1.

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09h10.

Je repose mon smartphone sur ma table de chevet, les yeux mi-clos, la langue pâteuse et la tête bien calée sur mon oreiller qui était devenu plat au fil des années. Ma mère insiste depuis la semaine dernière pour m'en acheter un nouveau, mais il a une valeur sentimentale du fait qu'il a accueilli au fil du temps mes larmes, mes coups de poings mais aussi mes ...

  • "N'importe quoi."
  • Tais-toi, je t'ai pas sonné. Sors de ma tête.

Je me redresse sur mon lit avec un soupir, tout en me massant les tempes. Foutue voix. Depuis l'enfance, j'ai appris à canaliser mes hallucinations auditives et visuelles, mais depuis que j'ai arrêté le lycée, j'ai la curieuse impression qu'elles reviennent à la charge et toujours de manière inopinée.

  • "Je te le fais pas dire..."
  • Putain, c'est pas vrai !

Je repousse vivement mes draps pour aller ouvrir précipitamment la fenêtre de ma chambre. Avant de la refermer et l'ouvrir à nouveau. Puis respirer profondément. Expirer.

Bon, respirer et expirer de l'air pollué certes, mais ça restait de l'air quelque peu frais.

En contrebas, les rues du quartiers sont toujours aussi animées, quelque soit le moment de la journée, ce qui augmente quelque peu une anxiété que je tente de réfréner avec force. Je finis par fermer la fenêtre pour aller prendre une douche et finir de me préparer pour mon premier jour de formation au centre social.

Une idée de ma mère.

Je la revois me dire, il y a un mois environ, en plein déjeuner : "Tu verras, Mousso, ça va te changer les idées et en plus d'apprendre des choses utiles, tu pourras aussi t'y faire de nouveaux amis". Ouais, pour ce qui est des amis, cela reste à voir. Lors de mon parcours scolaire, je n'ai jamais été la fille cool ou élitiste qui se fait instantanément des amis branchés, avec qui elle s'entoure partout où elle va. Bien au contraire, j'ai toujours été la fille bizarre qui semblait évadée d'un endroit obscur et qui avait la curieuse habitude de parler à elle-même à voix basse, dans les couloirs du lycée, avec trois abonnés au compteur sur Instagram. J'ai été soulagée quand ma mère avait finalement pris la décision de me retirer l'année dernière de cet endroit, que je considère jusqu'à présent comme cauchemardesque. Néanmoins, sa condition à l'époque était d'apprendre un métier par la suite.

Je me rappelle encore le soir où ma mère, confortablement assise sur le canapé avec la brochure du centre social en mains, m'annonce avec sa voix douce : "Chérie, ce mois-ci tu peux choisir entre les cours de mécanique, d'électronique, la couture ou la pâtisserie". Elle aurait pu lire le menu d'un fast-food de la même manière, comme si je devais choisir entre un burrito, un hamburger ou un poisson en croûte de sel. J'ai finalement opté pour la pâtisserie, qui me semble plus abordable et surtout du fait que c'est le cours où il y a le moins d'étudiants. Ce qui me donne plus ou moins l'esprit tranquille.

09h35.

J'ai cette mauvaise habitude de ne pas prendre de petit-déjeuner. Ce n'est pas le fait que ça me fait gagner du temps, mais pour la bonne raison que, lors de la prise de mes anciens médicaments - que j'ai arrêté de prendre il y a belle lurette - j'avais l'impression de vomir mes tripes chaque matin, du fait des effets secondaires. Cela me traumatise encore rien que d'y penser.

Je vérifie une énième fois mon sac à dos en espérant n'avoir rien oublié quand j'aperçois in extremis, sur la table de la salle de séjour, un mot rédigé à la hâte par ma mère, ainsi qu'une enveloppe posée non loin :

J'ai dû partir plus tôt au boulot aujourd'hui, mais j'espère que tu vas prendre le temps de manger quelque chose, hein. Je t'ai laissé de quoi prendre le bus, je n'avais pas sur moi assez de monnaie pour le tarif d'un taxi, désolée. Bon courage pour ton premier jour de formation, ma chérie, bisous ! Maman.

La seule partie de ce message qui a retenu mon attention, en plus des encouragements vers la fin, est : "Je t'ai laissé de quoi prendre le bus."

Le BUS.

  • "Fais pas ta chochotte".

Mon sosie hallucinatoire, qui arbore un sourire mauvais comme à son habitude, apparaît soudainement en face de moi, assis en tailleur sur la table avec une pomme à la main.

  • "Une vraie poule mouillée par excellence", se met-elle à railler, en exprimant une moue dédaigneuse. "Mamaaaan, j'ai peur de la foule, mamaaaan, j'ai peur de prendre les transports, mamaaaan j'ai..."
  • Dégage.

Encore une fois, je ne me suis pas rendue compte de m'être exprimée à voix haute, ce qui aurait pu constituer un problème si je n'avais pas été seule. Je regarde autour de moi, plus personne. Du moins, pour le moment.

9h43

"Vérifie si tu n'as rien oublié".

Je m'exécute en obéissant malgré moi à cette voix hostile, en ne sachant plus si j'avais finalement au préalable vérifié le contenu de mon sac comme il faut. Je m'assure minitieusement par la suite et ce, une dizaine de fois, d'avoir bien refermé la porte de l'appartement derrière moi.

9h47

Tant pis pour le bus. Vu que le cours débute à 10 heures, je vais devoir me rendre au centre à pied en mode Speedy Gonzales et me coltiner au passage les piétons et le regard des gens présents dans les embouteillages incessants du secteur.

Je le sens pas super, ça, et la journée vient à peine de commencer.

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