Une évasion en velours

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Lentement et silencieusement, les trois frères se glissèrent dans les couloirs sombres du pénitencier.
Arrivés devant la porte du bureau, le plus grand interrogea, d'une voix élevée.

« Eh mais le directeur il dort pas la nuit ?

— La ferme Averell ! Grincèrent les deux autres alors qu'ils faisaient jouer l'aiguille dans la serrure. »

Un claquement sec résonna dans le silence tandis que la porte s'ouvrait dans un léger grincement. Jack et William entrèrent, suivit d'un Averell dans la lune, comme à son habitude.
Au fond du bureau, la petite porte en bois qui menait à la fameuse chambre était close. Alors que Jack sortait de nouveau l'aiguille, Averell se prit les pieds dans le tapis.
Dans un grand fracas, il s'écroula sur le bureau, renversant les quelques papiers disposés dessus, avant que sa main ne heurte enfin le bocal à poisson. Ce dernier se balança quelques instants avant de se renverser. Le liquide transparent se déversa alors au sol tandis que les pauvres bêtes, emportées par le courant, se mirent à convulser dans de petits sauts. Et parmi elles, s'échappant d'un petit coffre en bois, une clé luisait dans la pâle lueur de la lune qui filtrait par la fenêtre. Tandis que le grand benêt tentait de se redresser, une formidable bosse ornant son crâne, les deux autres regardaient silencieusement la clé.
C'était impossible, Averell avait trouvé le sésame !

« J'y crois pas ! s'écria Jack alors qu'il se saisissait du passe-partout avant de faire signe à William et Averell de le suivre. »

Les trois comparses retournèrent dans leur cellule, après avoir bien prit la peine de ranger le bazar et de refermer la porte. En entrant, ils découvrirent Joe, dans la même position qu'ils l'avaient laissé : recroquevillé dans un coin de la petite pièce sombre, le visage dissimulé par le morceau de couverture rapiécé. Jack s'approcha doucement, posant sa main sur l'épaule secouée de soubresauts.

« Eh Joe... On a- »

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que le plus petit des quatre bandits rejetait sa main d'un geste sec.

« Laisse moi ! J'suis nul ! J'vaut rien ! Beugla Joe en pleurant de plus belle. »

Jack et William poussèrent un léger soupir tandis que Averell jouait avec la clé, dans un coin.

« Mais non t'es pas nul ! T'es juste pas doué ! Ajouta le plus grand, faisant se crisper les deux frères du milieu. »

Joe releva un visage baigné de larmes, sa couette chutant au sol dans un froissement alors qu'il explosait en pleurs. William secoua la tête, Jack s'agenouillant près du plus grognon pour lui taper dans le dos.

« Aller, pleure plus... On va s'évader ! »

Ce fut le déclic. Joe sauta sur ses pieds, toutes traces de tristesse disparut alors qu'il se mettait à tourner en rond comme lion en cage.

« Mh, on peut creuser un tunnel avec les cuillères qu'on a récupérées... Ou passer par les remparts ! Peut-être scier les barreaux avec la lime de 'Ma ! »

Averell se releva en souriant bêtement, jouant avec la clé.

« Mais non Joe, on a l- ! »

Mais ce dernier ne lui laissa pas le temps d'achever qu'il hurlait sauvagement, le visage rouge et les moustaches hérissées.

« La ferme Averell ! »

Croisant les bras sur son torse en gonflant les joues, le plus bête des quatre se plongea dans un profond mutisme, allant au fond de la cellule en boudant clairement ses frères.

Le plan fut alors décidé entre Joe, Jack et William. Ils profiteraient du relais des gardiens, à 9 heures moins le quart. Puis, ils grimperaient aux remparts et se laisseraient glisser le long des murs, à l'aide de leurs draps. Averell refusa de participer à l'élaboration du plan, et ce fut mieux ainsi avait répliqué Joe.

8h45, les gardes descendirent par les escalier, longeant les murs gris. Ils ne virent pas les ombres qui se faufilèrent discrètement dans leur dos. La relève n'arriverait que dans 10 minutes, ils avaient le temps. Dans un chuchotement, Averell, toujours boudeur, marmonna.

« Moi je continu à dire que c'est bête de passer par là quand on a-

— La ferme Averell ! Sifflèrent ses frangins en suivant Joe. »

Les draps dépliés, Joe se laissa glisser en riant. Ils l'avaient fait, eux les Dalton étaient libres !

Cependant, c'était sans compter les gardiens qui revenaient et Averell qui hurla presque, d'une voix implorante.

« Joe j'ai le vertige !! »

Celui-ci se frappa le front. La stupidité de Averell était presque aussi grande que lui. Les geôliers se précipitèrent vers le haut des fortifications, saisissant les trois frérots encore dans la prison tandis qu'une troupe sortait récupérer Joe. Bien qu'il essaya de les fuir, il fut rapidement appréhendé et renvoyé dans sa geôle.

Hors de lui, le petit moustachu se jeta sur la grand asperge, lui lançant des paroles venimeuses tandis qu'il lui assenait quelques coups bien placés. C'est alors que Averell brandit la clé face à lui en tremblant, se protégeant le visage de son autre bras.

« Mais Joe on à la clé !

— La clé ! C'est vrai ! s'écrièrent Jack et William à l'unisson tandis que Joe les regardaient, déconfit.

— Averell... Pourquoi tu l'as pas dit plus tôt !!! hurla de nouveau le plus petit et le plus méchant des Dalton avant de se jeter au cou de son frère, le tabassant sans vergogne. »

Ce fut dans un couinement de douleur que Averell répondit, essayant d'échapper à la fureur, bien que petite, de Joe.

« Mais Joe, tu m'as pas laissé parler !

— La ferme Averell ! »

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