Chapitre 23: Dernière chance

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Pierre d’Ambroise

Samedi 16 du mois de Mai de l’an de grâce 1205 AE.

Village de Cologneux, en direction du sud ; durant la prière des Vêpres

Royaume du Corvin

La pièce était sens dessus dessous, cela n'étonnait guère Pierre. Lise avait dû se défendre malgré l’effet de surprise de ses agresseurs. Cependant ce qui l’inquiétait fut les traces de sang. La quantité au sol était petite et le jeune seigneur espérait au fond que ce soit celui d’un des intrus et non celui de la jeune sorcière. Finissant d’observer les lieux et de conjecturer quant aux événements, Pierre quitta la pièce en refermant la porte. Cette fille, cette sorcière, l’avait sauvé. Elle avait des pouvoirs qui en un sens faisaient peur à Pierre mais il n’était pas dans ses habitudes de laisser tomber sans agir. Il avait une dette envers elle et il comptait bien l'aider. Quittant le pas de porte, il descendit la volée de marches rapidement. Ce qui venait d’arriver avait sûrement alerté des personnes, quelqu’un avait sûrement vu l’inquisiteur ou ses hommes.

Croisant des clients des lieux, il posa des questions mais nul ne lui répondit. Les gens le rabrouaient sèchement à chaque tentative. Ayant abordé les clients de la salle commune, il vit au loin le gérant des lieux et se dirigea vers lui. L’homme, hésitant au début, reconnut les faits lorsque Pierre lui tendit une pièce qui semblait lui faire oublier le dangereux inquisiteur. Lise avait rejoint l’auberge en fin de journée et s’était dirigée vers leur chambre. Peu après, des hommes de l’inquisition avaient fait irruption dans l’entrée. Leur leader avait agité sa rosette inquisitoriale face au tavernier. Le simple nom de leur maître avait suffi à effrayer l'humble gérant des lieux qui leur avait dit la pièce occupée par la sorcière. L’homme avait alors envoyé ses sbires dans la chambre que ce dernier avait indiquée.

Pierre était anxieux après le récit du gérant, il avait bien évidemment demandé à l'homme s’il connaissait leur repaire. Mais le tavernier, la mine désolée, avait répondu négativement, il n’avait eu vent que des rumeurs de leur présence dans la région déjà dangereuse en temps normal. Le jeune seigneur se devait d’agir. Il sortit des lieux et déboucha dans la rue. Le soleil était déjà en partie couché et la pénombre s’installait peu à peu. Cette sensation de solitude qu’il avait connue depuis les agissements de la capitale revint au galop. Il était isolé, mais il était aussi sûrement la seule aide que pouvait espérer Lise. Se tenant ainsi dans la rue, il entendit le sifflement d’un oiseau. Il observa les toits en face de lui, il vit l'animal qui en était l’auteur. Un de ces maudits corbeaux l’observait encore. Il n’aimait guère ces bêtes et il semblait que ceux de la région le scrutaient depuis sa venue. Pierre détestait ce village à présent.

Tandis qu’il était en train d’observer l’animal au loin, il eut comme une sensation de brûlure. Son bras le lançait et une douleur à la crane le fit bientôt s'écrouler contre le mur derrière lui. Serrant sa tête de ses mains, il avait une migraine de plus en plus grande. Des flashs d’images apparurent alors dans son esprit. Il vit un chemin de boue puis une tour non loin d’une forêt. Les images disparurent aussi vite qu’elles étaient venues et les douleurs de Pierre s’estompèrent peu à peu.

Que venait-il d'arriver à Pierre ? S’asseyant à présent sur le sol contre le mur qui l'avait soutenu, il ne savait pas quoi penser. Regardant son bras il put voir la marque de Lise, elle avait partiellement réapparu mais elle disparut à nouveau. Il s’agissait de magie à n’en point douter. Lise avait dû essayer de lui donner des indices. Cette fille était intelligente et débrouillarde, Pierre le savait à présent. Mais combien de temps tiendrait-elle face aux acolytes de l’inquisiteur ?

Les images qu’il avait vues venaient de Lise, elle lui donnait une piste mais il ne connaissait aucunement la région. Il devait prendre de la hauteur s'il voulait trouver cette tour et le chemin. Pierre se rappelait une colline qu’il avait vue lors de leur arrivée aux abords du village. Le soleil qui s'effaçait de plus en plus ne lui laissait qu’une courte fenêtre d’action. Ne perdant pas plus de temps, il se mit à courir jusqu'à son objectif. Les lueurs faiblissantes du soleil étaient comparables à un décompte anxiogène pour lui. La route encore boueuse le ralentissait mais il était déterminé et mettait du cœur à l’ouvrage pour rejoindre la colline.

Au bout d’une course déjà effrénée, qui l'amena au chemin par lequel ils étaient venus le jour précédent, il atteignit le bas de ladite colline. Il gravit alors le surplomb juste avant les dernières lueurs de la journée et observa les alentours. La région était grandement boisée et n'inspirait pas confiance. Les environs semblaient inhospitaliers aux voyageurs qui s'y aventuraient. Le petit village était comme étranger dans cette nature et seules les toitures de chaume ressortaient dans le décor. Son regard fut attiré par une trouée au loin. Un petit espace déboisé était proche du village. Une sorte de vieux domaine y trônait au centre et une tour soutenait une enceinte l’entourant. Il s’agissait de la tour de sa vision, il ne pouvait en être totalement sûr mais il n’y avait aucun autre bâtiment comparable aux alentours.

Pierre s’était mis en marche dès qu’il avait aperçu le vieux domaine. Situant le bâtiment au sud-ouest, il avait entrepris de cheminer en ligne droite. La forêt, déjà lugubre de jour, avait revêtu un aspect sinistre. Les totems d’ossement qu’il avait croisés lui revinrent en mémoire et il n’en fallut pas plus pour le mettre encore plus sur les nerfs. Il lui fallut une petite heure pour rejoindre le domaine qu’il avait aperçu. Se tenant à la lisière de la forêt, il observait le bâtiment. Les lieux étaient en mauvais état. Le mur d’enceinte ne demandait qu'à s'écrouler. La tour dont Pierre avait eu la vision était bien là. Laissant aller son regard sur les lieux, il vit des mouvements de torches. L’endroit était gardé. D’étranges hommes en noir patrouillaient dans le bâtiment et la zone qui l’entourait. En les observant plus précisément, il vit qu’ils étaient bien équipés et prêts à affronter le moindre danger. La nuit n’avait pas encore pris entière possession des lieux, Pierre attendit donc patiemment dans le bois. Les hommes en face de lui allumaient des braseros et torches au fur et à mesure de la tombée de la nuit.

Se secouant de la léthargie dans lequel il s'était plongé durant l'attente, il observa à nouveau les lieux. La nuit était entièrement tombée et les lieux étaient plongés dans la pénombre. Les torches des gardes et braseros étaient les seules lumières visibles dans les environs. Jugeant le moment opportun, il se décida à s’approcher discrètement des lieux. Se déplaçant furtivement dans le paysage, il s’approchait de l’enceinte. Esquivant les hommes en patrouille, il se plaqua contre la petite muraille. Grimper s'avérait un acte difficile et risqué. Longeant la défense, Pierre chercha un point d'appui pour gravir le mur. S’appuyer sur les pierres qui dépassaient aurait été une très mauvaise idée. Elles ne demandaient qu'à sortir de leur logement et précipiter le mur au sol dans un éboulement audible à des lieux à la ronde. Après avoir sondé ses possibilités pendant un long moment, Pierre découvrit un lierre grimpant le long de la muraille. Jugeant que l'opération présentait le moins de risque, il se mit à escalader, aidé par la plante.

Arrivé en haut du mur, il put observer la cour du domaine. L'espace large accueillait quelques hommes d’armes et chargements divers. De nombreuses zones n’étaient pas éclairées par la lueur des braseros et les végétations éparses offraient des espaces de dissimulation. Sautant dans la cour, Pierre s'accroupit dans des buissons. Le bâtiment principal était dans un triste état, les fenêtres étaient barricadées par des planches. Les volets qui jadis les protégeaient étaient au sol. Presque aucune lumière ne sortait de l'ouvrage. Malgré cela, Pierre put voir une entrée au sol. Sûrement l’ancien passage des domestiques. La porte était maintenue par seulement deux planches et aucun garde n’était en faction devant. La porte principale quant à elle était surveillée par deux imposants hommes d’armes éclairés par la lumière d’un feu. L’idée d'entrer par ce passage semblait finalement être intéressante pour Pierre.

Cela dit, si rentrer entraînait un risque modéré, ressortir avec une personne en représenterait un bien plus élevé. Pierre ne savait pas dans quel état se trouvait Lise. Si un seul garde donnait l'alerte il se retrouverait piégé. Le jeune seigneur avait observé à mi-chemin une cloche devant servir à donner des signaux pour les hommes surveillant les lieux. Si Pierre voulait augmenter ses chances d’en réchapper, il devait la neutraliser. La cloche n’était qu'à une vingtaine de pas mais la présence de gardes ne le rassurait en rien. Attendant le passage d’une patrouille, il se glissa de caisse en caisse. Se retrouvant haletant sous ladite cloche, il sortit doucement son épée. Regardant autour de lui pour être sûr, il attendit le moment où les gardes étaient les plus éloignés pour agir. Maintenant le battant de la cloche, il glissa sa lame sur la corde le retenant. L’objet tomba au sol dans un bruit léger et le jeune seigneur le dissimula dans un buisson non loin. Ceci fait, il se dirigea vers l’ancienne porte de service. S’accoudant au mur, il observa les planches barrant son chemin. Les clous les soutenant n’avaient pas été plantés avec minutie et dépassaient. Pierre eut alors l'idée de faire poussoir avec sa lame, mais il s'arrêta net quand il entendit une patrouille s’approcher.

S'arrêtant, il se mouvait avec rapidité tout en restant le plus discret possible. Se recroquevillant derrière un vieux chariot, il entendit les gardes s’approcher en conversant. La lumière de leur torche illuminait l’espace autour de Pierre. Retenant même sa respiration, il attendait le moment où les gardes s’éloigneraient. Lorsqu’il vit la lumière se dissiper et les bruits s'évanouir dans la nuit, il reprit son souffle. Regardant furtivement, il observa les lieux et retourna vers la porte. S’activant avec les planches, il fit son maximum pour les retirer sans trop de bruit. À chaque grincement ou bruit, il pestait en se figeant sur place.

Ayant libéré le passage de la porte, il la poussa et celle-ci s'ouvrit dans un léger grincement. L'entrebâillant légèrement, il s’engouffra dans le noir et referma derrière lui. L'intérieur des lieux était plongé dans une sinistre pénombre. Laissant ses yeux s'acclimater au noir ambiant, il tâtonna de porte en porte mais ne trouva aucune ouverture. Observant les formes d’un escalier, il entreprit de gravir silencieusement les marches. Il déboucha alors sur un second étage. Et une nouvelle volée de porte. Comme celle des couloirs du bas, elles étaient fermées. Pierre naviguait à nouveau dans un couloir, il errait sans trouver son but. Tournant dans un embranchement, il s'arrêta net lorsqu'il vit un filet de lumière dépasser de l'une des portes. Prenant son courage à deux mains et serrant son épée, il mit une main sur la porte et la poussa.


************

Lise revint peu à peu à elle, se réveillant péniblement. Elle essaya de bouger mais les liens qui l’emprisonnaient l’en empêchaient. Sa tête la faisait souffrir, ses souvenirs encore confus lui revenaient. Elle avait quitté Pierre au petit matin. Lise avait alors cheminé jusqu'à la maison de sa grand-mère non loin du village. La jeune sorcière était pressée de retrouver la femme qui l’avait protégée toute son enfance et lui avait tant donné. Son bonheur fut cependant de courte durée. Ouvrant la porte de l’humble demeure, elle tomba sur un spectacle macabre. La grand-mère de Lise, une femme d’un âge avancé, siégeait assise au milieu de la pièce d’entrée.

Elle était morte et un pentacle entourait le siège ou elle reposait. Le monde qui entourait la jeune sorcière s’était alors effondré. Refrénant ses larmes comme elle le pouvait, elle s'était approchée de la dépouille. Les traces de magie noire imprégnaient encore les lieux. S'effondrant au sol, elle pleura et resta ainsi pendant un long moment. Prenant son courage à deux mains, elle décida de rejoindre Pierre. Le jeune homme lui avait proposé de l'accompagner. Maintenait que le seul lien affectif qu'elle entretenait dans cette région avait disparu, elle allait répondre positivement au jeune seigneur.

Retournant à l'auberge, elle ne fit attention à personne. Elle ne cessa de repasser les images dans sa tête. Une fois arrivée dans la chambre, elle avait fermé la porte et s'était écroulée de tristesse dans le lit. C’est alors que Lise entendit des bruits de pas venant du couloir. Dans un état de tristesse palpable, elle se demandait qui pouvait bien se rapprocher de sa pièce. Elle n’eut pas plus de temps pour y réfléchir. La porte fut alors enfoncée et Lise recula, étonnée. S’écroulant par terre, elle tenta de se remémorer des sorts pour se défendre et eut juste le temps de voir des hommes entrer avant d'être attaquée. Utilisant ses pouvoirs pour jeter des objets, elle fut rapidement maîtrisée et assommée.

La suite des événements fut plus vague. Lise avait alors été transportée, inconsciente. Ligotée, elle peina à rester éveillée et, reprenant conscience de temps à autre, elle vit un bâtiment dans lequel les hommes l’emmenaient. Il devait s'agir du repaire de l’inquisiteur. Effrayée par cette idée, elle devait faire quelque chose ou tout était perdu. Se concentrant comme elle pouvait, elle essaya d’envoyer ce que voyaient ses yeux à Pierre. La marque qu'elle avait faite sur son bras pour le sauver allait peut-être la sauver elle-même. Cependant les hommes présents s’en rendirent compte et, déliant la corde qui l’entravait, la remplacèrent par une chaîne d'argent. Le contact avec ces nouveaux liens brûla Lise et elle fut réduite à l'impuissance. L'emmenant dans une pièce sombre, ils l’attachèrent et elle fut seule, à la merci des hommes de l’inquisiteur.

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Anne Cécile B
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