Chapitre 28 : dimanche 24 avril 2005

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- Tu m'impressionnes, petit frère !

- Comment ça ?

- On débarque à midi, la table est mise, tu as même retrouvé les rallonges, tu t'affaires en cuisine... Moi qui pensais te trouver encore au lit...

- J'avais une commande. Pour Mademoiselle Léony ! Je voulais mettre un point d'honneur à réussir le menu de son sixième anniversaire ! répondit Mickaël alors que sa nièce lui sautait dans les bras.

Véra, Jimmy et la petite fille venaient tout juste de pénétrer dans l'appartement de Mickaël. Leurs parents n'étaient pas encore arrivés. Mais si Véra remarqua que la table était mise et qu'en effet, son frère était aux fourneaux, elle ne prêta pas attention à la bouteille soigneusement débouchée, ni au petit bouquet de fleurs des champs qui décorait la table, posé à côté de l'assiette de Léony, dans laquelle trônaient également deux cadeaux soigneusement emballés par Maureen.

- Papa et maman ne vont pas tarder, je pense, ajouta Véra.

- Ca va chez toi, Jimmy ? demanda Mickaël.

- Oui, oui, bien. Tu nous fais quoi à manger ? Ca sent bon..., dit le mari de Véra d'un air gourmand.

- Un gigot d'agneau, répondit Mickaël. Au four, avec des petites pommes de terre rissolées, une salade. Et en entrée... avocats à la crevette, avec une sauce au citron façon tonton !

- Mais ça va piquer, le citron, tonton ! dit Léony en faisant la grimace.

- Mais non, pitchoune. Juste un tout petit peu.

A ce moment, le carillon de la porte d'entrée sonna et Véra s'empressa d'aller ouvrir à leurs parents. Léony s'échappa des bras de son oncle pour se précipiter vers la porte.

- Oh, la jolie petite demoiselle ! s'exclama Henry, le père de Véra et Mickaël.

Il entra dans l'appartement, la petite fille lui avait déjà sauté dans les bras. Sa femme, Ingrid, le suivait.

- Bon anniversaire, ma pitchounette ! fit-elle en souriant.

- Mamie !

Après les embrassades et les saluts, tous s'installèrent à table et Mickaël commença le service.

- Tu n'as pas fini trop tard hier, Mickaël ? demanda sa mère. On aurait pu se charger du repas, tu sais...

- Non, ça a été. J'ai fini plus tôt que vendredi dernier. On avait des footeux...

- C'était bien Tombouctou, au fait ? demanda Véra avec taquinerie.

- Génial, répondit son frère avec un grand sourire.

Ingrid échangea un regard un peu étonné avec sa fille. Henry sourit, habitué aux plaisanteries que se lançaient leurs deux enfants depuis qu'ils étaient tout jeunes. Le jeune homme poursuivit, répondant toujours à sa mère :

- Je pouvais bien me charger du menu. Cela fait un moment que je n'avais pas cuisiné pour vous, en-dehors de ton dessert d'anniversaire, maman.

- Il y a du travail, en ce moment, Mickaël ? demanda son père.

- Pas mal, oui. Et on commence à recevoir des légumes de la belle saison, on peut faire évoluer les accompagnements. Ca change. Mais sinon, oui, les fins de semaine, on fait le plein.

- Vous fermez mi-mai ? demanda sa sœur.

- Comme toujours, pour la semaine. Après, ce sera non-stop jusqu'au début août.

- Tu comptes faire quelque chose de particulier durant ta semaine de vacances ? interrogea Jimmy.

- Aller voir Mummy, répondit Mickaël, sérieux.

- Toi, tu as besoin de recettes ! lança sa sœur.

- Besoin de prendre un peu de vacances et de me faire chouchouter, surtout.

Véra haussa les épaules.

- T'as pas une petite copine qui pourrait s'en charger ?

Le sourire de Mickaël lui cacha la vérité. Et ce ne fut qu'au dessert que Véra commença à se douter de quelque chose. Quand sa fille se fut barbouillé la figure avec le gâteau aux fraises et qu'elle la mena dans la salle de bain pour la nettoyer. Ce fut alors qu'elle remarqua les deux brosses à dents et les deux dentifrices dans le gobelet sur la petite tablette au-dessus du lavabo.

"Tu parles que t'étais à Tombouctou, petit frère... Je serais vraiment curieuse de voir à quoi ressemble la jeune femme à laquelle appartient cette brosse à dents. Pour que mon frangin laisse faire cela... Ce n'était pas arrivé depuis si longtemps qu'on commençait à se demander s'il y en aurait une qui trouverait grâce à tes yeux..."

**

Après le départ de sa famille, Mickaël envoya un petit message à Maureen pour l'informer qu'il faisait un peu de rangement et la vaisselle, et qu'il pourrait la rejoindre ensuite. Elle proposa alors de passer l'aider, ce qu'il accepta volontiers. Il ne l'avait pas vue depuis la veille, durant sa pause déjeuner, et elle lui manquait déjà.

Elle arriva rapidement et l'aida à terminer la vaisselle. Puis il lui proposa un thé et ils s'installèrent au salon.

- Tu veux choisir ? demanda Mickaël. Pour le parfum ?

- Non, je te laisse le faire. Mais je veux bien découvrir un nouveau thé, si c'est possible, sourit Maureen en réponse.

- Bien, ok, fit-il en ouvrant le placard. Voyons... Bon, je vais quand même avoir besoin de ton aide. Tu veux qu'on sorte ce soir ou pas ?

- Que proposes-tu ?

- On pourrait aller au ciné...

- Bonne idée, je veux bien, répondit-elle.

Ils n'y avaient pas encore été ensemble et comme le temps n'incitait pas à une promenade vespérale, elle trouva que l'idée était bonne.

- Alors, je vais en choisir un qui soit un peu fort. Ce sera Impétueux.

- Oh ! s'exclama Maureen. Quel programme !

- J'aurais pu l'appeler Fougueux aussi, mais je n'avais pas encore de thé avec un I, alors que j'en avais déjà deux avec un F, expliqua Mickaël.

- Je trouve que c'est très logique, fit Maureen.

Depuis le canapé où elle était assise, elle observa Mickaël préparer le thé. Comme toujours, dès qu'il s'agissait de nourriture ou de boisson, il avait un petit air très concentré, les sourcils légèrement froncés. Il apporta d'abord les tasses, puis surveilla l'infusion du thé. Maureen était certaine qu'il était capable de l'évaluer à la seconde près ou presque. Puis il déposa la théière sur la table basse et fit le service.

Maureen prit la tasse qu'il lui tendait et porta aussitôt son nez au-dessus.

- Tu veux deviner ? lui demanda Mickaël avec un petit sourire.

Et ses prunelles se mirent à pétiller. Elle lui répondit :

- Oui, j'aime ce jeu...

Le sourire de Mickaël s'élargit, mais il ne dit rien et la laissa se concentrer.

- Le premier parfum, c'est facile, dit-elle. Il y a de la menthe.

- Oui, répondit Mickaël. C'est facile, en effet. La menthe possède une telle fragrance qu'il est difficile de ne pas la déceler.

- Hum, pour le reste... Voyons, j'ai du mal à déterminer la base, comme cela, sans goûter.

- Tu hésites ?

- Oui. Entre un pu'erh et un thé noir.

- C'est du thé noir.

- Je penchais pour cela, surtout à cause du nom que tu lui as donné. Par contre, je ne perçois rien d'autre. Il n'y a que deux éléments ? demanda-t-elle en le regardant.

- Non, trois. Mais le dernier, tu ne peux pas le trouver au parfum. Il faut que tu goûtes. Mais attends un peu, il est encore chaud.

Maureen se renfonça dans le canapé. Mickaël passa son bras autour de son épaule et elle vint se blottir contre lui. Elle aussi était heureuse de le revoir. "Il m'a manqué", songea-t-elle en goûtant au plaisir de retrouver tout ce qui était lui, sa tendresse, son odeur, la chaleur de sa peau, la douceur de sa main sur son épaule, passant aussi dans ses cheveux. Et sa bouche, gourmande, qui vint prendre ses lèvres pour un long baiser.

- Hum..., fit-il. Je suis heureux d'être avec toi ce soir.

- Moi aussi, répondit-elle avec ce sourire si doux qu'il aimait tant.

- Je ne sais pas si on va aller au cinéma, finalement. Je vais peut-être te proposer un changement de programme...

Elle rit et il l'imita. Puis il reprit leurs tasses et dit :

- Vas-y, maintenant, il est bien.

Elle goûta du bout des lèvres, retrouva aisément le goût de la menthe et celui du thé noir.

- Ah... Je crois que j'ai trouvé... La pointe de Marin ? Un peu d'algues ?

- Exactement, dit Mickaël d'un ton admiratif.

- C'était facile.

- Tu trouves ?

- Oui, puisque j'avais déjà eu droit à un thé qui en contenait. Je l'ai reconnue aisément, malgré la menthe, expliqua Maureen.

- Tu l'aimes bien ? demanda Mickaël.

- Oui. Il est original, je trouve.

Le compliment toucha le jeune homme : il était vraiment heureux que Maureen apprécie ses mélanges, l'originalité de ses thés, mais aussi qu'elle aime en découvrir les différents éléments. Elle était encore loin d'avoir goûté à tous, et il espérait faire durer le jeu encore plusieurs semaines. C'était la première fois qu'il pouvait s'amuser ainsi, tout en faisant plaisir. Mummy aussi aimait bien ses mélanges, mais elle n'avait pas l'occasion de les goûter tous, d'en deviner toutes les compositions. Alors qu'avec Maureen, cela était possible. Il eut alors le sentiment d'avoir réalisé toute cette collection pour elle, ou presque. "Comme si tout ce que j'avais fait jusqu'à maintenant n'avait existé que pour converger vers elle, vers cet instant présent, vers tous ces instants présents, avec elle", songea-t-il. Puis il se dit qu'il était vraiment très amoureux pour avoir de telles pensées.

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