L'ange de la mort

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Tout est silencieux.

Devant moi, les fumées de mes compagnons ont disparues depuis longtemps déjà. Je ne sais plus vraiment où je suis. Le soleil est haut ; pourtant, je frissonne. Je sens si peu de vie autour de moi.

L'eau de ma gourde se fait rare. Je regarde autour de moi ; personne. Qui voudrait venir dans un lieu si infernal ? La chaleur m'écrase, la lumière m'aveugle. Je continue à marcher sans vraiment savoir pourquoi.

Je n'ai pas perdu espoir. Et pourtant, rien ne peut me sauver, maintenant. Je le sais, je le sens. Mais je continue ma route tout de même.

Ils ne viendront pas. Simple constat ; cruelle dague. Ils ne se retourneront pas à temps pour voir ma silhouette disparaitre, ou même pour regarder le vent effacer mes traces. Peut-être même ne se retourneront-ils jamais. Je suis seule, condamnée.

Je le sens. Il me guette, là, tapi. Juste derrière cette dune, ou bien un peu plus loin, à son sommet, je le verrai. Et alors, face à face, yeux dans les yeux, il me prendra pour m'enlacer. Il ne faut pas qu'il me touche ; pas même qu'il me voit. Je fais demi-tour. Mais je le sens toujours, tout là haut, à me veiller : un ange de la mort prêt à m'emporter.

Non ! Lui dis-je. Je suis vivante, encore. Je respire, regarde : je respire ! Mais plus pour longtemps, il me répond. Mais plus pour longtemps.

Le soleil avance dans le ciel avec réticence, peinant à lâcher prise. La nuit arrive, pourtant. Il faudra bien qu'il se laisse aller.

Lâcher prise. Oui, comme le soleil. Quand la nuit sera là, j'abandonnerai. Pas avant. Je continue.

Je n'ai plus de repères. Les dunes se ressemblent toutes, et alors que j'arrache au sable chaque pas, je me rend compte de l'immobilité du paysage. Seule moi, avec ma petite tête d'humaine, mes grimaces stupides, mes soupirs, avec mon obstination animale, avance. Ou recule. Je suis si perdue que se serait la même chose.

Le soleil décline, doucement, inéluctablement. J'ai peur ; peur de la nuit qui vient pour me prendre par la main et me dire : c'est fini, maintenant. Tu peux t'asseoir, là, dans le sable, pour frissonner et mourir.

Le temps passe. Le paysage se brouille, se floute, comme pour disparaitre. Je ne vois plus vraiment de dunes, mais je sais que, qu'importe l'endroit où je regarde, il s'en étend à l'infini. Il n'y a plus de sortie au labyrinthe, pas pour moi. Mon destin est écrit, à l'encre noire, là, dans mes veines. Tu dois marcher, puis t'asseoir, et mourir. Toutes les personnes le sont, un jour : mortes. Où plutôt elles ne le sont pas. Elles ne sont plus rien, pour personne, sinon un souvenir voué à disparaitre. Et qui pourrait se souvenir de moi ?

La voilà. La nuit. Ma Nuit. Il fait sombre maintenant. J'ai soif. J'ai faim. Mais je refuse de m'arrêter, le soleil se voit encore au loin.

Et puis il disparait. Est-il mort pour toujours, ou seulement caché ? Je ne le saurai jamais, sûrement, mais j'espère tout de même qu'il reviendra, si ce n'est pour moi, alors pour d'autres. Peut-être que je si continue à marcher, je le retrouverais, tout là-bas, à l'horizon. Après tout, la lune ne s'est pas encore montrée.

Je ne tient plus sur mes pieds. Ma tête me lance, et je tremble. Je croise mes bras contre le froid, mais rien n'y fait. Si je n'étais pas seule, je pourrais me réchauffer. Je pourrais chanter pour chasser le silence, parler, ou rire si j'osais ! Mais il n'y a que moi, et l'ange qui veille. Qui sait où il va m'emmener...

La lune est là. Froide. Claire. Je m'arrête, et m'assois.

Ma vision s'éclaircit. Je me tient au pied d'une petite colline. Il ne me semble n'avoir qu'elle entre la Lune et moi, comme si, en arrivant à son sommet, je pourrais toucher les étoiles. Dans un dernier effort, je me relève et la gravit.

Un pied devant l'autre. L'autre pied devant l'un. Encore et encore, à l'infini, sans s'arrêter.

Mais je m'écroule.

Le sable me borde d'une douce couverture, me soutient d'un oreiller bienvenu. Je souris à la lune, regarde une dernière fois le désert. Avais-je pris le temps de remarquer à quel point il est beau ? D'une grandeur majestueuse, d'une force mystique, non pas froid mais presque indifférent. C'est une belle image à emporter avec soit.

Je ferme les yeux. J'écoute le vent qui souffle au loin, calme et résignée.

Je sens un souffle sur ma nuque. On me soulève. L'ange est venu après tout.

Demain sera un jour nouveau.

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