Dans la cuisine

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Horrifiée, Natalia porte une main tremblante à sa bouche et se détournant du Prince se met à courir en direction d’une porte se trouvant au bout de la pièce, près d’une cheminée. Elle a beau se précipiter, elle a l’impression que la salle ne cesse de s’allonger sans qu’elle ne puisse jamais en atteindre le bout. Absorbée par l’idée de s’enfuir, elle ne remarque pas l’homme au sourire carnassier et au regard de fauve qui étire vers elle une jambe portant un pantalon noir. Le croche-patte la fait tomber, son menton heurtant durement le sol. Des larmes de rage et de désespoir coulent sur les joues de la victime. Étendue à terre, Natalia voit une main tendue vers elle. Résignée, elle l’attrape et se relève face à Ruben. D’une voix douce il susurre à son oreille :

— Mais que faites-vous ? C’est le bal d’Halloween, il faut danser.

Et alors que le groupe sur scène entame une mélodie lancinante, le Prince écrase Natalia contre son torse. Elle est plus prisonnière qu’amoureuse. Autour d’eux, les autres couples tournent et virevoltent. La musique dure des heures. La jeune femme est prise de vertiges et a les pieds en sang. Son visage contre le sien, Ruben ne sourit plus, mais danse… toujours… éternellement. L’orchestre cesse finalement de jouer. À demi évanouie, Natalia s’effondre dans les bras de Ruben qui la porte. Il traverse la pièce, les invités s’écartant sur son passage, lui faisant comme une haie d’honneur. Puis il quitte la salle de bal.

Natalia ouvre les yeux alors que le Prince la dépose avec douceur sur le sol carrelé d’une vaste cuisine aux poutres apparentes où règne une senteur d’épices.

— Pourquoi tant de délicatesse ? demande le cuisinier, nous allons la manger !

— Ce n’est pas une raison pour nous conduire comme des sauvages.

Ruben se penche au-dessus du gros chaudron noir que lèchent des flammes orangées. Le Prince hume une odeur de champignons et sous-bois. Il questionne :

— C’est le garçon ?

— Non, l’accompagnement. La viande est toujours avec le boucher.

Natalia, parfaitement éveillée, frémit en entendant ses paroles. La suite lui donne presque envie de s’évanouir à nouveau.

— Il faut que tout soit prêt pour la fin du bal à l’aube. Mes invités vont avoir faim.

— Bien sûr Prince Del Sol.

Le cuisinier s’agenouille, alors que son maître quitte la pièce. Avant de franchir la porte, Ruben s’adresse à son serviteur :

— Je te laisse t’occuper de la fille… elle sera le plat principal.

— Bien.

Le Prince parti, le gargotier s’attelle aux derniers préparatifs, il verse des carottes dans le récipient qu’il tourne régulièrement à l’aide d’une grande cuillère en bois. Il ne prête aucune attention à Natalia, qui allongée, fait semblant d’être endormie. Alors que l’homme se penche sur le chaudron, tournant le dos à sa victime, celle-ci se dit qu’aucun autre moment ne sera plus opportun pour prendre la fuite. Elle s’assoit sur le sol, ôte d’un geste rapide ses talons afin de ne pas faire de bruit, et se levant Natalia se dirige à pas lents, vers le cuisinier. Ce dernier ne s’aperçoit de sa présence que trop tard et ne peut qu’émettre un petit cri de chauve-souris lorsque la jeune femme le pousse brutalement, la tête la première dans le chaudron. Puis sans récupérer ses escarpins, elle s’enfuit de la pièce.

(à suivre)

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