Une rentrée sans saveur - Capucine / Lucas

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A) Une enquête, pas comme les autres - Capucine

Le drame s’était produit, il y a de cela plusieurs jours, la presse locale en avait même fait sa une avec un titre tapageur et fort trompeur : “Bal tragique à Saint-Jacques entre un maître pigeon et une douce colombe”.

Toutes les nuits, seule dans mon lit, d’infâmes terreurs nocturnes me rendaient visite dans le but de m’infliger de sinistres insomnies, le vacarme m’offrait que peu de répit, me précipitant inexorablement vers une crise des nerfs des plus tragiques. Dans quel état serais-je au moment de la rentrée ? Elle a lieu la semaine prochaine, et je suis bien incapable de sortir du lit sans tomber par terre. Que faire, si je dois me présenter devant les regards d’une plèbe qui ne voit que ce qui l'arrange ? Une partie de moi voulait rester clouée au lit, prétextant une bonne grippe, tout ça, pour ne pas affronter ce monde extérieur qui m'effrayait tant !

Quand on y pense, perdre quelqu’un de proche est si vite arrivé, un jour on sourit avec lui et le lendemain, il disparaît sans laisser de traces. Il nous reste juste en mémoire, la nostalgie des bons moments d’antan, qu’on se remémore devant un feu de cheminée lors des longues journées d’hiver.

Le parquet de Paris venait de m’informer de l’ouverture d’une enquête, qui à entendre le voisinage, allait faire grand bruit. Chacun y allait de sa théorie, il faut dire que les ragots préparés dans le délicieux ragoût de Madame Gaillarde, ne laissaient personne indifférent. Les mensonges aux jasmins offraient à ses clients, adeptes de scandales, un goût de reviens-y. En tout cas, la vérité préfabriquée permet une propension à posséder un savoir, qui n’est valable que dans le cocon de sa propre ignorance. Il n'allait pas être chose aisée de démêler le vrai du faux, pour l’inspecteur Roche.

Les indices menaient vers la piste d’une fuite précipitée, comme s’il cherchait à fuir quelqu’un ou quelque chose ? Se sentait-il menacé ? Plus grave encore, a-t-il été enlevé par des ravisseurs ? Mais enfin bon, pourquoi l’aurait-il enlevé ? Il n’était pas du genre à traîner tard le soir avec des fréquentations douteuses, quand même !

Il avait l’esprit ailleurs ses derniers jours, on aurait dit qu’un événement l’avait plongé dans l’angoisse la plus absolue. Peut-être à cause d’un secret, qu’il avait essayé tant bien que mal de cacher, mais qui s’est retrouvé découvert au grand jour. Et puis, il y avait cette funeste dispute entre nous, il avait cultivé une haine implacable envers Paolo, d’une manière incompréhensible, alors que celui-ci a toujours été bon avec lui

Il lui avait même trouvé des circonstances atténuantes, argumentant en sa faveur, pour lui, il voulait me protéger des autres hommes, connaissant peut-être aussi, leurs vices cachés. C’était dans leur nature, disait-il. Puis, il eut ses derniers mots à mon égard, avant de s’en aller : “Si le destin le veut, nos chemins se croiseront de nouveau”

Malheureusement pour moi, le brigadier-chef voulait boucler tout, vite fait, bien fait. La populace n’aime guère attendre les bras croisés alors que le coupable rôde dans les rues de la ville. Elle veut le voir derrière les barreaux, loin des yeux loin du coeur ! Et ça, notre homme à l’allure bedonnante et à la moustache frétillante l’avait bien compris. Il n’était pas venu ici pour pavoiser, mais pour me coffrer dans un coffret cadeau emballé minutieusement par ses soins.

Il s’écria d’une voix rauque

  • Mademoiselle, je vais vous dire comment ça s’est passé… Au début, vous l’avez amadoué avec votre joli minois. Ô dame nature vous a bien gâté là ! Le voyage... une bonne idée pour attirer quelqu’un dans un guet-apens, vous ne trouvez pas ? Quel homme refuserait de voyager dans de lointaines contrées avec une telle beauté ! Et puis, perdu en terre inconnue, vous êtes sauvé par un bon samaritain, quelle chance me direz-vous ? Puis, vous sembliez bien le connaître, je me trompe ? Cependant, vous avez été surpris la main dans le sac par votre victime, et vous avez décidé de l’abattre froidement d’une balle dans le dos pour sauver votre peau. J’ai raison, n’est-ce pas ? Dites-moi, que j’ai raison !

J’étais tétanisée par cette accusation sans fondement, mais la fatigue me fit douter de mes souvenirs… peut-être que j’avais volontairement effacé les preuves de mon crime ? Une partie de moi était prête à capituler en signant des aveux de ma main… Quand l’inspecteur Roche débarqua dans la salle d'interrogatoire :

  • Que faites-vous des caméras de l’aéroport ? Sans oublier la concierge qui l’a vu rentrer dans son appartement.
  • Pourquoi osez-vous jouer les troubles-faits ? Elle était à deux doigts de me signer des aveux, petit avorton !
  • Pour la vérité, rien que la vérité. C’est quand même notre job, si vous vous en souvenez.

Pris au dépourvu par l’argumentaire de Roche, il n’avait pas d’autres choix que de me libérer. Des suspicions, ça n'amène pas loin devant un tribunal.

Libre, mais seule comme jamais ! Je me sentais l’âme d’une pestiférée, condamnée à errer sans but dans le hall d’une université de l’Ouest parisien. Peut-être que par un grand des hasards, je trouverais un moyen de me libérer de la solitude qui me hante tant !

B) Le Meilleur des mondes - Lucas

Une onde acoustique sortie de nulle part retentissait dans le vide intersidéral, qui m’avait retenu prisonnier : “Eh oh la demi-portion ! Réveille-toi, toi qui dors ! Ici, c’est mon territoire, et personne n’a le droit de le squatter, tu m’entends, personne !”.

Sa force de frappe eut un tel impact qu'elle me téléporta des limbes vers l’enfer sur terre.

Il avait vraiment une drôle de tête, cet enfer ! Je me trouvais au beau milieu d’une rame de métro, dégageant de part et d’autre, des relents de pisse. On peut dire que ce lieu est vraiment atypique, certains osent même l’appeler la “ville des lumières”, les publicitaires n’ont vraiment plus de scrupule à afficher leurs publicités mensongères.

Malgré ça, Il y a toujours des gens qui vont jusqu'à vendre leur pauvre mère pour aller dans ce paradis terrestre, mais quand ils s’aperçoivent du poteau rose, il est déjà trop tard. Et ce mendiant qui venait de me réveiller, était-il un de mes geôliers ? Son apparence dévêtue aux odeurs agrémentées de vomi pouvait tromper le premier venu… On se dit que ce n’est qu’un pauvre gars, n’ayant pas eu de chance dans sa misérable existence ! Cependant, j’ai du flair, comme dirait l’autre ! Pour moi, derrière ce masque se cache un véritable démon, ayant pour mission de me torturer psychologiquement, jusqu’à ce que mes fautes soient expiées.

Il y avait de drôles de personnages, des vieux pervers se frottant à la cuisse de jeunes femmes, trop dévergondées à leur goût pour jouer les prudes, et ceux mêmes à la vue de tous. Les regards se détournaient, pour ne pas subir le courroux des oppresseurs. On n’aime pas le conflit, donc on fuit ! Il est loin l’état d’esprit du preux chevalier sauvant sa dame au prix de sa vie !

Même les anciens ne sont plus respectés ! L’autre coup, un jeune loubard de la cité d'à côté vola une petite grand-mère, la pauvre elle avait déjà bien dû mal à marcher, mais elle décida quand même de ne pas se laisser faire comme les autres victimes. Malheureusement, elle ne reçut que des coups de lattes dans la figure comme unique récompense, ainsi qu’une remarque déplacée : "Ça va l'apprendre à avoir de la dignité, à celle-là” ! Quel monde de brute, sans foi ni loi !

Il fallait que je regagne la terre ferme et je sorte de ce maudit souterrain où rôdent la vermine et les dépravés en tout genre… enfin, c'était ce que je croyais !

Quelle fût ma surprise quand j'aperçus les poubelles jonchées les unes aux autres devant un spectacle des plus consternant, les rats venaient de prendre domicile dans les rues de la ville, pour le plus grand plaisir des fins gourmets qu’étaient les chats, jugeant ce mets, ma foi, bien ragoûtant !

Que dire de cette foule de morts-vivants errants à la recherche d’une délivrance tant attendue, mais jamais parvenue ! Chacun avait sa drogue fétiche, les aficionados du “shopping” avaient la consommation effrénée jusqu’à devenir fauché, les disciples de narcisse se mettaient sous les feux des projecteurs pour s'entendre dire qu'ils sont les plus beaux ou que leur noblesse d’âme est inestimable.

Pour les autres, les défoncés de la street, ne pouvant s’offrir aucune de ces deux-là, il ne restait que la drogue dure, le crack, l'héroïne. Prendre de ces merdes permet d’oublier temporairement sa misérable existence, même si après, la gueule de bois nous conduit dans une situation encore plus pire que celle qu’on essayait en vain de fuir, un véritable cercle vicieux !

Je cherchais éperdument des survivants sans toutes ses tares, immunisés du mal de notre société, mais forcés de constater que je n’en ai vu aucun. Peut-être avaient-ils pris le maquis pour préparer la résistance ou bien qu’ils sont devenus d’authentiques caméléons, capables de se dissimuler dans un monde qu’il leur est hostile à plus d’un titre.

À quoi bon rester dans une société où la vie est devenue une illusion ? Le corps bouge, mais l’esprit est ballotté entre deux vents contraires, la recherche d’un système pour déchiffrer un monde indéchiffrable et l’attachement aux sentiments éphémères. Pendant ce temps, il oublie d’essayer de se comprendre lui-même. Pourquoi venons-nous sur cette terre ? A-t-on un rôle à jouer dans l’équilibre de l’univers ? Ou peut-être que tout est dû au hasard ?
Tant de questions restent en suspens, peut-être, aurons-nous un jour la réponse à ces dernières.

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