Chapitre 40: Cothyard

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Pierre d’Ambroise

Lundi 8 du mois de Juin de l’an de grâce 1205 AE.

Villeurves ; après la prière de None

Royaume du Corvin

Le jeune Ambroise suivit le père Pilgrym dans le manoir seigneurial. Passant la grande porte du mur d’enceinte, lui et ses camarades de route entrèrent dans la cour intérieure de l’endroit. Nulle haute et basse cour dans ce domaine, de par sa taille l’endroit n’avait qu’un seul espace d'activité. Le manoir d’une bonne taille devait avoir, lui, trois ou quatre étages. Des pierres de taille composaient la solide construction qui dominait tout arrivant par sa taille et son ombre. Des fenêtres étaient réparties le long des façades, la sculpture de chacune d’entre elles était tout à fait travaillée ressortant ainsi avec les grandes pierres qui composaient le mur. Chaque fenêtre était soutenue par des colonnes qui encadraient des vitres à croisés. Les colonnes, elles, supportaient un chapiteau crénelé qui finissait harmonieusement le tout.

Le manoir avait d'ailleurs une annexe sur l’un de ces côtés. La petite construction trapue comportait deux petits vitraux qui encadraient sa porte d’entrée. Le toit se terminait par une petite tour arborant le signe des Sauveurs à son extrémité. Le signe et les vitraux informaient ainsi à eux seuls sur l’activité du bâtiment. L’endroit devait occuper le rôle de lieu saint et d'église pour le seigneur et ses gens. Le père Pilgrym, lui, devait sûrement prêcher exclusivement à son église, à en croire ses paroles. Sa brève activité seigneuriale avait dû l'amener à rester au manoir et ce lieu était devenu son annexe et l’endroit qu’il lui était le plus familier au manoir.

Ainsi dans l’ombre du bâtiment principal, Pierre observait la cour avec ses différentes constructions et occupants. Une petite forge était présente contre le mur ouest. L’installation regorgeait tout de même d'activités. Un grisonnant forgeron faisait chanter le fer sur son enclume en laissait une gerbe d'étincelles s'envoler sous chacun de ses coups. Un jeune homme qui devait sûrement être son apprenti tentait tant bien que mal d'entretenir le foyer des lieux. Il s’activait sur le soufflet, bien grand comparé à sa taille. Ce dernier faisait presque soulever le garçon à chaque mouvement qu’il tentait de donner. Le brasier de charbon était ainsi ravivé sous chaque inspiration d’air chauffant les différentes barres présentes sur le lit de charbon ardent. Le forgeron qui travaillait dur lançait de temps à autre un regard intéressé au brasier sûrement pour vérifier l'activité de l’apprenti qu’il avait à sa charge.

À l'opposé de la forge se tenait une petite écurie principalement construite en bois. Composée d’au moins sept emplacements, seulement quatre étaient occupés par des chevaux. Un homme muni d’une fourche venait piquer un tas de foin non loin et d’un geste rapide, machinal, déversait son précieux chargement jaune dans les différents compartiments occupés. Les chevaux à chaque surplus de nourriture remuaient la crinière et la queue, gratifiant l’homme d’un souffle approbateur.

Enfin le regard du jeune Ambroise se porta sur une série d'objets cachés sous un endroit de stockage, le seul des lieux en soi. Devant les nombreuses caisses se tenait un amoncellement de tonneaux. Sur l'un d'eux, un homme se tenait assis, aiguisant son épée qui aiguisait son épée qu’il tenait dans l’une de ses mains. Frottant le fil de la lame avec sa pierre, il alignait de temps à autre son arme avec ses yeux pour sonder son travail. Comme pour détecter toute imperfection malgré son geste appliqué. Tandis qu’il baissait son épée, il ne manqua pas de remarquer les arrivants. Croisant le regard du jeune seigneur d’Ambroise ils purent s’observer succinctement.

L’homme assis ne devait pas être si âgé que ça. Il arborait une légère barbe aussi brune que ses yeux et sa pilosité générale, des cheveux bouclés surmontant un front expressif, il arborait une tenue . L’homme arborait une tenue légère composée d’une chemise blanche et d’un pourpoint de cuir de couleur foncée.

Observant les arrivants d’un regard qui mêlait curiosité et animosité, il se leva. Passant son épée derrière sa tête, il la posa sur ses épaules, la main gauche sur le pommeau et la droite vers la pointe de la lame. Il se dirigea vers Pierre et les autres arrivants qui faisaient de même.

— Père Pilgrym quel plaisir de vous voir, vous nous amenez des voyageurs, commença l’homme d’un sourire narquois qui sonnait faux. Un jeunot, une domestique et deux hommes d’armes sudistes, quel bien étrange groupe. Vous m'aviez annoncé la venue du nouveau seigneur, mais je ne le vois pas. M’auriez-vous trompé ?

Les paroles ne manquèrent pas de piquer à vif les arrivants. De manière appliquée l’homme qui avait parlé venait de se moquer de chacun des voyageurs qui lui lancèrent en retour un regard noir. Pilgrym, pris de court, ne savait quoi répondre. L’une des mains de l’homme tapotait la lame de son épée à intervalle régulier comme pour presser toute réponse.

— Je… Voici Pierre d’Ambroise l'homme choisi par la reine Anaïs pour reprendre le domaine.

— La reine !? Vous parlez de la fille de l’ancien roi qui n’a même pas été capable de tenir ses seigneurs et son cousin. Qui suivrait une personne qui utilise son frère bâtard pour se battre et qui court de défaite en défaite, dit-il face à Pilgrym avant de porter son regard sur Pierre. Et toi, tu n'es encore qu’un jeune, que crois-tu ? Que tout le monde va te suivre à cause de ton nom. Tu n’es plus rien. Ta famille est morte, tes vraies terres perdues et ton nom bientôt oublié. Si c'est là tout ce que la “reine” à a nous offrir, je pense que nous nous débrouillerons bien mieux seuls. Nous l’avons toujours fait, les sudistes et nordistes ne sont que des opportunistes. Ta famille s’est toujours préoccupée de son fief comme toutes les autres et maintenant te voilà sans rien à prendre ce qui ne t'appartient pas, ce que tu ne mérites en aucun cas.

Plus l’homme expliquait sa pensée, plus il s’était avancé vers Pierre. Les deux hommes étaient maintenant face à face dans une ambiance bien tendue.

— Il ne sait pas ce qu'il dit mon seigneur, c'est la colère et la mort de sa famille qui parle à sa place, tenta d’expliquer le père Pilgrym face aux mots durs qui venaient d'être formulés.

Il s’était approché des deux hommes comme pour empêcher tout débordement.

— La colère ? reprit l’intéressé. C’est ce que je pense et vous aussi Pilgrym, j’en suis sûr. Praveen et ses habitants ont toujours été exploités par le reste du Corvin. Vous nous avez souvent abandonnés à notre sort. Où était le Haut et le Bas Corvin quand le royaume d’Elba dévastait nos terres, tuait nos proches ?

Le jeune seigneur d’Ambroise pouvait pardonner la colère et le chagrin, mais son interlocuteur l’avait personnellement attaqué. Mais que pouvait-il répondre, certains des arguments avancés étaient vrais.

— Tu as là des mots tranchants, tu ne me connais pas alors ne prétends pas savoir qui je suis. Tu ne peux me juger sans me connaître, tu as perdu des êtres chers mais ne crois pas que ça te donne quelque droit d’attaquer les gens, tu es loin d'être le seul dans ce cas. Je suis seigneur, toi tu ne l’es pas et si j’étais aussi prompt à la colère que toi, je t’aurais déjà châtié.

— Ha l’ourson d’Ambroise sort ses griffes, allez montre-moi ce qu'un noble de ton rang sait faire, dit-il en étant presque tête à tête avec le jeune seigneur.

— Pilgrym semble ne pas le vouloir, ça sera l’unique raison pour laquelle tu peux repartir.

Echappant un rictus de colère, l'homme avec lequel Pierre avait conversé coupa court à la discussion et quitta la cour sans manquer de pousser le nouveau seigneur de son épaule.

La plupart des occupants de l’endroit avaient arrêté tout travail dès le début de l’échange houleux. Tous regardèrent l’homme qui avait bousculé Pierre quitter les lieux en lançant quelques jurons au passage.

— J’espère que les habitants de Villeurves ne sont pas tous aussi têtus et rancuniers, dit Pierre à l'intention du Père Pilgrym.

— Têtus, et rancuniers. Je dirais que oui, c'est ce qui les définit le mieux. Mais il n’y a pas plus loyal et honorable dans le royaume. Cet homme s’appelle Cothyard. C'est le fils de l'ancien bailli. Toute sa famille s’est rendue à Fressons pour le banquet et le tournoi. Nul n’est revenu. Ce n’est pas un mauvais bougre, je vous prie de l’excuser pour ses mots.

— Honorable et loyal vous avez dit, ce Cothyard ne m’a pas l’air de le refléter.

— Je dirais qu’il peut être votre meilleur soutien ou votre ennemi le plus implacable.

— Alors, tâchons de lui montrer qui je suis vraiment, répondit Pierre en souriant à Pilgrym.

— Bien, reprit le religieux, venez je vais vous montrer le manoir à présent. Vos compagnons doivent être fatigués et nous avons beaucoup de choses à nous dire, seigneur.

Pilgrym conduit alors le groupe de voyageurs dans le bâtiment. Poussant la lourde porte de bois, ils débouchèrent dans la pièce du premier étage. Une d'entrée était aménagée pour accueillir, suivie suivis d’un large espace qui devait être la salle principale. Cette dernière comprenait une grande table, des sièges et un imposant foyer en pierre finement ciselé. Une porte sur la gauche devait donner sur les cuisines d'où quelques serviteurs apparurent.

Saluant leur nouveau seigneur, l'un d'eux proposa de conduire les hommes d’armes au corps de garde et à leur baraquement. Ceci fait, Pilgrym entraîna Pierre et Lise dans l’escalier à droite de la salle principale. Gravissant les marches en colimaçon, le prêtre leur présenta chacun des étages, chaque pièce, chaque chambre des lieux.

Le religieux désigna la chambre de Lise et la saluant, le prêtre emmena Pierre dans la salle du seigneur. Les deux hommes se mirent à travailler dans une salle remplie d’étagères et de coffres. Pilgrym exposa en détail le domaine, les finances et les particularités des lieux. L’homme expliquait les choses avec application, étant coupé uniquement par les serviteurs qui amenaient un encas pour les deux hommes ou pour allumer les bougies avec le soleil qui s’éclipsait.

Les deux hommes se quittèrent en toute fin de journée, mais Pierre, avant de laisser le religieux prendre congé, lui demanda où il pouvait trouver Cothyard et la réponse qu’il reçut ne le surprit guère.

La nuit avait déjà recouvert toute la vallée quand Pierre quitta le manoir seigneurial. Parcourant les rues du village il fut salué au passage par les quelques villageois encore dehors. La nouvelle avait dû circuler durant l'après-midi et le jeune seigneur se sentait observé. Il pouvait sentir les regards à travers les fenêtres des maisons, le scruter à son passage.

Le jeune homme marchait d’un pas rapide, la scène qu'il avait eue dans la cour du manoir l’avait travaillée le reste de la journée. Pilgrym avait tenté de protéger et expliquer les agissements de Cothyard. Depuis son arrivée, le religieux s’était montré quelqu’un d'efficace et au bon fond. Pierre faisait donc confiance à son jugement, il lui avait donc demandé où se trouverait Cothyard en fin de journée et le prêtre lui avait parlé de l’auberge du village.

Cela n’avait guère étonné Pierre, le natif de la région devait assurer les tables de l’auberge et noyer son chagrin dans l’alcool. Mais le jeune seigneur d’Ambroise voulait converser avec ce Cothyard, s’il voulait pouvoir agir au mieux pour le village il se devait de s'entendre avec le fils de l'ancien bailli.

Pierre arriva bien vite devant l’auberge, le bâtiment d’une bonne taille était empli d’activité et de bruit. Tandis qu’il s’approchait de la porte, cette dernière s’ouvrit subitement lorsqu’un homme ivre quitta les lieux, les pommettes bien rouges et l’œil au beurre noir. S’introduisant dans les lieux, Pierre chercha Cothyard du regard. La tâche fut assez courte quand il repéra l’homme qui l'intéressait contre l’une des tables proches du comptoir. Ne perdant pas plus de temps, le jeune seigneur se fraya un passage dans la foule et s'assit.

Cothyard, qui devait finir un énième verre en vue du nombre de chopes et de l'heure tardive, observa Pierre prendre place face à lui. Mais cette fois nul colère ou jugement dans ses yeux.

— Je pensais que sa Seigneurie se serait retirée dans ses nobles quartiers pour la nuit. Si tu viens pour des excuses, tu peux partir car tu n’en auras pas.

— Et moi je pensais que le fils de l'ancien bailli serait occupé à quelque chose de plus constructif que de vider les tonneaux de l’auberge locale. Je crois que nous sommes partis du mauvais pied, tous les deux. Je voulais seulement te parler.

Tandis qu'il attendait la réponse de son interlocuteur, le jeune homme arrêta l'une des servantes des lieux pour lui commander le même breuvage que Cothyard.

— Quoi ? Tu voudrais que je gère cet endroit comme mon père ? Pilgrym est assez compétent pour gérer les lieux, il le fait depuis quelque temps maintenant et il le fait bien.

— Ce bon prêtre m’a parlé de toi, il était bien élogieux malgré ta scène de tout à l’heure.

— Cet homme voit le bon chez les gens même quand ces derniers préféreraient le contraire, répondit Cothyard en avalant une rasade de sa bière. Pourquoi es-tu vraiment venu ce soir, si tu voulais juste parler, tu aurais pu le faire au manoir avec tes camarades de route ?

Pierre qui était maintenant servi goûta alors l’alcool local qui exprimait des notes tout à fait singulières.

— Bon, écoute, je ne suis pas ici pour profiter d’une terre qui m’est étrangère. Malgré tout ce que tu peux penser j’ai été élevé pour agir avec honneur et dans le bien de mes gens. Villeurves est ma terre à présent, elle est sous ma responsabilité et ses habitants sont ceux que je dois maintenant protéger. Si je viens, c’est surtout pour te faire changer d’avis. Je ne cherche pas des personnes qui m'aideront à agir au mieux, mais des personnes honorables et capables.

— Et tu as besoin de moi car tu n’as presque aucun moyen et tu ne connais pas notre région. Nous ne fonctionnons pas comme ton Haut Corvin natal, tu l’as compris, intéressant…

— C'est pour ça que j’ai besoin de quelqu'un de confiance à mes côtés.

— Et je présume que tu veux parler de moi ?

Pierre acquiesça.

— Pilgrym a dit que la reine t’avait désigné ses terres. C'est la vérité ?

— Oui.

— Tu te doutes que c'est avec une arrière-pensée qu'elle a agi.

— Évidemment.

— Elle doit sûrement espérer te voir rallier les bannerets de l’est, mais cela me semble impossible.

— Pour quelle raison ?

— Les bannerets de Praveen ne suivront que le seigneur des marches de l’est et un homme qui a du sang local. Or la reine à révoquer le titre et tu n’es pas d’ici.

— Nous avons donc du pain sur la planche, répondit-il souriant.

— Es-tu quelqu’un de bon, Pierre d’Ambroise ?

— Je m'efforce de l'être.

— Feras-tu ce qu'il faut pour protéger Villeurves ?

— Je ferai ce que l’honneur exige

— Désires-tu venger la mort de ta famille.

— Oui

— Alors nous pourrions peut-être nous entendre. Je vais finir de boire, toi, tu ferais bien de rentrer. Tu es le seigneur à présent, montre l’exemple, dit-il en rigolant. Demain je te parlerai des choses qui doivent être réglées sur le domaine.

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