Fêtes (1)

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Je me réveille en sursaut, le souffle court avec un mal de crâne immense qui me fait souffrir, je suis dans ma chambre, il fait nuit, la neige continue de tomber. Je regarde mes mains et pendant quelques secondes, j'aperçois mes mains et bras aspergé de sang. Je sursaute et essaye d’enlever le sang, quant au bout d’un moment la vision s'efface, mes mains sont parfaitement propres, on m'a lavé ? Je sens une douce odeur florale se dégager de mon corps, oui ! On m'a bien lavé, je me regarde, je porte un tee-shirt beaucoup trop grand pour moi et mis à part mes sous-vêtements, je ne porte rien d'autre. Je m'assieds sur le lit, ma porte s'ouvre, Aziz rentre avec un thermos :

–Ah ! Une revenante ! Tu vas bien ?

–J'ai un de ces mal de crânes. Qu'est-ce qui s'est passé ?

–Après ton règlement de compte avec ton ravisseur, tu as dormi toute la journée, Taïba et Gloriam en ont profité pour nettoyer le sang que tu avais sur toi, tes amis se sont inquiétés.

Tout ce qui s'est passé me revient en pleine figure, j’ai un sursaut, une peur abyssale me prend en grippe, je mets un long moment avant d’essayer de faire comme si de rien n’était :

–A… ah ? Et vous... leur avez dit quoi ?

–Qu’après avoir eu un coup de fil de tes parents qui te permettait de sauter la réunion à l’amphi, tu étais tombée malade et que tu étais clouée au lit.

Savoir qu'autant de personne s'inquiétait pour moi, m’aide à reprendre le contrôle de mes émotions :

–Merci de m’avoir retrouvée, j’ai bien cru que c’était la fin.

–Rien de plus normal, tu fais partie de la famille maintenant.

Je souris faiblement, Aziz tape dans ses mains :

–Aller, je t’ai préparé une boisson dont tu me diras des nouvelles.

Il me serre un verre de la mixture contenue dans son thermos, je la prends, une douce odeur sucrée monte à mes narines, je la porte à mes lèvres, elle est épaisse et mousseuse. Je ne sais pas par quel miracle, mais cette boisson me redonne la pêche, je souris en finissant mon verre, je le lui redonne :

–C’était très bon.

–Ah ! Content de savoir que je sais reproduire à la perfection la recette de mamie Vars !

Je me crispe en entendant ce nom :

–Vars ?!

–Ouais, grand-mère était la meilleure pour remonter le moral de n’importe qui, même si elle était brute de décoffrage et aussi aimable qu’une porte de prison, d’ailleurs, elle maniait la hache, elle aussi, mais il me semble que je t'en ai déjà parlé.

Je lui demande :

–Était ?

–Elle est morte pendant la révolution des enfants.

Je soupire, car si l'interlocutrice n'était pas sa grand-mère, alors cela devait être sa mère ou une membre de sa famille :

–Ça ne va pas te plaire.

–Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Je déglutis :

–Il a appelé quelqu'un.

–Ouais, on a regardé son téléphone et il n'y avait qu'un numéro, un fameux Sergent.

Je lâche :

–Il l'a appelé Sergent Vars.

Il écarquille les yeux de surprise et me dit :

–T'as dû mal entendre.

–Aziz ! Il a dit Sergent Vars, j'en suis sûre et certaine.

–Hum, ce n'est pas bon, j'en parlerai aux autres, repose-toi.

Il commence à partir en laissant le verre et le thermos, il me dit avant de passer la porte :

–Au fait ! Tu as des messages en retard sur ton tel.

Aziz ferme délicatement la porte en sortant, je regarde mon téléphone qui est sur la table de nuit, je le déverrouille ; j'ai des messages de Jessie, Émile et Estelle et ils ont essayé de m'appeler, je vais leur répondre en corroborant la version que m'a indiquée Aziz. Ils me répondent immédiatement, leurs messages sont d'une gentillesse, ils me souhaitent tous les trois un bon rétablissement. Je dépose mon téléphone sur ma table de nuit et je me ressers un verre de la mixture ; il n'y a pas à dire, cette boisson à un effet positif sur moi, je n'ai plus mal au crâne et je suis de bonne humeur. Je ne pense pas que je réussirai à dormir ce soir, autant rejoindre les autres. Je descends les escaliers doucement, j'ai les jambes en compote, j'arrive lentement au rez-de-chaussée, ils sont autour de Cynthia avec son ordinateur portable, David lui dit :

–Tu aurais pu nous dire que t'avais des noms.

–Pour qu'on coure tous après des chimères ? Hors de question ! Je voulais d'abord être sûre que ces noms existent bel et bien avant d'en parler ; si une fois que j'avais feuilleté tous les rapports et que je n'avais pas d'autre indice, là oui je vous en aurais parlé.

Aziz leur dit :

–Trêve de bavardages, montre-moi les dossiers où se trouvent ses signatures !

Cynthia pianote sur son ordi :

–Les signatures de ce Sergent V, vont de l'économie à la politique en passant par la guerre, tiens regarde ! Il a même participé au projet E.S et apparemment, c'est lui qui a formé les enfants.

–Il n'y a plus aucun doute possible alors.

Max demande :

–Aziz, pourrais-tu nous dire ce qui se passe ?

–Je connais enfin le nom complet du Sergent qui nous a entraînés, celle qui nous a envoyé à l'abattoir.

Shusendo lui dit :

–Hé bien, c'est plutôt une bonne nouvelle ! Tu vas avoir ta vengeance.

Taïba demande enthousiaste :

–Et comment s'appelle-t-elle alors ?

–Sergent Fatou Vars… ma mère.

Son annonce à laisser place à un silence de mort, je me rapproche, Max lui est obnubilé par les signatures et finit par briser le silence :

–Ouais, moi aussi, je reconnais une signature.

Shusendo se rapproche en demandant :

–Laquelle ?

–Ce H.D-G, Henri De-Gaudreault, je l'ai bien connu, il fut un temps, mais je ne pense pas qu'il ait un désir distordu.

Aziz ajoute :

–C'est pareil pour ma mère.

–On n'a qu'à tous chercher, on trouvera bien quelque chose ! Leur dit David.

–Je vais faire les recherches moi-même, lui répond Max, et je suis sûr qu'Aziz est sur la même longueur d'onde.

Aziz hoche la tête, Gloriam qui jusque-là était obnubilé par la sortie de ventilation de l'ordinateur portable, fini par me remarquer :

–Tiens ? Salut Rose ! Tu vas bien ?

Tous se tournent vers moi, je réponds à Gloriam :

–Plutôt bien, même si j'ai les jambes en compote.

–Tu devrais te reposer, tu sais, me dis gentiment Taïba.

Je lui réponds :

–J'pense pas que j'arriverai à dormir ce soir.

–Ne te force pas trop alors, me dit Shusendo.

–Du coup ! Si j’ai bien compris, nous avons deux nouvelles cibles ?

Max me répond :

–Oui, nous nous en occupons, mais pour l’instant, tu vas t’occuper de rassurer tes amis.

Je lui dis :

–C’est déjà fait, on est censé se voir demain.

–Bon bah très bien.

Cynthia me prend délicatement le bras et me dirige vers le canapé :

–Allez, assieds-toi, tu nous stresses à rester debout.

Je m'assieds donc, quelle maman poule celle-la :

–Je vais bien ne t'en fais pas.

Cynthia me répond toujours, accroché à mon bras :

–J'peux pas m'en empêcher, déformation professionnelle.

Max arrive et tend un paquet de cigarette :

–Rose a raison, calmons-nous un peu, le pire est passé.

Elle prend une cigarette, je fais pareil. Je prends une grande inspiration après l'avoir allumé, David a mis une musique calme, je m'enfonce dans le canapé, je me sens bien, nous restons là silencieux, je demande au bout d'un moment :

–Où sont Claire et Ai ?

–Claire était partie quelques minutes après toi, me répond Taïba.

Shusendo lui me répond :

–Ai est retourné à l'hôpital.

–Ah !

Max me demande :

–D'ailleurs pour les fêtes, tu restes avec nous ?

–Euh… Je sais pas. Je demanderai à mes parents si ça les dérange pas.

–Préviens-nous dès que tu le sauras, qu'on rajoute une bouche de plus à nourrir.

–J'y penserai.

D'ailleurs en y repensant ça fait longtemps que je ne leur ai pas donné de mes nouvelles, demain en allant à mon rendez-vous, j'irais leur faire un petit coucou. Chacun leur tour, ils partent se coucher, il ne reste plus que moi et Max. C'est si calme, je lui demande :

–Gloriam, dort où maintenant ?

–Dans la dernière chambre de libre, celle à côté de la tienne.

–Ah ! Il est bien installé ?

–Oh ! Oui ne t'en fais pas.

–Dis-moi ? Qu'est-ce qu'on est censé ressentir dans ces moments-là ?

–Après avoir tué quelqu'un ?

Je souffle :

–Oui.

–Exactement comme quand tu effaces quelqu'un.

Je suis sonnée par sa phrase, c'est vrai ! J'ai déjà tué deux fois avant, ils avaient beau ne pas être à côté de moi quand ils sont décédés, ça n'empêche pas que j'ai pris part à leurs morts. Une larme roule sur mes joues, Max le remarque et me demande :

–Tu veux qu'on en parle ? Si tu veux, je peux ne rien écouter !

J'essuie ma joue en lui disant :

–Non, j'ai compris le truc, ça va aller.

Il plisse les yeux :

–Si tu le dis.

Il se lève et part en disant :

–N'oublie pas d'éteindre la lumière.

–C'est noté !

Je reste seule un moment, quand mes démons habituels reviennent me hanter :

–C'est cela être responsable de ses actes ! Me dit le garçon.

La fille reprend aussitôt :

–C'est vivre tout en assumant ses choix, même si pour certains, ils sont trop lourds.

–Mais toi t'es forte, tu n'as pas besoin de t'apitoyer.

–Après tout, ils le méritaient !

Je me lève sans leur adresser la parole et part dans ma chambre ; entre la peur de dormir et passer la nuit à les entendre, je préfère essayer de dormir. Ils ne me suivent pas et ils ont sûrement disparu. Je me couche, mon sommeil est agité, à chaque fois, je revois la tête de mon agresseur, je me réveille plusieurs fois en larmes ; j'ai beau le tuer dans mes cauchemars, il revient me hanter à chaque fois, j'ai tellement eu peur pour ma vie, je tremble d'effroi rien qu'à l'idée de devoir l'affronter dans mes cauchemars. Au bout d'un moment, j'abandonne l'idée de dormir. Je regarde mon téléphone, il est six heures du matin :

–Fait chier.

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