Chapitre 13

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Matthew

Je suis tiré du sommeil par le bruit désagréable de mon portable qui vibre sur ma table de nuit. J’ai bu, beaucoup trop bu et ça ne m’arrive quasiment jamais. La barre qui traverse mon front n’est pas habituelle pour moi et il me faut un moment pour émerger et comprendre ce qui m’arrive. Je suis dans mon lit, première bonne nouvelle. J’ouvre les yeux et découvre la première mauvaise nouvelle de la journée : mes rideaux ne sont pas tirés, ce qui n’aide pas mon mal de crâne car la lumière est vive à l’extérieur. Je me retourne dans mon lit en fermant les yeux et inspire profondément pour me réveiller. Cependant, une odeur inconnue me fait penser qu’une seconde mauvaise nouvelle peut très bien se présenter à moi. Je n’ose pas ouvrir les yeux, mais je glisse une main sous la couette et tâtonne mon corps. Putain, je suis à poil. J’entrouvre un œil et ma tête se met à tourner. Une quasi inconnue est dans mon lit. Merde et re-merde, non pas ça ! Je me lève en trombe, glisse sur une bouteille de bière vide et m’étale en jurant, alors que la belle au bois dormant se tourne dans mon lit. J’attrape mon téléphone qui s’est remis à vibrer et jure de plus belle en voyant la photo de Léa apparaître sur l’écran. Je me relève, attrape mes fringues éparpillées au sol et m’habille tout en quittant la chambre. Paul est installé dans le canapé quand je descends les escaliers.

- Je ne t’ai pas entendu rentrer, dit-il sans me regarder.

- Je ne me souviens pas être rentré, soupiré-je.

- Matt tu fais n’importe quoi là.

- Tu crois que je ne le sais pas ?!

- C’est qui cette nana ? T’as couché avec elle ? Tu as trompé Léa ?

- Putain, je n’en sais rien !

C’est la vérité. Je n’ai aucun souvenir de cette nuit. J’étais au Brin avec Paul et cette blonde, Lydie, m’a accosté. On a discuté, bu un peu. Je crois que je me suis épanché sur son épaule, manquant totalement de virilité. Je lui ai raconté mon histoire avec Léa, en mode totalement pathétique. Alors pourquoi est-elle dans mon lit ? Je suis incapable de tromper Léana, mais ivre mort, qu’en est-il ? Moi qui ne bois jamais plus que de raison car je ne supporte pas de ne pas me maîtriser et, soyons honnête, je déteste l’idée de ressembler à ma mère, comment puis-je savoir de quoi je suis capable une fois ivre ?

- Je vais prendre une douche, j’en ai bien besoin, bougonné-je en me dirigeant vers la salle de bain.

- Prends un café au passage et des cachets, ça ne te fera pas de mal, tu as une sale tête.

- Je ne vais pas surcharger mon foie avec des médocs, je crois qu’il a déjà suffisamment de boulot comme ça.

- Comme tu voudras. Bon sang, tu es encore pire que Léa au réveil quand tu as bu, rit Paul dans mon dos.

Je lui adresse mon majeur par-dessus ma tête et me sers un café avant de rejoindre la salle de bain. Je passe un temps fou sous la douche en priant pour que la blonde près de qui je me suis réveillé soit partie. Non pas qu’elle ait été désagréable avec moi hier soir, loin de là. Mais je crois que je ne supporterais pas qu’elle cherche une certaine proximité entre nous, ce qui induirait que nous avons vraiment couché ensemble. Je ne peux pas avoir couché avec elle. Je ne pourrais jamais plus me regarder dans un miroir si c’était le cas.

Lorsque je sors de la salle de bain, en jeans et torse nu, ma seconde bonne nouvelle et troisième mauvaise est debout, dans le salon. Léana se tourne vers moi, dans un slim noir et une petit pull blanc moulant. Ses cheveux sont lâchés sur ses épaules, son sourire est rayonnant malgré la fatigue de son vol. Ma tête ne réfléchit plus, je me dirige vers elle a grands pas et la prends dans mes bras, niche mon nez dans son cou et respire son odeur. Léa reste crispée contre moi quelques secondes avant de répondre à mon étreinte, glissant ses bras dans le bas de mon dos et me serrant contre elle a son tour.

- Putain, soupiré-je. Ce que tu m’as manqué.

- Tu m’as manqué toi aussi.

Je finis par la relâcher, non sans regrets. Je replace une mèche de cheveux derrière son oreille et caresse sa joue en lui souriant. Léa recule de deux pas et baisse les yeux, avant de me tourner le dos pour aller récupérer sa valise dans l’entrée, puis rejoindre sa chambre sans un mot ou un regard. Je fronce les sourcils et me passe la main dans les cheveux.

- Elle a vu les chaussures de ta nana de la nuit dans l’entrée.

Bingo. Ne manquait plus que ça. Sauf que… Je suis à deux doigts de la jubilation quand je comprends que Léana est jalouse. Un sourire naît sur mes lèvres. Juste quelques instants d’un plaisir intense, quand je réalise qu’elle éprouve à nouveau des sentiments pour moi. Et puis la culpabilité me reprend quand j’entends la blonde sortir de ma chambre et descendre les marches.

- Matt ?

- Je suis en bas, bougonné-je.

- Salut beau gosse, sourit-elle en enfilant sa robe, nullement gênée de se présenter en sous-vêtements devant nous. Salut Paul.

- Salut Lydie. Alors cette nuit ?

Lydie rit en récupérant ses chaussures, qu’elle enfile en s’appuyant contre le meuble de l’entrée, se penchant légèrement et nous offrant quasiment la vue de son derrière. Mon dieu… Les femmes peuvent s’habiller comme elles veulent après tout mais je préfère mille fois les tenues de Léa, plus sages mais tellement plus excitantes pour moi. D’ailleurs, cette dernière sort de sa chambre et se fige en apercevant mon possible coup d’un soir. Elle se détourne et rejoint le coin cuisine sans nous accorder un regard, met la cafetière à chauffer et fait sa vie dans la cuisine, ouvrant les placards un à un comme si elle cherchait quelque chose.

Lydie se retourne vers nous et me sourit en apercevant Léa derrière moi. Elle hausse un sourcil comme si elle me demandait si c’était bien d’elle que je parlais mais, mal à l’aise, je ne réponds pas.

- Ma nuit ? Fabuleuse ! Matt est juste… Un putain de donneur d’orgasmes multiples.

Oh bordel… Est-ce qu’elle vient de confirmer qu’on avait couché ensemble ? Je ne peux décemment pas la contredire puisque je ne suis pas sûr que rien ne se soit produit, même si plus je regarde Lydie, plus je me dis que je n’ai pas pu coucher avec elle. Elle vient se mettre sur la pointe des pieds et m’embrasse sur la bouche. Je recule rapidement, après quelques secondes de stupeur et fronce les sourcils.

- Je vais me prendre un café avant de partir joli cœur, j’ai besoin de forces après une nuit pareille.

Son clin d’œil n’a rien de discret et elle rejoint la cuisine où se trouve encore ma coloc. Elle attrape une tasse dans le placard où Léana a fait de même un instant plus tôt et fait comme chez elle.

****

Léana

Mon café coule lorsque la bimbo de Matt se pointe à mes côtés. Je voulais leur faire la surprise en ne les prévenant pas que je rentrais. Je voulais aussi leur faire la surprise en leur disant que quelques souvenirs me reviennent petit à petit. Je me souviens à présent de mon emménagement à la coloc. Je me souviens de notre première soirée tous les trois. Je me souviens de quelques moments à la caserne, avec Jérémy notamment. J’ai fini par me rappeler d’Orane également, pour mon plus grand plaisir. J’ai bon espoir de retrouver petit à petit la mémoire, même si cela vient tout doucement.

Au final, je regretterais presque d’être rentrée. Trouver des chaussures de femme qui ne m’appartiennent pas dans l’entrée de la maison, comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une conquête de Paul mais plutôt de Matt, m’a fait un mal de chien. Le poison de la jalousie s’est insinué en moi en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf. Elle est jolie, dans le style un peu vulgaire. Mais c’est sans aucun doute la jalousie qui me fait parler.

- Où est le sucre ? Me demande la bimbo.

Je force un sourire et me baisse pour sortir le sucre en morceaux du placard sous la cafetière. Bimbo me remercie et se sert un café avant d’y glisser deux sucres.

- Moi c’est Lydie, enchantée Léana.

- Heu… Moi aussi j’imagine.

Lydie pouffe et se rapproche de moi. J’ose un regard vers Matt et son froncement de sourcils pourrait me faire sourire si la douleur de la trahison ne me broyait pas les tripes. Enfin, je crois que je divague. Il n’y a aucune trahison dans le geste de Matthew. Il fait ce qu’il veut après tout, nous ne sommes qu’amis et colocataires, même si plus le temps passe et plus je m’attache à lui et espère davantage, et ce malgré la distance que j’ai instaurée en rentrant en France ces deux derniers mois.

- Il ne s’est rien passé entre Matt et moi, murmure-t-elle. Il a passé sa soirée à parler de toi, et s’est endormi comme une masse, à peine couché.

- Je me fiche bien de ce qu’il peut faire, dis-je dans un souffle en détournant les yeux.

- Evidemment. Mais au cas où tu ne t’en ficherais pas, il en pince pour toi sévère. Allez, bonne journée ma belle !

Elle boit son café d’une traite, embrasse Matt puis Paul sur la joue avant de récupérer son sac à main sur la console et de sortir. J’ai envie de soupirer de soulagement, peut-être même de pousser un cri de joie, mais je ne sais pas trop quel poids je peux donner à sa version des faits. Je sirote mon café en réfléchissant à tout cela, ne tenant pas compte du regard insistant de mes Colocators, puis file dans la salle de bain. Je me démaquille et tends l’oreille en entendant les garçons se disputer de l’autre côté de la porte.

- Comment tu peux avoir oublié si tu as couché avec elle ou pas ?! reproche Paul à Matt.

- J’ai bu comme un trou putain, je ne me souviens de rien !

- Ce n’est pas ton genre Matt, soupire Paul. Tu déconnes vraiment en ce moment.

- Pas besoin de me le rappeler, merci ! lui rétorque sèchement Matthew. Ça va aller mieux maintenant qu’elle est revenue.

- Je l’espère. Je refuse de te voir plonger.

Alors comme ça Matt boit plus que de raison ? Cela m’inquiète immédiatement. Déjà, cela me rappelle trop de mauvais souvenirs. J’ai croisé mon géniteur durant mon voyage en France et, hormis les reproches liés à mon absence et le fait qu’il m’ait demandé de l’argent, je n’ai pas eu une seule conversation normale avec lui. Oui je vais bien, merci papa. Mais plus que tout, je me demande ce qui pousse Matt à boire autant. Et pourquoi dit-il que cela va aller mieux maintenant que je suis de retour ? Enfin, j’imagine qu’il s’agit de moi, sinon ce serait une sacrée coïncidence. Je me promets que, après avoir pensé à moi pendant des mois et m’être lamentée sur mon sort, je vais prendre soin de mes amis et me concentrer sur l’avenir.

Je file sous la douche avec tout un tas de questions en tête et tente de me laver de tous les tracas qu’engendre mon retour. En France, je me suis sentie bien, comme s’il n’y avait pas vraiment d’amnésie, juste une longue absence due à mon voyage. Ici, presque instinctivement, mon cerveau s’est remis en quête des souvenirs perdus. Cependant, j’avais vraiment besoin de rentrer. Je me suis rendue compte que je considérais cette coloc comme ma maison, la caserne comme ma seconde famille, et si les miens me manquent déjà atrocement, j’avais besoin de retrouver mes colocs et ma vie. Car aujourd’hui, elle est ici ma vie.

****

- Je vous attends ! crié-je en m’installant dans le canapé face à la télévision.

Je me cale sous le plaid, les jambes étendues, adossée contre l’accoudoir après avoir récupéré mon assiette de salade cauchoise, spécialité de ma Normandie natale. J’ai constaté en rentrant à la colocation que mes camarades avaient délaissé la bonne cuisine pour les plats préparés. Alors malgré la fatigue du décalage horaire, je suis sortie faire des courses et je leur ai cuisiné une bonne salade à base d’endives, de pommes coupées en morceaux, de jambon, de gruyère, de noix pour eux mais pas pour moi qui déteste ça, le tout assaisonné d’une sauce à la crème et au citron. Oui bon, on n’est pas dans du 100% svelte, mais ai-je déjà précisé que mes colocataires avaient bon appétit ?

Je les vois tous les deux descendre en se chamaillant gentiment, la dispute de ce matin déjà oubliée. Paul s’installe comme à son habitude, dans le fauteuil, et Matt soulève le plaid à mes pieds pour s’y installer, dans la même position que moi, mes pieds sous l’un de ses bras. Il fronce les sourcils puis éclate de rire.

- Bon sang, tes pieds froids m’avaient manqué !

- Sans parler de tes talents de cuistot ! surenchérit Paul qui a déjà mis le nez dans sa salade.

- Et bien, contente que ma petite personne vous ait manquée, bougonné-je pour la forme.

Tous deux se regardent et rient avant de plonger leur fourchette dans la cauchoise et de gémir de contentement.

- Délicieux !

- Je valide !

- Alors, on regarde quoi ? dis-je en attrapant la télécommande.

- Tu es à la bourre dans Game of Thrones chérie, alors soirée GOT ! sourit Paul.

Amen. Ce genre de soirées m’a vraiment manqué. Je sélectionne l’épisode et mange en silence, tout comme mes camarades. Une fois nos assiettes terminées, Paul va chercher des pots de glaces dans le congélateur et je me redresse pour partager le mien avec Matt. Vanille et copeaux de spéculoos, notre préférée. La proximité de mon pompier me fait un bien fou, mais mes hormones se réveillent quand il passe un bras autour de mes épaules et me serre contre lui. Il pioche avec sa cuillère dans le pot que je tiens et des pensées lubriques me viennent en tête. J’imagine aisément Matthew lécher mon corps après y avoir déposé de la glace. Merde… Je serre les cuisses et tente de me concentrer sur l’épisode en cours, mais même Jon Snow ne parvient pas à écarter ces pensées à la con. On ne fantasme pas sur son collègue, sur son ami, sur son colocataire Léa !

Je suis réveillée par deux bras qui me soulèvent et m’entraînent dans ce que j’imagine être ma chambre. Je me love contre Matt et enfouis mon nez dans son cou.

- Faut que je me brosse les dents, marmonné-je.

- Je suis assez d’accord, mais tu as aussi besoin de sommeil.

Je le frappe à l’épaule alors qu’il rit et bifurque vers la salle de bain. Il me dépose devant le lavabo et je ronchonne en voyant ma tignasse dans tous les sens. Je passe la main dedans pour tenter vainement de les discipliner alors qu’il me donne un coup de hanche pour que je lui laisse une place devant le miroir. Matt attrape sa brosse à dents, y dépose une noisette de dentifrice et s'active sans me lâcher du regard à travers la glace. Je fais de même, et nous partageons cet instant d’intimité, seulement troublé par le bruit des brosses sur nos dents. Lorsque je me redresse après m’être rincé la bouche, Matt me tend une serviette et m’enlace par derrière, posant son menton sur le haut de ma tête. Je frissonne sans pouvoir me contrôler et m’essuie la bouche en évitant son regard.

- Tu m’as vraiment manqué Chouquette.

- Toi aussi tu m’as manqué Cow-boy… Tout m’a manqué ici en fait… Enfin, sauf les chaussettes sales de Paul qui traînent encore dans la salle de bain, ris-je. Vous vous êtes laissés aller sur le ménage messieurs.

Matthew rit à son tour et dépose un baiser sur ma clavicule en me serrant plus fort contre lui. Oh mon dieu, je crois que je me liquéfie instantanément au creux de ses bras. Ok Léa on se calme. J’inspire profondément et me racle la gorge avant de me libérer de ses bras pour aller reposer la serviette sur la patère. Puis je me retourne vers Matt et lui souris.

- Bonne nuit Matt.

- Bonne nuit Léa.

Je sors de la salle de bain lorsque Matt m’attrape par le poignet.

- Hé ! Mon bisou ?

Je ris et dépose un baiser furtif au coin de ses lèvres avant de rejoindre ma chambre. Je suis définitivement dans la merde.

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