Epilogue

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Io n’avait pu cacher à Féhna la date de sa mort, cette maudite date apportée par le Message ; il la lui avait dite quand il lui avait tout raconté, dans la bibliothèque des elfes. Il avait regretté amèrement cette confession, quand il avait vu l’amour de Féhna grandir encore et encore…

Le combat contre le Réseau fut dur, comme jamais Io n’aurait pu l’imaginer ; mais sa bataille la plus ardue, ce fut celle qu’il dut livrer pour rapporter la joie dans le cœur de celle qu’il aimait, et pour l’y maintenir le plus longtemps possible. Et il y était parvenu.

Tout le temps qu’ils passèrent chez les elfes, la jeune femme fut morose, et réellement au bord du désespoir ; Io lui-même sentait son courage vaciller. Mais quand ils retournèrent à l’air libre, Féhna put retrouver la force de vivre en même temps qu’elle retrouvait des couleurs. Io lui avait fait comprendre que puisqu’il leur restait peu de jours à passer ensemble, il fallait que le bonheur les baigne chaque petite minute qu’ils allaient vivre.

Mais il restait encore une bataille à gagner pour Io : il fallait qu’elle lui survive. Il la voyait si gaie, mais ne retournerait-elle pas dans un désespoir insondable quand sa mort viendrait ? Pourrait-elle tenir le coup ? C’est pourquoi il la chargea de poursuivre son combat. Les derniers jours, il lui apprit à se servir de son arme et de son armure, et il lui expliqua comment il comptait vaincre le Réseau. Il savait que la jeune femme ferait tout pour venger cette mort horrible avec une rage et une détermination auxquelles on ne pourrait rien opposer. Il savait aussi qu’elle respecterait ses dernières volontés à la lettre, c’est pourquoi, le matin du jour fatal, il lui dit ceci : « Féhna, avant de te quitter, j’ai une faveur à te demander, quelque chose qui te paraîtra impossible, mais qui n’est que difficile, et je te le demande au nom de notre amour. Si tu m’aimes Féhna, et je sais que c’est le cas, fais ceci : vis, et sois heureuse en pensant à moi. »

La veille, ils s’étaient enfoncés dans la forêt, marchant à pied jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une vallée profonde et très étroite, au fond de laquelle une rivière passait avec la vitesse d’un torrent, mais sans le moindre bruit. L’endroit était très vert, mais les arbres laissaient la place à une pelouse épaisse, ce qui faisait du lieu un endroit parfait pour y installer leur camp ; tout en sachant que ce serait leur dernier.

Io savait exactement à quelle minute il mourrait ; mais il ne l’avait pas dit à Féhna. Quand ils se réveillèrent, elle s’accrocha désespérément à son cou, refusant cet affreux destin, et ne souhaitant qu’une seule chose, garder Io auprès d’elle le plus longtemps possible. Néanmoins, Io pensait qu’elle était prête désormais, et ne craignait plus qu’elle se donne la mort.

« Féhna, ma vie va s’arrêter ici, lui dit-il de la voix la plus chaleureuse qu’il put ; mais la tienne ne fait que commencer. Il reste encore tant à accomplir, et je mourrai heureux en sachant que tu contribueras à rapporter le bonheur dans le monde. La victoire est proche, alors ce n’est vraiment pas le temps d’abandonner. Seul le soutien des Citoyens nous en sépare ; ce sera bientôt chose réglée. Quand tu auras envoyé leurs Messages à tous les humains de la planète, tu seras pratiquement la seule à ne pas savoir quand tu mourras. Les Citoyens ne resteront pas insensibles à cela, et pour peu qu’il y en ait une poignée qui comme moi comprennent que le temps qui nous sépare de la mort doit être exploité du mieux que l’on peut, les autres suivront. Et quand le Réseau aura perdu le soutien de la population, dès qu’il comprendra qu’il est trop tard, il enverra probablement ses armées contre les humains. Mais ceux-ci auront fait la paix avec les animaux et, alliés, ils seront invincibles : des humains dépendent beaucoup de fonctions du Réseau, ils sauront l’empêcher de construire ses robots de guerre ; et les animaux détruiront tous ceux qui seront opérationnels. Si les peuples de l’espace reviennent pour nous aider, ce sera encore plus rapide.

» Ensuite, il faudra empêcher les IA de revenir sur Terre ; mais cela aussi, les animaux s’en chargeront : ils détruiront pratiquement tout ce qui est mécanique, toutes les armes à feu, les voitures, les montres… Ce sera peut-être un retour à l’âge de pierre, mais c’est la seule solution. Pendant ce temps, tu retourneras chez les elfes, et tu leur annonceras quand les humains seront prêts et sages. Alors, grâce aux animaux et aux elfes, à la force des uns et au savoir des autres, les hommes et les femmes de ce monde comprendront enfin comment la vie doit être vécue. Les générations s’écouleront, celles de ceux dont la mort à été programmée, et une nouvelle s’installera. Alors, personne ne regrettera les machines, car les elfes seront là pour leur parler du passé. Et ils s’apercevront que leur monde sera peut-être moins confortable, moins propre à la paresse, mais qu’ils y seront heureux.

» Peut-être les hommes se battront-ils entre eux, car c’est souvent dans leur nature. Mais les animaux seront là pour que les conflits se règlent honnêtement entre ceux qui s’opposent, et entre eux seuls. Il n’y aura pas de guerre. Quelques duels quand les hommes réinventeront l’épée ; mais cela ne durera que quelques générations, ensuite tout sera en paix ; peut-être même réapprendront-ils à rêver et à s’en souvenir…

» Et s’ils se souviennent de nous, ils sauront ceci : que nous leur aurons permis de se battre pour qu’ils soient tous heureux. »

Féhna desserra doucement ses mains derrière le cou de Io, et le libéra de la tendre étreinte de ses bras.

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