Chapitre 3

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Je crois que ça fait dix fois que je lis le petit mot de mon petit timide, ou plutôt de Garcin. Mais je ne m'en lasse pas. Il m'a plu dès la première fois que je l'ai vu, mais je ne me doutais pas de qui il était.

Je le déplie une nouvelle fois, je crois que je vais l'user à force.

« Anita, je ne sais pas par où commencer. J'ai peur que tu me prennes pour un fou. Mais si tu savais...

Nous étions tous les deux dans le même lycée, mais pas dans la même classe. J'étais raide dingue de toi, mais trop timide pour te le dire. Discrètement, je me renseignais sur toi. N'imagine pas que je te voulais du mal. Mais je pensais à toi tout le temps et j'étais incapable de t'accoster. Si tu savais le nombre de petits mots comme celui-ci que j'ai écrit et qui ont fini dans une boite. Alors, quand j'ai su que tu t'étais inscrite dans cette école pour devenir décoratrice, j'ai décidé de m'y inscrire moi aussi. Je me suis dit que si nous étions dans la même classe, j'aurais peut-être enfin l'opportunité de te parler. Mais le premier jour des cours, tu n'étais pas là. J'étais désespéré, ne sachant pas où tu pouvais être. Alors j'ai travaillé dur pour t'oublier. J'ai obtenu mon diplôme en finissant major de ma promo et je me suis ensuite mis à mon compte. Mais tu étais toujours dans un coin de ma tête. Des filles m'ont tourné autour, mais aucune n'était toi.

Et puis un petit miracle. Je suis venu au Candy pour l'enterrement de vie de garçon d'un copain. J'allais partir, car je ne me sentais pas à ma place, quand tu es arrivée sur scène. Je t'ai tout de suite reconnue. Sous tout ton maquillage et tous tes artifices, tu étais la princesse que j'avais toujours aimée. J'ai été charmé aussi par cette facette de toi que je ne connaissais pas encore. Alors je suis revenu, chaque semaine, pour toi.

Anita, demande moi ce que tu veux, mais accorde moi au moins un rendez-vous

06...

Garcin »

Il était là pour moi depuis le début. Il avait fait de tels sacrifices et moi je ne l'avais même pas vu. Il faut dire qu'à cette époque-là, j'étais plutôt paumée dans ma crise d'adolescence. Je ne savais pas vraiment si Garcin était l'homme de ma vie, mais pour une fois, j'avais l'impression que la vie me souriait enfin.

- Anita, cria maman depuis sa chambre ?

- Oui, maman, j'arrive.

- Si tu vas faire les courses, tu n'oublies pas d'acheter mes gâteaux au chocolat.

- Oui, je les ai mis sur la liste, acquiescé-je. Mais maman, tu pourrais nourrir les animaux ?

- Le chat, je veux bien, mais les canaris et la tortue, pas question.

- Bon, je le ferais en revenant.

- Et tu ne voudrais pas à faire la vaisselle ? Je dois peut-être aller au travail plus tôt aujourd'hui.

- Oh, je suis fatiguée.

- Ça te ferais du bien de t'activer.

- Je ne pense pas, j'ai très mal dormi cette nuit. En plus au moment où je venais enfin de m'endormir, tu es rentrée et tu as fait un barouf de tous les diables.

- Oh pardon, pourtant, j'ai fait attention.

Bon, vu l'humeur de ma mère, je préfère sortir de la chambre et m'occuper de mes animaux. Je donne quelques feuilles de salade à ma tortue et mets dans ma main quelque graine de millet pour mes canaris. J'adore les faire manger dans ma main et sentir leurs petites pattes s'agripper à mes doigts. Ça picote et ça chatouille en même temps. La chatte se frotte à mes jambes en miaulant.

- Oui, je vais m'occuper de toi minette, attends un peu.

Mais elle insiste de plus belle, voyant que je la regarde. Je referme la cage et prend la boite de croquette pour lui en servir dans sa gamelle. Maintenant qu'elle se jette sur la nourriture, j'ai quelques minutes devant moi. Je déplie une nouvelle fois le mot de Garcin. Il doit s'impatienter le pauvre, mais je suis tétanisée à l'idée de l'appeler. Et vu tout ce qu'il a fait pour moi, je ne peux définitivement pas lui envoyer un simple sms. Je prends mon téléphone tremblante et ferme la porte de la cuisine. J'appuie lentement sur les touches. Le numéro est là devant mes yeux, mon doigt au-dessus du petit téléphone vert. Je suis terrorisée et je tremble. Je ferme les yeux et appelle.

Mon dieu ça sonne, mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire. Il décroche...

- Allo, dit une voix masculine, mais douce.

- ...

- Allo ?

- ...

- Anita ? dit sa voix qui vient subitement de changer de ton.

- Oui.

- ...

Nous sommes tous les deux au téléphone incapable d'aligner deux mots. Mais dans le silence, j'entends sa respiration. Elle m'apaise. Pourquoi avoir peur, alors qu'il a fait tout ça pour moi.

- Garcin ?

- Oui.

- Je suis désolée, je suis très timide.

- Je sais, moi aussi. Enfin surtout avec toi.

- Tu sais, ton mot... je l'ai trouvé... charmant, tellement charmant. Je suis désolée de ne pas mettre rappelée de toi et de ne pas être venue dans cette école. Je suis sûre que nous aurions été de très bons amis. Je te raconterais tout ça, si tu veux bien.

- Oh, mais bien sûr quand tu veux.

- Tu finis à quelle heure aujourd'hui ?

- Je suis à mon compte et je n'ai pas vraiment d'horaires. Donc, ce matin... J'ai un rendez-vous, dans dix minutes d'ailleurs, et après, je peux être libre si tu veux.

- Tu pourrais passer au Candy à dix-sept heures.

- Avec plaisir.

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