Surprise à la banque...

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9h00

 Tout était calme à la banque... 9h tapante, l'horloge de la ville retentit, faisant sourire Ariette. Sortant du fourgon blanc cassé, sa canne à la main et son sac au bras, elle s'approcha à pas lents de la porte principale. A peine fut-elle entrée que l'un des employés s'approcha d'elle, lui tendant le bras. Que Ariette accepta avec joie. Un sourire au visage, ils firent chemin vers la caisse principale. Le cœur de Ariette battait la chamade dans sa poitrine. L'excitation et la peur produisaient un cocktail détonnant dans son sang tandis que l'adrénaline la faisait respirer sourdement.

 Posant son sac sur le comptoir et glissant une main dedans, elle en sortit son portefeuille rebondi avant d’en faire jaillir son sésame doré. La carte bancaire atterrit dans la main du banquier qui la fit doucement pénétrer dans la machine.

9h10

 Tout était silencieux. Après tout, qui se souciait bien d’elle, elle semblait si inoffensive ! Ça rendait cette situation d’autant plus jouissive… Jetant un regard au fonctionnaire, Ariette s’assura qu’il était bien occupé. Et en effet, celui-ci fixait intensément l’écran face à lui. Se tournant vers elle pour dire une quelconque parole, son nez se retrouva face au canon d’un pistolet. Sa bouche s’ouvrit sous la surprise tandis que Ariette lui faisait son sourire si attendrissant.

« Par ici la monnaie je vous prie ! Et dans mon sac s’il-vous-plaît, vous pouvez comprendre qu’à mon âge, on prend soin de son dos ! »

 Le salarié ne put que hocher la tête, ses yeux ne quittant pas le Beretta qui le menaçait. Ariette claqua de la langue, lui signalant qu’elle attendait. Elle n’avais pas toute sa vie non plus !

9h20

 Ariette sortit de son pas tranquille de la banque, son sac sur l’épaule tandis qu’elle s’appuyait sur sa canne. Alors qu’elle montait dans la camionnette soigneusement préparée, l’alarme retentit. Un sourire étira son visage ridé alors que les premières sirènes retentissaient au loin. Ni une ni deux, elle appuya sur l’accélérateur, démarrant dans un nuage de poussière.

 Son cœur battait la chamade, ses mains tremblaient légèrement sur le volant. Un virage à gauche, un tournant à droite. Bien sûr, ne pas oublier le clignotant ! Les voitures de police suivaient la fourgonnette parmi les rues de la ville. La poursuite du siècle !

 Euphorique. Elle était tout bonnement euphorique. Les sentiments étaient bien sûr partagés, mais l’exaltation, la fièvre qui s’emparait de son être faisait palpiter son esprit. Toute l’inquiétude, la peur du début c’était envolée.

 Et enfin, face à elle, son refuge. Dans un crissement de pneus, Ariette arrêta le moteur et sauta du véhicule, attrapant le sac gorgé de billet. Puis, elle prit le chemin de gravier qui la menait à son havre de paix. Sur son passage, les mains se levaient et les salutations fusaient. Pénétrant dans l’immeuble aux deux étages, elle s’engouffra dans les couloirs avant d’entrer dans la salle de repos.

 Ils étaient là, assis à l’attendre bien sagement. Les dentiers claquaient alors qu’ils s’entretenaient avec entrain. Elle l’avait fait ! Ils en parlaient à la télé ! Les applaudissements de ses colocataires lui emplirent le cœur d’allégresse alors qu’elle se laissait lourdement tomber dans le canapé miteux. Le sac s’écrasa mollement au sol, les feuilles multicolores s’en échappant doucement.

9h35

 Les hommes en uniformes pénétrèrent dans le bâtiments tandis que les infirmières tentaient, vainement, de les retenir.

« Ne brusquez pas les patients voyons ! s’écria l’une d’elles. »

 Un haussement d’épaule lui répondit alors que dans un claquement sourd la porte s’ouvrait sur Ariette et ses amis, regardant « questions pour un lampion » sur le petit écran carré.

 Plusieurs des policiers la saisirent, refermant les menottes sur ses poignets avant que le commissaire n’entre.

« Sérieusement, Madame Filoute… A votre âge...

 — Ce n’est pas mes 89 ans qui vont m’arrêter ! s’exclama-t-elle sous les sifflements admiratifs des quelques octogénaires présents.

 — Peut-être, mais pourquoi avoir fait ça ! Il y a ce qu’il vous faut ici…

 — Par ennui. Et puis, les vieux ont toujours plus d’un tour dans leurs sacs à main, vous l’avez constaté ! Et puis, comme dit le proverbe, ce n’est pas à un vieux linge que l’on apprend à faire la limace ! »

 Un soupir franchit les lèvres du commissaire qui s’empara du sac bien rempli, lui enlevant les menottes. Apparemment, elle n’avait même plus toute sa tête, elle ne connaissait plus ses proverbes…

 Lentement mais sûrement, la salle se vida de tous ses occupants armés tandis que seuls restaient les petits vieux qui se félicitaient en discutant joyeusement.

 Puis, Ariette se rassit dans le canapé, lançant à la cantonade.

« Bon, on se fait le musée demain ? »

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