Chapitre XII.5

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Ils avaient l’impression d’être des souris de laboratoire parcourant des tuyaux tordus, dont l'issue changeait à tout moment au gré des désirs d'un savant fou.

« Peut-être ces galeries ont-elles servi à la construction du bâtiment sous lequel elles reposent ? proposa Io.

— Impossible. Il y en a trop, et elles sont bien plus longues.

— Pas forcément : souviens-toi du dernier sous-sol : il était beaucoup plus grand que le reste de l’immeuble.

— Possible, reconnut Imalbo. Mais alors pourquoi y en a-t-il autant ? »

En effet, ils tombaient sur des bifurcations à chaque instant. Ils essayaient tant bien que mal d’aller tout droit, en descendant le moins possible mais sans jamais remonter ; de toute façon bien peu d’échelles menaient vers le haut maintenant, comme si les galeries étaient installées de plus en plus profondément à mesure qu’ils s’éloignaient, comme dans une pyramide souterraine. Puis ils aboutirent une nouvelle fois à un cul-de-sac ; mais il n’y avait pas d’échelle. Il y avait bien un trou dans le sol cependant, et ils s’y glissèrent, quelque peu perplexes.

Ils s’aperçurent que quelque chose clochait dès qu’ils voulurent se remettre à courir : leurs pas résonnaient. Jusque-là, le métal des galeries était traité au sol de façon à étouffer tout bruit ; mais ce n’était même pas qu’il n’était plus traité : non, ils avaient tout bonnement cessé de marcher sur du métal, et le sol était fait d’un matériau sur lequel ils n’avaient jusqu’à présent jamais posé le pied : ni du goudron, encore moins du plastique, mais de la pierre ! Une pierre très lisse sans être glissante, et parfaitement taillée. Io tourna la tête pour éclairer les parois, et là : nouvelle surprise ! Non seulement les murs, s’ils étaient encore parcourus par des tuyaux de métal, étaient eux aussi de pierre, mais en plus la galerie était carrée, et non plus ronde.

L’appartenance des lieux à la Société n’était plus aussi certaine : ont aurait dit le vieux monde fusionné avec le nouveau. Tout était noir ici ; mais en avançant un peu ils découvrirent que les tuyaux métalliques restant sur les murs étaient presque tous destinés à l’éclairage, même s’ils ne fonctionnaient pas partout, comme là par où ils étaient descendus. Et avec cette lueur froide parmi la pierre noire, ils s’aperçurent que l’organisation des galeries était elle aussi fort différente : presque tout était à angle droit, des intersections nettes, à trois ou quatre branches, des murs bien rectilignes… De plus en plus surpris, Io et son ami marchaient lentement, impressionnés : l’endroit semblait toujours plutôt dérangeant, mais la pierre était un peu moins froide que le métal, et si l’étonnement ne les figeait sur place ils se seraient trouvés un peu plus à leur aise que précédemment.

Ils marchèrent longtemps… Ils ne trouvaient pas d’issue, pas d’échelle, rien pour continuer à descendre ou pour remonter. Pourtant ils marchèrent longtemps et loin ; puis vint un moment où ils ne purent continuer tout droit. Ils décidèrent de faire halte, et de manger un peu. Imalbo sortit de sa poche une boîte à repas, puis il la remplit avec un sachet de nourriture et de l’eau puisée à un emplacement spécial de l’armure de Io. Ensuite, il pressa un bouton en dessous, et le métal qui formait le fond de la boîte se mit à rougeoyer. Ils attendirent deux minutes, puis Imalbo ouvrit la boîte et tendit un espèce de hamburger à Io. Il était chaud et délicieux ; mais s’il occupait tout le volume de la boîte à repas il ne provenait que d’un petit sachet, et Io préférait quand la nourriture n’était pas préparée sous ses yeux. Cela lui coupait l’appétit. Imalbo répéta ensuite l’opération pour lui-même.

« Tu sais, dit-il, je suis à peu près persuadé qu’il y a encore des niveaux en dessous.

— Tu proposes donc qu’on rebrousse chemin et qu’on fouille tout cet endroit jusqu’à ce qu’on trouve un passage ?

— Oui. Mais si on ne veut pas que ça prenne trop de temps, il va falloir nous séparer… On va rester en contact radio, et je tenterai d’explorer tout le côté à notre gauche tandis que tu partiras vers la droite. O.K. ?

— Ça marche. »

Et ils repartirent… En courant cette fois-ci, car les lieux avaient beau être impressionnants, ils n’avaient quand même pas de temps à perdre. Et ils prirent tant d’intersections, fouillèrent tant de recoins, que sans la carte automatique fournie par le casque de Io, et les indications que l’humain fournissait à Imalbo pour se guider, ils se seraient probablement perdus à jamais.

Ils ne trouvèrent pas d’échelles, ni même aucun cul-de-sac en fait, rien qui puisse présager qu’un passage ait pu être aménagé, que ce soit vers le haut ou vers le bas. La seule issue restait le trou par lequel ils étaient descendus.

« On ne va quand même pas remonter par là, se plaignit Io à la radio.

— Pourquoi pas ? répondit Imalbo avec son bloc-poignet. On ne va pas pouvoir continuer à errer ainsi très longtemps, aucun de nous n’a rien trouvé…

— Ouais, mais reconnais que ce serait quand même dommage : cet endroit est bizarre, étrange, et il faudrait le quitter ? Il y a sûrement moyen de progresser…

— Eh bien, quand tu auras trouvé, fais-moi signe. Terminé. »

Ils continuèrent à chercher, Io essayant en plus de réfléchir à une issue cachée, un passage secret… Ils avaient pratiquement fait tout le tour des lieux : c’était un vaste labyrinthe carré, vraiment très grand. Peut-être un labyrinthe sans sortie ?

Il faisait de plus en plus clair à mesure qu’ils progressaient : comme si ici les pierres absorbaient la chaleur de leurs corps pour la restituer sous forme de lumière par les tuyaux de métal. C’était sans doute pourquoi il faisait noir quand ils étaient arrivés. Et à force de réfléchir sur la lumière, fatalement, Io eut une illumination.

« Ça y est, Imalbo, j’ai trouvé, appela-t-il par la radio.

— Trouvé quoi ?

— Où pourrait être la sortie. Quand nous sommes repartis après avoir mangé, tu es allé explorer notre gauche, et moi notre droite. Mais qui a exploré devant nous ? A mon avis, nous nous sommes trop concentrés sur les côtés, pensant que l’autre irait farfouiller au milieu. J’ai vérifié sur ma carte : nous étions beaucoup plus souvent près des bords.

— Tu penses donc qu’il faudrait revenir là où nous avons bivouaqué, puis tout refaire en partant cette fois-ci droit devant nous ? voulut savoir Imalbo.

— J’ai plus simple : je pense que si sortie il y a, elle se trouve à l’exact centre de cet espèce de labyrinthe. Ici, tout est droit, géométrique : ce n’est donc pas en regardant dans les coins qu’on pourra trouver quelque chose.

— C’est d’accord, on va voir. On se retrouve là-bas, de toute façon il nous fallait un endroit où se regrouper. Repère bien ce centre sur ta carte, et donne-moi les coordonnées… »

Io s’exécuta, puis se dirigea vers ce qu’il pensait être le centre figurant sur sa carte : c’était son casque qui en avait calculé la position à partir des contours explorés du labyrinthe, il n’y avait donc pas à se tromper, et Io était plein d’excitation.

Et il avait eu raison ! Il rejoignit Imalbo un peu avant d’arriver, ce fut donc ensemble qu’ils purent constater la justesse du raisonnement de l’humain. Au centre du labyrinthe était comme une petite pièce : elle n’était pas close, mais quatre coins de murs la délimitaient, séparés de la largeur d’une petite porte. La lueur diffusée ici apparentait l’endroit à un petit sanctuaire, et c’est en silence que les deux hommes s’approchèrent de l’ouverture ronde pratiquée au milieu du sol : il y avait une sorte de boyau de pierre, très profond, montrant combien le sol était épais. De petites entailles étaient taillées dans les côtés, mais la descente restait vraiment rudimentaire. Pourtant, Io ne réfléchit pas un seul instant et se glissa dans les ténèbres.

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