Sur une ile

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Catalina Island, Californie

Nash m’a appelé ce matin pour m’annoncer la bonne nouvelle. Chance va récupérer sa came et Leonardo va me laisser tranquille. Je suis sur le balcon de mon appartement à Santa Monica. Je regarde l’océan. J’ai une envie d’évasion. J’appelle Lucy et je lui propose une escapade à Santa Catalina. Je ne me suis rendu qu’une fois sur cette ile, pourtant si proche. J’étais encore étudiant à l’époque et Mary était du voyage. Nous avions passé un week-end à boire de la bière sur la plage et à fumer des joints. Aujourd’hui, j’ai les moyens de me payer un hôtel haut de gamme. Je repère un établissement qui à l’air sympa sur les hauteurs, mais je me dis qu’il vaudrait sans doute mieux rester près du port puisque nous n’aurons pas de voiture. J’opte finalement pour un hôtel sur Crescent Avenue, sur le front de mer. Lucy ne sera libre qu’en fin de journée. C’est un peu égoïste, mais je n’ai pas envie d’attendre. Je lui propose de me rejoindre pour le diner. Je prépare un petit bagage et je commande un Uber pour me conduire au terminal des ferries, à Long Beach. La coïncidence est troublante, c’est finalement sur Long Beach Harbour que cette aventure a commencé, enfin c’est de là que c’est parti, de Chance et de son patron irascible.


Le catamaran prend de la vitesse, le vent fouette mon visage, je me sens bien. Nous filons plein sud. Les contours de l’ile deviennent plus nets et je commence à distinguer les constructions sur les collines, autour d’Avalon. Une heure plus tard, je suis à la réception. L’employée m’accueille avec un grand sourire et me remet la clé de la chambre.

« J’espère que vous serez satisfait, Monsieur, c’est une de nos meilleures chambres, vous avez une vue directe sur le front de mer. Vous venez de loin ?

— Santa Monica.

— C’est votre premier séjour ici ?

— Je suis déjà venu, mais il y a longtemps.

— J’espère que vous allez vous plaire chez nous. Vous êtes seul ?

— Non, mon amie arrivera en fin d’après-midi.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à demander, je m’appelle Amy. Je peux vous réserver un tour de l’ile guidé ou vous recommander un restaurant pour ce soir. Je vous conseille de réserver, il y a déjà pas mal de monde sur l’ile pour le week-end.

— Je vous remercie, Amy, je vais commencer par aller marcher un peu. »

Je monte dans la chambre. Elle est spacieuse, un lit king size et un coin salon. Une grande baie vitrée donne sur une terrasse d’où l’on domine la mer. Au-delà des palmiers, des dizaines de bateau sont au mouillage. Sur la gauche, la silhouette caractéristique du casino ferme la baie. Tout respire le calme. La température commence à monter, je me change avant de sortir. Un pantalon de toile, une chemise légère et une paire de sneakers.

Je décide de grimper jusqu’au jardin botanique. L’ile toute entière est un vaste parc protégé, mais là, je pénètre dans une véritable réserve de plantes du désert. De nombreuses variétés d’agaves et de cactus, heureusement bien répertoriées, s’offrent au regard des visiteurs. Amy a raison, les visiteurs sont déjà là. En descendant, je croise un grand nombre de piétons et de navettes. De retour en ville, je me dirige vers la jetée et son petit Fish Market. Je commande des crevettes frites et une bière avant d’aller m’asseoir à une table. Pour la première fois depuis que j’ai vu ces deux types au Club, je me sens complètement détendu.


Je laisse filer l’après-midi, je m’installe sur la terrasse pour lire, elle est agréablement ombragée. Bien sûr, je finis par m’endormir. C’est le bruit du livre qui tombe de mes mains qui me tire de la somnolence. Je regarde ma montre. Déjà quatre heures, le ferry de Lucy arrive dans une heure. J’ai le temps de prendre une douche et d’aller tranquillement jusqu’au terminal des Catalina Express. Au-delà de la pointe, une petite crique rocheuse. C’est Lover’s Cove. Un signe prémonitoire ? Je me sens plus attaché à Lucy depuis quelques semaines. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elle.

Depuis un petit promontoire, je regarde le gros navire approcher. Quand il franchit la pointe et commence à manœuvrer, je me rapproche de l’embarcadère. Je repère la chevelure de Lucy sur le pont supérieur. Elle me fait un signe de la main. Le temps qu’elle descende, la plupart des passagers sont déjà passés devant moi. Je prends son sac de voyage et nous partons le long de la plage. Elle porte une robe longue et légère que le vent fait doucement voleter autour d’elle. Je vois quelques têtes tourner pour nous suivre des yeux. J’en ressens une certaine fierté. Pourtant, ce n’est pas ma femme. Ce n’est la femme de personne. J’aimerais tout de même qu’elle soit un peu plus à moi. Quand nous pénétrons dans le lobby, Amy est toujours à son poste. Elle nous regarde entrer. Je me dirige vers elle, Lucy sur mes talons.

« Je crois que je vais suivre votre conseil. Pourriez-vous faire une réservation pour nous ?

— Avec plaisir Monsieur Bentwood. Qu’aimeriez-vous manger ? Nous avons d’excellents poissons sur Catalina. »

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