Plan d’action

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El Sereno Avenue, Pasadena & Main Street North, Los Angeles

J’ai passé la nuit chez Lucy. Nous n’avons pas bien dormi, la tête pleine de scènes d’action. Aucun de nous deux n’était d’humeur câline. Nous nous sommes levés de bonne heure, c’est-à-dire très tôt pour un musicien. Ce n’est qu’après le premier café que nous avons commencé à discuter. Après l’euphorie de la décision, venait le temps du doute. Peut-être nous étions nous emballés, les choses ne pouvaient pas se passer aussi simplement. Leonardo n’allait pas jouer le jeu, il était trop tordu pour ça. En fin de matinée, c’est un coup de fil de Mary qui nous a remis dans la bonne direction.

« Je vous ai trouvé un Taser, du sérieux. Il faudrait peut-être que je vous explique comment ça marche. »

Nous nous retrouvons dans le bureau des détectives un peu avant le déjeuner. Saka nous montre l’engin. C’est autrement plus conséquent que le gadget de Lucy qui ressemble à lampe-torche. Le modèle X26 ressemble à un pistolet jaune. Il y a une crosse et une détente.

« Pas question de l’essayer, précise Mary, aucun d’entre nous n’a envie de se prendre une décharge. Je vais vous montrer quelques vidéos. »

Nous regardons sur l’écran un film de démonstration. L’arme s’utilise comme un pistolet, mais au départ du coup, un double fil se déroule derrière deux aiguilles.

« Il faut l’utiliser à courte distance, précise Mary, et vous n’avez qu’un coup. Après, il faut changer la cartouche, n’y pensez même pas. »

Je prends l’objet en main. Je repère le cran de sureté. Mary me précise que je dois garder le doigt sur la détente pendant quelques secondes, pour une efficacité maximale. Je lui rends le joujou, elle le tend à Lucy qui le soupèse. Elle est étonnée de son poids, presqu’un kilo.

« Passons en revue le côté opération, maintenant. Giordano va sans doute vouloir jouer sur son terrain. Ne rentrez pas dans son jeu. Il faut avoir une contre-proposition qui sera acceptable pour lui. Quelque chose de suffisamment neutre. »

Nous passons en revue différentes options et nous tombons d’accord pour un parking au bord d’une plage. La transaction se fera sans doute de nuit, un emplacement normalement vide à cette heure. Nous regardons une carte de la côte. Sycamore Cove, à l’ouest de Malibu retient notre attention. L’endroit est assez éloigné de l’agglomération et le parking est grand. Lucy justifiera sa présence par le fait que je ne conduis pas, ce qui n’est qu’un demi mensonge. Il ne verra sans doute pas de piège dans la présence d’une femme. Il nous faudra un sac, censé contenir l’argent. Je sais à peu près ce que représentent trente mille dollars. C’est ce que j’ai gagné. Là, ce sera presque deux fois plus. Je fais le calcul, vingt cinq liasses de billets de 100 ou cinquante liasses de billets de 50. Ça tient dans un petit sac à dos. J’esquisse mentalement la séquence. Giordano veut voir l’argent. J’ouvre le sac et je sors le Taser. Je le braque et je tire. Il faut qu’il soit près de moi. Il ne faut pas qu’il soit armé. C’est risqué. Je teste un autre scénario. J’ouvre le sac et je lui tends. Il ne peut pas attraper le sac et se servir de son arme en même temps. C’est Lucy qui a le Taser et qui tire. Là encore, il faut qu’elle soit proche, mais pas à côté de moi, plutôt un peu derrière lui. Je renonce à aller plus loin, de toute façon, il faudra improviser.

« Dès que la décharge aura fait son effet, il va s’écrouler et rester tétanisé quelques secondes. C’est à ce moment qu’il faudra l’immobiliser. Le plus simple est d’utiliser des colliers en plastique. Un autour de chaque poignet en les croisant. De toute façon, ce n’est pas pour longtemps. Dès qu’il est au sol, l’un de vous deux nous appelle. On ne sera pas loin. Si vous devez toucher un objet ou sa voiture, pensez à mettre des gants de latex !

— Et après ? demande Lucy.

— Pour vous, c’est terminé. On s’occupera de la phase finale avec Nash. Il est en train de repérer l’endroit favorable sur la route qui mène chez lui.

— Tu es sûre que tout va se dérouler comme prévu ? demandé-je.

— Absolument pas, il y a plein de choses qui peuvent merder.

— Alors je voudrais un vrai flingue en plus. Je le laisserai dans la voiture, mais ce sera mon plan B.

— Tu sauras t’en servir ?

— À dix mètres, je devrais pouvoir le toucher quand même !

— J’ai un Beretta dans le coffre, mais il est déclaré, pas question de le laisser trainer en route et il faudra essayer de ramasser les douilles.

— J’espère bien ne pas avoir à m’en servir !

— Je le prendrai avec moi ce soir, je te le donnerai au dernier moment. »

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