Chapitre 42 : dimanche 15 mai 2005

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Si la veille avait été une grosse journée de travail pour Maureen, ce dimanche s'annonçait plus calme. Il faisait plutôt beau et ce, depuis le début de la semaine. La ville semblait déserte. A croire qu'elle s'était vidée de ses habitants et qu'ils avaient profité de cette belle journée pour aller sur la côte. Elle garda la boutique ouverte comme d'habitude, mais se fit la réflexion qu'elle aurait vraiment pu se permettre de fermer au moins une heure plus tôt !

Elle s'activa cependant à ranger ses pots, les plantes, dans l'arrière-boutique. La petite sonnette de la porte résonna, mais une voix claire s'annonça aussitôt :

- C'est moi ! Je viens t'aider. J'ai préparé le pique-nique. Je t'emmène sur les hauteurs...

Avec l'aide de Mickaël, elle termina son rangement. Il la laissa s'occuper des fleurs coupées dont elle pouvait mieux juger que lui de l'état de fraîcheur, et ramassa les pots qu'elle avait disposés sur le trottoir, devant sa boutique. En cette saison, elle pouvait proposer plus de variétés et les belles couleurs attiraient aussi l'œil des clients.

- Bon, y'a vraiment personne, fit Mickaël alors que Maureen revenait de l'arrière-boutique où elle avait achevé son rangement. Tu pourrais fermer avec un peu d'avance...

- Cela arrive qu'il y ait des clients au dernier moment, tu sais..., lui répondit-elle, malicieuse.

- Et bien, à part moi... J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres !

- Un soir, j'ai dépanné un vieux monsieur qui avait complètement oublié que c'était l'anniversaire de sa femme... Mais c'était en semaine, pas un dimanche. Le dimanche, le pire client de dernière minute que j'ai eu, je crois bien que c'est toi !

- Plains-toi, fit-il en l'enlaçant.

Il plongea son regard dans le sien, heureux de la sentir si détendue, rieuse. Il était persuadé qu'ils allaient passer une belle journée.

Enfin vint l'heure de fermeture, Mickaël poussa un long soupir qui voulait dire : "Je te l'avais bien dit...". Mais, quand ils sortirent de la boutique, Maureen se demanda s'il n'était pas un peu fou. Il était venu la chercher à vélo, son panier bien garni.

- C'est loin, là où tu veux qu'on aille ? demanda-t-elle, intriguée.

- Sur les hauteurs, là-bas, dit-il en désignant un point vague vers le nord de la ville.

- Je te suis en voiture ? A pied ?

- Mais non, tu montes sur le porte-bagage ! dit-il en souriant.

- Tu vas réussir à pédaler avec moi derrière ? Je vais être trop lourde..., objecta-t-elle.

- Tu es plus légère que Sam et moins ivre que lui, la dernière fois que je l'ai ramené ainsi... C'était quelques jours avant de te rencontrer. Je suis encore capable de le faire, même pour monter la côte ! Au retour, ce sera facile. Il n'y aura qu'à se laisser aller...

Maureen s'installa alors le mieux possible, se disant qu'elle avait bien fait de s'habiller avec un petit pantalon léger et non en jupe ou en robe. Elle se retint à la selle du vélo, le temps que Mickaël donne les premiers coups de pédale, puis elle s'accrocha à sa taille.

- Tu as tout prévu ? demanda-t-elle.

- Pour le repas ? Bien sûr ! Le jour où j'oublierai quelque chose...

Elle sourit. L'air léger de cette mi-mai soulevait ses cheveux. Il faisait bon. Elle se sentait bien, heureuse et détendue, depuis leur retour de Fort William. Les confidences qu'elle avait faites à Mickaël lui avaient enlevé un poids sur le cœur, mais elle avait aussi été touchée par ce qu'il lui avait raconté de Sam, de Jenn, et des liens d'amitié très forts qui existaient entre Sam et lui.

Ils parvinrent après quelques efforts jusqu'en haut d'une petite colline qui dominait Glasgow, au parc de Kelvingrove. Ils trouvèrent facilement un endroit tranquille où pique-niquer. Ils se régalèrent avec les petits sandwichs au saumon et à la tomate que Mickaël avait préparés, puis avec les desserts. Il lui avait concocté un assortiment de mini-tartelettes à la fraise, à la framboise ou à la pomme.

- C'est délicieux ! dit-elle en se léchant le bout des doigts. Je suis repue !

- Tu as dévoré... A croire que tu avais vraiment faim ! sourit-il.

L'heure était propice au farniente et ils s'allongèrent sur la pelouse. Un peu plus loin, des enfants jouaient au ballon, des familles se promenaient. Ils firent ensuite le tour du parc, Mickaël poussant son vélo d'une main et tenant Maureen par la taille de l'autre. Elle se dit qu'ils devaient avoir l'air d'un joli petit couple. Elle avait pensé cela, autrefois, avant son mariage, lorsque Brian venait la chercher chez elle le dimanche après-midi, qu'il demandait à son père l'autorisation de l'emmener faire un tour. "L'autorisation... Aujourd'hui, je me moque bien d'avoir l'autorisation de mon père pour sortir ! Que dirait-il s'il me savait ainsi, vivant dans le péché... De toute façon, maintenant, je suis divorcée, et c'est déjà une tare à ses yeux..."

- A quoi songes-tu ?

La question de Mickaël la tira de ses pensées. Elle répondit, un peu enjouée :

- Hum, à rien... Ou plutôt si, à toi !

- Comment ça ?

- Je pensais qu'on devait avoir l'air d'un joli petit couple.

Il sourit.

- Et qu'on ferait des envieux ?

- Non, pas forcément... Peut-être simplement que cela étonnerait certaines personnes.

- Certaines personnes comme qui ?

Pour lui, c'était comme un jeu de renchérir, mais Maureen hésita un peu à répondre.

- Mes parents, finit-elle par dire.

Il la regarda avec sérieux, s'en voulut soudain d'avoir poussé trop loin ses questions. Il n'avait pas envie qu'elle soit triste ou simplement mélancolique. Il voulait voir de la joie dans ses yeux, sur son visage, dans son allure, sa façon de marcher.

- Tu penses que les ponts sont complètement coupés avec eux ? demanda-t-il cependant.

Elle soupira. Elle aussi se posait la question, depuis quelques temps.

- Je ne sais pas trop. Je pense... Je pense que je pourrais reprendre contact au moins avec l'une de mes sœurs, Tara. Celle qui vient juste après moi dans la fratrie. Elle n'a pas compris pourquoi j'ai divorcé, mais nous étions proches, enfants, et jusqu'à mon mariage. Elle est mariée aussi, ne vit plus chez nos parents. Il faudrait que j'en parle avec Lawra. Ses parents habitent toujours dans notre quartier, ils doivent voir les miens régulièrement. Et ça doit arriver aussi que Lawra les croise, quand elle va voir les siens...

- Je disais cela, continua Mickaël doucement, parce que... j'aimerais vraiment que tu fasses connaissance avec mes parents, ma famille. Mais je ne veux pas te bousculer, et on peut faire cela de manière très simple, absolument pas guindée. D'ailleurs, ce serait à l'opposé de ce qu'ils sont...

- Tu voudrais connaître mes parents ? demanda Maureen.

- Oui, aussi, mais je sais que ce ne sera pas facile. Déjà, il faudrait aller à Dublin et nous avons d'autres projets... Mais peut-être qu'un jour ce sera possible.

- J'essaye d'imaginer ce que ce serait que de t'amener à la maison... Mais j'ai du mal à concevoir la réaction de mes parents. Je ne suis même pas certaine qu'ils nous ouvriraient la porte. Enfin, je me trompe peut-être, je l'espère quand même...

- Alors, présente-moi Lawra, d'abord, sourit-il, ce sera mieux non ?

- Oui, sourit Maureen en réponse.

Ils marchèrent encore un petit moment en silence, puis, soudain, sans que rien ne l'annonçât, Mickaël lui lança :

- Allez, zou ! On redescend à la maison !

Il remonta sur le vélo, elle, à nouveau sur le porte-bagage, et s'il sortit prudemment du parc pour ne pas renverser les promeneurs, il accéléra dès qu'ils furent dans la rue. Maureen rit de la course, du vent qui soulevait ses cheveux, du soleil qui brillait. Elle rit du rire de Mickaël, de la chanson qu'il fredonnait. Elle rit tout simplement du bonheur simple d'être heureuse, d'être avec lui, de vivre ce moment de partage. Et de chasser loin, bien loin, d'un souffle de vent, ses pensées et ses interrogations.

**

Ce fut chez Mickaël qu'ils passèrent la fin de l'après-midi. Maureen s'installa au salon pendant qu'il préparait un thé.

- Hum, au fait ! fit-elle. C'était cela ma question...

- Laquelle ? demanda-t-il un peu étonné.

- L'autre soir, avec Sam... ou plutôt, après le départ de Sam...

- Je t'écoute.

- Tu n'as pas voulu me faire goûter le A ? Pourquoi ?

- Il est spécial, dit-il avec à nouveau ce petit sourire un peu particulier auquel elle trouvait toujours plein de charme.

- Ah ?

- Oui, A... Comme...

Il la fit se lever, la prit dans ses bras comme s'il voulait la faire danser. Face à face, il la regarda avec amusement. Puis dit lentement, en pesant bien chaque syllabe :

- Aphrodisiaque.

- Non ? fit Maureen en ouvrant de grands yeux.

- Si, si. Tu veux voir sur la boîte ?

- Je te crois.

- Il peut se boire après n'importe quel repas, même bien arrosé. Mais il faut des circonstances un peu particulières... Etre seulement tous les deux...

- On est seulement tous les deux..., répondit Maureen.

- Avoir du temps devant soi...

- On a du temps devant nous...

- Tenir une jolie fille dans ses bras..., poursuivit Mickaël.

- Je tiens un beau jeune homme dans les miens...

- Mettre un peu d'ambiance, comme...

Il tendit le bras vers l'étagère où étaient rangés les disques, un peu en désordre, fouilla d'une main tout en tenant toujours Maureen de l'autre, trouva enfin ce qu'il voulait, ouvrit le boîtier et lança la lecture. Un slow langoureux, un peu vieillot, se fit entendre.

- Hum, belle ambiance, fit Maureen en appréciant la musique.

- Et puis, hum, peut-être aussi, quelques bougies... ou lumières tamisées..., ajouta Mickaël en commençant à la faire tourner lentement.

- Ca aussi, ça peut se trouver, dit-elle en lui échappant et en filant dans la chambre.

Il l'entendit tirer le rideau, devina qu'elle avait allumé la lampe de chevet. Elle revint aussitôt.

- J'ai fait de mon mieux..., dit-elle.

- Je suis certain que ce sera parfait.

- On peut goûter le A, alors ? demanda-t-elle d'un petit air innocent.

Il l'embrassa longuement pour toute réponse, puis lui dit :

- Il faut juste un tout, tout petit truc en plus.

- Ah ?

- Oui, A. Je m'en occupe. Mais toi... Ferme les yeux.

Elle obéit, déjà conquise. Elle l'entendit s'éloigner, entrer dans la chambre, se dit qu'il voulait peut-être ajouter un petit détail à l'ambiance "tamisée", puis il revint, l'enlaça par derrière et lui murmura à l'oreille :

- Sur le lit, il y a un petit quelque chose pour toi... J'espère que ça te plaira...

Puis il la lâcha, un sourire coquin s'affichant sur ses lèvres, s'approcha du plan de travail, ouvrit le placard des thés et se saisit sans hésiter de la première boîte. Maureen attendit une seconde, le regarda déjà avec désir, alors qu'il lui tournait le dos et qu'elle voyait se dessiner les muscles de son dos sous son t-shirt alors qu'il levait le bras pour prendre le thé. Puis, curieuse, elle se détourna, le laissant préparer le breuvage, et gagna la chambre. Sur le lit, il avait déposé une simple boîte blanche. Elle s'assit, l'ouvrit et découvrit un déshabillé de soie, blanc, ourlé d'un rose pâle. La parure se complétait avec un soutien-gorge et un joli petit slip, blancs et roses également.

- Le thé est prêt ! lança-t-il de la cuisine.

- Moi... Pas tout à fait, répondit-elle un rien mutine en finissant d'enfiler le déshabillé. Voilà ! Je suis prête !

Mickaël la rejoignit, les mains vides, sachant très bien qu'il n'aurait sans doute pas été capable de porter un plateau garni sans le faire tomber. Elle l'attendait, debout, ravissante et très désirable.

- Tu l'aimes ? demanda-t-il en la prenant dans ses bras.

- Et toi ?

- Oui... Il te va à ravir.

- Moi, je suis prête, mais tu devais nous apporter le thé, non ? souffla-t-elle après l'avoir embrassé.

- Hum... pas sûr qu'on ait besoin du thé...

- Oh, mais je veux y goûter... Tu m'as trop tentée !

**

La tête de Mickaël reposait sur l'épaule de Maureen, sa main caressait doucement son sein. D'une voix un peu sourde, il lui fit remarquer :

- Faut que je refasse le thé. Il va être froid, maintenant. Et il n'est vraiment pas bon froid, celui-là.

- Il est vraiment aphrodisiaque ? demanda Maureen en passant ses doigts dans ses cheveux.

- Tu tiens vraiment à le savoir ? fit-il d'un ton coquin.

Elle rit. Cela l'amusait beaucoup d'imaginer que la théière n'avait pas bougé de la table de la cuisine, que leurs tasses semblaient attendre, un peu abandonnées, un peu tristes de ne pas avoir servi.

- Ok, tu me mets au défi... Je suis prêt à le relever. Après tout, c'est encore relâche demain matin...

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— M'aimez-vous ?
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