel après-midi comme celui que nous avons eu, ta fille a passé tout son temps au jardin. Elle apprécie !

- Micky est venu déjeuner avec vous ce midi ?

- Non, pourquoi ? répondit Ingrid.

- Hum, comme ça. Il ne vient plus très souvent en semaine, maintenant..., fit remarquer Véra.

Ingrid sourit.

- Pas la peine de te cacher derrière un sourire sans rien dire, m'man. Je sais pourquoi. Il nous a présenté Maureen dimanche, quand on a récupéré Léony. Et tu sais ce que ce diable a fait ? Il m'a envoyée chez elle pour acheter des fleurs pour la tante et la cousine de Jimmy, sans rien me dire ! J'ai eu l'air d'une cruche en les voyant ensemble ! Heureusement que le ridicule ne tue pas...

- C'est de bonne guerre. Tu pouvais t'attendre à ce genre de surprise de la part de ton frère, non ?

- En tout cas, je suis la dernière au courant ! protesta sa fille. Il aurait pu m'en parler avant ! Surtout que ça a l'air sérieux...

- Il avait de bonnes raisons pour prendre son temps, expliqua Ingrid. Et, après tout, je préfère cela : au moins, il ne s'est pas emballé comme il l'avait fait avec Betty, et c'est mieux !

- Pas emballé, pas emballé... Il la regarde avec un air de merlan frit... S'il n'est pas amoureux fou, je veux bien être changée en statue de sel ! fit Véra en levant les yeux au ciel.

- Oui, il est amoureux, soupira Ingrid. Et alors ? C'est bien, non ?

- C'est très bien ! Mais enfin, que de mystères... Et il ne m'a pas expliqué grand-chose, donc, c'est à toi de m'en dire plus, maintenant ! Déballe, maman !

- Ton frère t'expliquera pourtant mieux que moi...

- Ah, non ! C'est bon, là ! protesta Véra. Faut m'en mettre sous la dent, hein ! Déjà que j'étais la dernière au courant...

Sa mère sourit. La fausse colère de sa fille cachait une grande tendresse pour son jeune frère, elle le savait. Elle poursuivit calmement :

- ... Néanmoins, je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit à cacher dans ce que Mickaël nous a dit sur Maureen et qu'il t'en parlera également à l'occasion. Elle vient d'Irlande.

- Elle me l'a dit, fit Véra.

- Elle a été mariée.

- Quoi ?

- Oui, à peine majeure. Mais elle est divorcée depuis plus d'un an. Et si elle a quitté l'Irlande, c'est aussi pour repartir sur d'autres bases. Cette jeune femme n'a pas eu la vie facile ces dernières années. Mickaël est resté discret sur les raisons exactes qui l'ont poussée à divorcer, mais toujours est-il que ce divorce a jeté l'opprobre sur elle. Sa famille, ses parents, ne l'ont pas accepté. Ce sont des gens très croyants, nous a dit Mickaël.

- Hum, c'est vrai qu'il y a encore des gens qui réagissent comme cela, dit Véra en songeant à certaines difficultés rencontrées par des jeunes dont elle s'occupait. Et donc, elle est partie.

- Oui. Mickaël nous a dit que c'était le hasard qui l'avait menée à Glasgow, mais ni elle, ni lui ne s'en plaignent...

Véra hocha la tête.

- Ok, ok. Mais, enfin, cela n'explique pas pourquoi il en a fait un tel mystère pendant des semaines, des mois !

- Il ne voulait pas bousculer Maureen en allant trop vite à faire les présentations, mais je pense aussi qu'il voulait être certain de leur engagement. Si on peut utiliser ce mot, bien sûr...

- Tu crois qu'ils vont se marier ? demanda Véra avec les yeux soudain brillants.

- Tu ne crois pas qu'il est vraiment trop tôt pour se poser ce genre de questions ? répondit Ingrid en souriant.

Vendredi

Il était dix heures du matin et Mickaël dormait encore. La veille, c'était une soirée normale de semaine, au restaurant. Il était rentré, chose exceptionnelle, un peu avant minuit, et avait dormi chez Maureen. Elle avait été heureusement surprise de l'entendre arriver si tôt. Ce matin, il s'était levé en même temps qu'elle pour déjeuner, puis s'était recouché. Autant le mercredi matin, il pouvait profiter de sa matinée, autant le vendredi, en général, il accumulait du repos pour les deux dernières journées de travail de la semaine, les plus chargées. Le bruit de la rue ne le dérangeait pas, de même que les "ding-gling" légers de la porte d'entrée du magasin. C'étaient les seuls bruits qui montaient de la boutique jusqu'à lui. Une fois les clients entrés, il ne les entendait plus.

Mais ce fut encore le téléphone qui le réveilla, une heure plus tôt que prévu. Il grogna, maudit cette invention du diable. Il était en plein rêve. Avec Maureen. Il ne savait pas encore quel était son interlocuteur, mais ce qui était certain, c'était qu'il n'allait pas être très aimable.

"Encore la frangine... Mais c'est du harcèlement !", pensa-t-il en voyant le numéro qui s'affichait sur le petit écran.

- Salut, frangin ! dit la voix de Véra à peine avait-il décroché. Râle pas, je sais que je te tire du lit. Mais je voulais être certaine de pouvoir te parler. Et c'est l'heure de ma pause...

- Je te rappelle qu'il y a des gens qui travaillent la nuit... et donc dorment le jour, grogna-t-il.

- Fais pas la tronche. Au moins, tu auras le temps de préparer un bon déjeuner à Maureen !

- J'ai toujours le temps de m'occuper de Maureen, je n'ai pas besoin de toi pour ça ! Ni pour me réveiller, je te rappelle..., poursuivit-il d'un ton à peine plus aimable.

- Hum... T'es vraiment d'une humeur charmante, fit remarquer Véra avec humour.

- Accouche, Véra ! Qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi tu m'appelles à cette heure-là ?

- Parce que je fais ma curieuse ! répliqua sa sœur.

Il soupira.

- Bon, attends deux minutes que je me prépare au moins un thé...

Il posa le téléphone sur le lit, gagna la cuisine en fourrageant dans ses cheveux. Il se saisit d'une des boîtes de thé qu'il avait choisi pour Maureen, prit d'emblée Corsé, puis passa dans la salle de bain, fouilla dans le tiroir où elle rangeait quelques médicaments. Il savait déjà qu'il allait avoir mal au crâne avec un tel réveil. Il trouva de l'aspirine qu'il avala avec un verre d'eau, jeta un œil à son reflet dans le miroir.

"Sale tronche... Putain, la frangine, elle est lourdingue quand elle s'y met... Et maintenant, elle va me cuisiner sur Maureen, j'en suis certain. Et pas la peine d'essayer de répondre par des monosyllabes, ça risque de durer encore plus longtemps..."

Il retourna dans la chambre, reprit le téléphone pendant que son thé infusait. Puis il s'assit un peu brusquement sur une des chaises de la cuisine, se dit que si elle l'entendait, d'en bas, Maureen allait se demander pourquoi il s'était relevé si tôt.

- Alors ? Qu'est-ce que tu veux savoir ? lança-t-il. Je te préviens, chuis pas d'humeur à répondre à des questions intimes...

- Je n'irai pas jusque-là..., fit Véra d'un ton toujours amusé.

- Ca m'étonne de toi..., sourit-il un peu en réponse.

L'aspirine commençait à faire son effet. Le parfum du thé aussi. Sans oublier la belle lumière de ce matin-là.

- D'abord, p'tit frère, malgré ton ton pas aimable, moi, je vais l'être. Je suis ravie d'avoir fait enfin la connaissance de Maureen, et Jimmy aussi. Léony l'a adorée et d'ailleurs, c'était vraiment gentil à elle d'avoir pensé à lui faire un petit bouquet. Je te dis pas le drame dans un jour ou deux quand il va falloir le mettre à la poubelle, je n'ose pas encore imaginer.

- Ca pourra s'arranger... en lui en offrant un autre, suggéra Mickaël.

- Faudrait voir à pas la pourrir non plus... Déjà avec son père...

- Jimmy est un ange, fit-il.

- Bon, je t'ai pas réveillé pour te parler de ma fille et de son père, mais de Maureen, reprit Véra. Dis m'en plus !

- Que veux-tu savoir ?

- Tu lui passes quand la bague au doigt ?

Mickaël fut soufflé. Il avait beau avoir l'habitude avec sa sœur, mais là...

- T'as dit quoi ?

- J'ai demandé pour quand c'était la noce... T'es devenu sourd ?

- Samedi prochain ! Réserve ta journée et repas de fête au restau !

Et agacé, il raccrocha. Et coupa complètement le téléphone. Puis il se dit : "Bon, maintenant que je suis levé, autant servir à quelque chose...". Et il fila sous la douche, s'habilla rapidement, reprit une tasse de thé. Puis, comme il avait encore le temps avant de préparer le repas, il descendit. Il entra dans la boutique par la cour et la réserve. Il entendit Maureen parler avec une cliente, ne voulut pas la déranger. Il regarda alors les fleurs qu'elle avait laissées de côté pour lui, pour emmener au restaurant. Puis la cliente partit et il passa la tête par la porte.

- Ca va ? demanda-t-il à Maureen.

- Tu es tombé du lit ? s'étonna-t-elle.

- Réveillé par un appel, soupira-t-il. Ma sœur.

- On fait encore les nounous dimanche ? demanda Maureen avec un petit sourire.

- Même pas... Elle faisait simplement sa curieuse.

Maureen s'approcha de lui. Elle vit à son regard qu'il traînait encore un peu de fatigue. Mais il la fixa avec tendresse. Elle posa doucement sa main sur sa joue, repoussa une mèche qui lui tombait un peu trop sur le front. Il était rasé de près, la peau était douce sous ses doigts. Il l'enlaça, se dit qu'il ne se lassait pas de la regarder, de profiter de la beauté de ses yeux. Les éclats de douleur y étaient de plus en plus rares. Et, en cette fin de matinée, outre l'amour, il y lisait de la compassion, mais aussi de la sérénité.

- Que voulait-elle savoir ? demanda Maureen.

- J'ai raccroché, fit Mickaël. Elle m'avait posé une question tellement stupide, tellement... Enfin, tellement qui ne la regarde pas, que...

- Vraiment ?

L'étonnement grandissait dans ses yeux. Mickaël était hésitant. Comme rarement avec elle. En fait, non, comme jamais elle ne l'avait vu hésiter. Il embraya sur autre chose, pour changer de sujet. Du moins le crut-il.

- Tu as reçu un nouvel arrivage ? Ca sent vraiment bon...

- Du lilas, répondit-elle. Mais c'est très fragile. Ca ne tient pas en bouquet... Mais cela sent tellement bon que j'ai eu envie d'en prendre pour parfumer le magasin. Et dehors, j'ai mis aussi quelques lavandes. Elles sont encore en pousses, mais certaines seront très belles d'ici une à deux semaines, surtout si le soleil continue à briller. C'était vraiment si stupide que ça, la question de ta sœur ?

Mickaël soupira. La curiosité des femmes était pire que celle de Sam...

- Oui, dit-il.

Et son regard perdit de son hésitation pour devenir soudain très sérieux :

- Elle voulait savoir quand est-ce qu'on allait se marier.

Les yeux de Maureen devinrent plus clairs.

- Et tu lui as répondu ?

- La semaine prochaine.

Et comme tout cela commençait à bien faire, il l'embrassa et se dit que c'était le mieux pour tenter de sauver une journée qui démarrait "en queue de poisson".

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— Si l'occasion se présente, pourquoi pas.
 Ceti se retourna pour observer le paysage. Elle imagina à quoi pouvait ressembler les grandes plaines enneigées des montagnes, les hautes murailles de la ville et le Temple, célèbre lieu de pélerinnage. Dans sa vie, elle n'avait quitté Dhilia qu'à trois reprises, sans jamais voyager plus d'une demie journée. Elle n'arrivait tout simplement pas à concevoir le panorama de l'Oblihati. De ce fait, elle s'aidait des marguerites pour recouvrir son point de vue actuel d'un épais manteau blanc. Un léger sourire apparut sur son visage.
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— M'aimez-vous ?
 Le chevalier accusa la surprise. La servante de la princesse se retourna pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Cole la considéra d'un regard interdit, bouchée bée. Les secondes s'écoulèrent lentement, et l'espace d'un instant, il pensa avoir compris de travers. Mais la jeune femme poursuivit.
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