Chapitre 14: Quand sonne minuit

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Pierre d’Ambroise

Jeudi 24 du mois d’Avril de l’an de grâce 1205 AE.

Palais royal de la famille Corvinus, hauteurs de la ville de Fressons ; durant la funeste Nuit des Lames

Royaume du Corvin

Les musiciens des balcons avaient abandonné leurs instruments pour des arcs et arbalètes. Rejoints par des manteaux pourpres et des gardes de la ville, ils commençaient à faire pleuvoir des carreaux et flèches sur l'assemblée. La mort s'invita ainsi au banquet et faucha seigneurs et dames sans distinction. Pierre, qui observait la scène, était pétrifié. Ce qui se passait devant lui ne pouvait être qu'un rêve, un cauchemar. Le centre de la salle s'était transformé en un véritable champ de bataille, les projectiles envoyés des balcons s'abattaient sur la foule et prenaient leur part de vie. Des nobles portant des brassards noirs se retournaient à présent contre leurs anciens camarades et compatriotes. Les masses, épées et autres armes de corps à corps répandaient des traînées de sang dans la salle. Des tables étaient retournées au sol, le vin commençait à se mélanger au sang des convives. La pièce remplie de rire et de musique il y a quelque instant s'était transformée en un désordre d'où les cris de douleur et d'agonie fendaient l'air sans interruption. Durand qui fut l'un des très rares nobles du Haut Corvin à s'insurger, courroucé par le mot de Léonard, s'était vu criblé de plusieurs projectiles. Se débattant à terre, il mourait, impuissant.

Ava, qui se tenait proche de son conjoint, était agenouillée et pleurait à ses côtés. Pierre revint à la réalité de l'action quand un carreau lui frôla la tête laissant une coupure sur sa joue. Le sang commençait à perler de l'entaille. Il ne lui en fallut pas plus pour courir rejoindre sa mère. Les nobles qui combattaient tout autour de lui ajoutaient un certain chaos à la scène, dames et jeunes seigneurs couraient en tous sens pour s'enfuir. Pierre fut bousculé dans sa course par deux combattants qui luttaient âprement. Déséquilibré, il vacilla. Se réceptionnant au sol, ses mains s'imprégnèrent du sang qui s'y trouvait. Allant puiser dans ses forces, Pierre se relevait tant bien que mal. Des larmes commençaient à couler sur ses joues, au fur et à mesure qu'il prenait pleine conscience de la situation. Atteignant sa mère, il s'agenouilla près d'elle. Son père qui laissa échapper son dernier soupir était mort. Ava, qui était maintenant avec son fils, le serrait dans ses bras. Sanglotant, Pierre l'étreignit ne sachant quoi faire. Ne perdant pas un instant de plus, Ava s'adressa à Pierre.

— Mon fils il te faut fuir, commença-t-elle avant d'être coupée par les sanglots de Pierre .

— Père, qu'allons-nous..., dit-il avant qu'Ava ne reprenne.

— Ton père est mort, mon fils, tu comprends, part et survis !

Ava ne finissant pas ses mots repoussa Pierre sur le côté. Un manteau pourpre qui avait tenté de le transpercer de sa lance finit sa course proche d'Ava. Celle-ci, comme prise d'une férocité invisible, entraîna l'agresseur tout en criant à son fils:

— FUIS! !

La vue de Pierre était brouillée par ses larmes celles-ci se mélangeaient à sa sueur et amplifiaient sa confusion. Dans un sursaut d'adrénaline, Pierre se releva comme il pouvait. Sa chute l'avait emmené sur un pied de table et sa tête lui lançait des pics de douleurs. Se touchant l'arrière de la tête, du sang commençait à faire son apparition. Son propre sang !

Regardant la grande porte battante, il se retourna pour retrouver sa mère. Il ne pouvait la laisser mourir comme son père, mais il était trop tard. Le garde du cardinal essuyait la lame de son couteau sur un des corps proche de lui. Ava gisait au sol, la gorge tranchée non loin de son mari. Impuissant, Pierre se résigna à courir vers la sortie. Il lança un regard vers la table royale. Leonard, qui avait dégainé une épée, croisait le fer avec le demi-frère de la princesse. Celle-ci, accompagnée pas des hommes de confiance, tentait de fuir par une petite porte. Le Cardinal quant à lui déambulait sur le champ de bataille, sourire aux lèvres. Il psalmodiait des prières. Esquivant les convives qui s'affrontaient, Pierre tentait de s'échapper de ce piège. Des projectiles fusaient autour de lui et certains ricochaient sur le sol proche.

Passant au-dessus d'une table, il renversait verres et aliments sur son passage. Il lui fallait une arme pour se défendre, mais il ne pouvait dévier de sa route. Il vit des corps proches de lui et une épée plantée dans l'un d'eux. Pierre s'agrippa à cette dernière de toutes ses forces. Immobile au début, la lame se décoinça du corps et fit tomber Pierre en arrière. Reprenant son souffle, il reprit sa course, résigné. Un noble l'attaqua lors de son passage, Pierre para l'épée de l'homme qui tentait de le tuer. Déviant la lame, Pierre se laissa entraîner du côté opposé tandis que son agresseur était poignardé par-derrière. Un sudiste armé d'un couteau de table lui montra sa juste vengeance. Échappant à cette scène qui semblait à présent mineure dans le chaos ambiant, Pierre se rapprochait de plus en plus de la porte. Après une course qui lui parut prendre une éternité, il se retrouva à l'entrée. Deux gardes de la ville se tenaient là. Deux de leurs camarades qui n'arboraient aucun brassard gisaient à leurs pieds. Pierre n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps qu'un des gardes plongea vers lui en décrivant un arc de cercle avec son arme d'haste.

Pierre para le coup et, de son autre main, accompagna son adversaire pour l'envoyer finir sa course sur une table. Se retournant prestement, il engagea le combat avec le second garde. Celui-ci, surpris par l'action de Pierre, tentait d'attaquer comme il pouvait.

Le jeune seigneur, de par ses connaissances en escrime, prit son adversaire de court et lui planta son épée dans le ventre. Le garde, dans un hoquet de surprise, vit son sang jaillir et il s'écroula au sol. Pierre tourna la tête vers la salle de banquet et ne manqua pas d'observer les gardes des balcons supérieurs. Ceux-ci avaient vu l'action de Pierre et ne se firent pas prier pour arroser sa position de projectiles. Se jetant derrière la porte, il entendit les nombreux impacts contre l'épais bois. Se relevant, il put prendre connaissance de la situation des couloirs.

Les gardes de la ville, du palais et du cardinal étaient en nombre et se battaient entre eux. Domestiques étrangers et nobles en fuite se frayaient un chemin parmi les combattants trop occupés à s'affronter. Pierre reprit donc sa course effrénée et courut en direction de la porte menant aux escaliers. Les combats s'étaient portés même dans cet espace exigu. Des corps jonchaient les escaliers et Pierre prit soin de ne pas trébucher sur eux. La descente d'escalier fut plus simple qu'il ne l'aurait pensé. Les affrontements s'étant déroulés rapidement, les combattants devaient se trouver autre part. La course de Pierre déboucha dans un long couloir. Entendant des voix au loin, il chercha une cachette. Observant un meuble de grande taille, il se dépêcha d'ouvrir les portes pour y trouver refuge.

Se glissant entre des habits, il tenta de se dissimuler du mieux qu'il pouvait. Les voix se rapprochant, il tira la porte encore ouverte vers lui pour ne laisser qu'un petit espace par lequel il observait le couloir. Son épée au poing, il resta immobile dans ce compartiment restreint. Regardant par l'entrebâillement de la porte il observait à l'affût. Son attitude, loin d'être chevaleresque, lui était imposée par la situation. Le groupe de personnes qu'il avait entendu auparavant fit peu à peu son apparition. Quatre hommes composaient la troupe. Un manteau pourpre semblait diriger le groupe, suivi par trois gardes équipés d'arbalètes et de lames de diverses tailles. Un seul d'entre eux avait encore son arme bandée et chargée. Les quatre hommes naviguaient lentement dans la salle. Comme dans le reste du palais, des corps gisaient au sol et les quatre hommes s'assuraient du trépas de ceux-ci. Les rares survivants présents furent gratifiés d'un coup de lame leur ôtant toute chance de survie. Pierre observait la scène avec dégoût, mais ne pouvait risquer d'affronter quatre hommes entraînés. Après avoir rempli leur sinistre besogne dans le couloir, les gardes s'éloignèrent. Regardant chaque espace avec soin, ils cherchaient de nouvelles victimes potentielles.

Ravalant sa salive, Pierre vit le regard du manteau pourpre passer sur l'armoire dans laquelle il se trouvait. Deux des gardes avaient rejoint le bout de couloir. Le garde du cardinal, à mi-chemin, attendait tandis que l'un de ses hommes se dirigeait vers Pierre. Ne lui laissant pas le temps d'ouvrir le meuble, Pierre envoya l'une des portes sur l'arrivant. Le garde, surpris, tomba à la renverse. Ne perdant pas plus de temps Pierre donna un coup du pommeau de son épée pour maintenir le garde au sol. Le manteau pourpre hurla un flot d'injures et d'ordres que Pierre ne tenta pas de comprendre. Se lançant dans la partie opposée du couloir, il reprit sa course effrénée. Pierre eut le temps de distancer les combattants au brassard noir. En tournant au bout du couloir, il entendit l'impact des carreaux non loin de lui. Son coeur tambourinait dans sa poitrine. N'ayant aucun répit depuis le début des combats, il ne réfléchissait pas à ce qui se passait depuis qu'il avait fui. Enfin seul dans le couloir, les pensées fusèrent à nouveau dans son esprit. Machinalement il courait, courait pour fuir ce qui venait d'arriver, fuir la mort de ses parents. Fuir la folie des hommes qui s'était abattue sur le banquet.

Au détour d'un couloir, il posa sa main sur une colonne et tenta de reprendre son souffle. Il commençait à avoir un point de côté mais ne pouvait rester passif trop longtemps. Les gardes le suivaient de près. Il pouvait entendre le bruit de leurs bottes sur les dalles de marbre composant le sol du palais. Passant sa main sur son front, il essuyait la sueur qui y perlait. Entendant les voix se rapprocher, il reprit sa course effrénée. Perdu dans les innombrables couloirs du palais il ne pouvait prendre le temps de se situer exactement. Passant de porte en porte, de salle en salle, la scène du banquet se répétait à chaque fois. Des traces de combats et de carnages prenaient place à chaque endroit du palais. Pierre avait la tête remplie de ces scènes d'horreurs. Se précipitant vers une grande porte, il se heurta à celle-ci.

Fermé de l'extérieur il se retrouvait coincé dans la salle et ses poursuivants, eux, continuaient de se rapprocher. Réfléchissant, il regarda la pièce ou il se trouvait. De grandes fenêtres bordaient le côté de la salle. Pierre, s'approchant d'elles, l'ouvrit prestement avant de s'engouffrer dans l'ouverture. Un toit de tuiles couvrait l'espace en dessous de la fenêtre. Sa présence sur le bord de celle-ci, déjà incongrue, lui donnait à réfléchir. Il ne savait pas où ce chemin le mènerait. Tournant la tête, il vit les gardes faire irruption dans la salle. L'un d'eux cria en pointant du doigt Pierre. Ses camarades, empoignant leurs arbalètes, visaient le jeune seigneur. Un carreau traversa le verre de la fenêtre et Pierre ne prit pas plus de temps. Sautant sur les tuiles en contrebas, il glissa sur la fine couche pluvieuse au début avant de se remettre debout. Courant sur les tuiles, il tentait de garder son équilibre.

Les gardes ne se firent pas prier pour le poursuivre sur le toit. Des projectiles fusèrent autour de lui tandis que ses pieds décrochèrent des tuiles mouillées sur son passage. Sautant entre les courts espaces de vide qui séparaient les surfaces du toit, Pierre continuait sa course. Tournant la tête, il entendit l'un des gardes crier tandis que les tuiles sous ses pieds s'affaissèrent, l'entraînant dans une chute mortelle.

— HERBERT ! crièrent ses camarades, pris de colère en le voyant tomber avant de poursuivire Pierre de plus belle.

Remarquant la fin du toit, Pierre freina comme il le pouvait. Un vide de quelques étages se trouvait sous lui. Sur plusieurs mètres, l'espace était occupé par les toiles qui couvraient les étals de marchands. Fait comme un rat, Pierre se tourna vers ses poursuivants, mais dans son action perdit l'équilibre et tomba à la renverse.

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Skye23S@lut

Clic. Clac. "Reveille-toi, n°1362. C'est l'heure d'aller rapporter du fric" "Retourne dans ta cellule n°1362 ou tu vas avoir des problmes" " Regarde ton dos! Rien qu'en le regardant on voit combien de coups de fouet tu t'es prise, imbécile"
Voila ce que j'entends chaque matin.
Des bruits de serrure et des bruits de fouet qui claque, aussi.
Il y a longtemps, je m'appellais Coralie. Enfin, c'était il y a longtemps. Maintenant, je suis n°1362, une meurtrière parmi tant d'autre.

Cela fait maintenant 12 ans que j'ai renoncé a une vie humaine. Je trace une nouvelle barre sur le mur droit de ma cellule. 12 ans que j'ai exterminé un population entière. Je suis la fille unique de Cristophe Colomb, et contrairement a ce que dit l'histoire, c'est loi seule qui les a tous tués à moi toute seule. J'étais au service de mon père, car c'était le prix a payer pour rester a ses côtés. Je le chérissait comme rien au monde, c'était ma seule famille, la seule corde a laquelle je pouvais me raccrocher.

Mais finalement, je l'ai tué en même temps que les Maya.

- Eh, n°1362. Ca va faire combien de temp que t'es ici?
Je ferme les yeux en entendant le gardien qui me parle sur un ton méprisant.
- 12 ans, je répond en me retournant pour contempler le mur.
- 12 ans... T'a pas encore perdu encore la tête?
Je cligne les yeux quelque seconde. Quoi, perdre la tête? La bonne blague. Ma tête,
il en manque plusieurs morceaux depuis très longtemps.
- Hé ho. Regarde-moi quand je prend la peine de te parler.
Alors je tourne la tête d'un geste las, et je vois enfin ce garde grassouillet qui me "nourrit" une fois par semaine. Mais cette fois-ci, il est accompagné par un petit garçon.
**

- C'est qui ? T'as pas honte de gacher l'enfance de pauvre petits innocents ?
- Ta g***e, toi. On t'a pas demandé ton avis. Alors apprend que ce mioche est Chris, un enfant...
- Jm'en branle !
- Laisse-moi finir ou tu pourras compter une nouvelle cicatrice sur ton joli minois, murmure le gardien en se penchant vers moi.
Je passe la main sur mon visage couvert de cicatrice horrible et sanglante avec une infime pointe de regret.
- Donc, cet enfant a été évacué de sa maison -et heureusement, car il y a eu un attenta là-bas un peu plus tard-
- Et tu connais son origine ? C'est un Maya.
Je déglutis.
- Voyez-vous ça...
- Je te laisse avec le gamin. Et va pas l'égorger parce que ta pendaison aura lieu dans une semaine, dit-le garde en s'éloignant.
- Je m'en moque! Tu piges ?!
- C'est pas bien de mentir, dit le garde en sortant dehors.
- SALE ***** DE ******* !
Trop tard. De toute façon, il est déja parti.
Alors je me tourne vers le petit..
- Chris, c'est ça ? Tu attend quelqu'un?
- Mon Dady.
- Oh. Et... Il revient quand, ton "dady"?
- Demain.
Je regarde le petit attentivement. Ses cheveux sont d'un brun noisette, et ses yeux bleus reflètent une patience sans fin.
- D'accord.
Un silence lourd s'installe soudain.
- Tu sais, petit, on est un peu pareil, nous deux. On a plus de famille.
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Défi
Or
La journée commence normalement malgré le pesant brouillard, mais... si tout basculait... dans l'effrayant ?

Imagination ou réalité ???
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4
36
1
Défi
OD'UN


Vous avez eu droit à la prédiction de l'Ange.
Que vous a t-il dit?
Non mais vous cherchez des histoires à Scribay. Okay...Caisses-que l'ange m'a dit ? Une caisse de Leffe, car t'es nouille Od'un. Tu vas sauter les Mathusalem au Cointreau/Xérès ou à l'or, on te Bic ton stylo-plume. Que feriez-vous si vous deviez sauter avec votre nouille ? Moi, j'ai opté pour un Big Band, car c'était plus judicieux, étaient mésanges cachées dans le texte. C'est ainsi que mon ZZ Topless à l'air et Césaire de Miss...Terre en vue : Od'un, tu y as droit...adroite. Non, Descartes au Monopoly...Tic/Tac...Tic/Tac. Une Joconde, je vous montre mon splashdown ? Ça fusain Tom à confectionner des pizzas, car à présent, c'est le pizzaïolo français de l'espace. Cependant, j'effet le saut de l'Ange, épi Sean...connerie de parachute : El Capote en corps Anubis ?
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