les hirondelles et le ciel

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Murs pêche, volets azur, ciel orangé. Accoudée à ma fenêtre, je regarde les hirondelles zébrer l'air sucré de leurs ailes fléchées. La Provence a une odeur d'arbres en fleur et de parfum à la lavande.

Quelques fenêtres plus loin, je vois des vêtements battre dans le vent, pendus à une corde et se gorgeant du soleil de dix-huit heures. La lumière est ambrée, douce, caressante - les soirées de presque-été sont toujours mes préférées, et je me prends à me perdre dans des pensées un peu abstraites. Des pensées couleur pastel, comme le ciel.

Voilà une semaine que je suis chez ma mère, un appartement encore vide, avec un matelas pour tout meuble dans ma chambre attitrée. J'exagère un peu - il y a aussi un drap et une couverture, et deux oreillers. Pas de lampe ; je tape ces mots dans le noir, et le silence se perd en échos. Confinement oblige, ils ne pourront recevoir les meubles qu'en mi-juin...

Ainsi donc je me retrouve à écrire dans l'obscurité, à chanter et profiter de l'acoustique délicieuse de ma petite pièce vide, quand mon lapin ne gratte pas trop furieusement à ma porte pour demander à entrer...

Aujourd'hui a été une longue journée. Deux heures de français, passées à traiter de la phénoménologie selon Heidegger ; je ne suis pas fière de dire que je n'ai pris aucune note ce matin, trop occupée à me baigner du soleil de dix heures en m'abîmant dans les paroles de ma professeure. Cela ne m'a pas empêchée d'enfin boucler ma dissertation d'histoire médiévale, 2500 mots en cinq paragraphes aérés, six pages d'interprétations à demi-mâchées sur les actions de Nûr al-Din et Saladin, sur la prise d'Accra et celle de Jérusalem...

Enfin, c'est un devoir rendu, et il ne me reste plus qu'à ignorer la note qui me parviendra.

Je suis épuisée de mes études, plus que je ne l'ai jamais été. Je ne m'étais jamais autant peu souciée de mes résultats auparavant - enfin, il ne me restera que mes yeux pour pleurer si le bulletin du second semestre me le fait regretter. En attendant, je me retrouve à boire du regard le noir du ciel provençal de vingt-deux heures, à me bercer de chansons en rêvant de mes personnages, de mes histoires à venir.

Car j'ai beaucoup de rêves, beaucoup d'objectifs. C 'est pour cela que je ne suis pas si inquiète à mon sujet : me connaissant, je peux vous affirmer que le jour où je laisse tomber mes buts n'est pas près d'arriver. Je veux commencer une nouvelle histoire sur Scribay - une à plusieurs chapitres, qui se passera sur une falaise, une petite maison isolée, l'odeur du vent frais, une fille qui veut voler... Une esthétique Ghibli. Bref, à méditer. Je veux aussi participer à des concours d'écriture, étoffer mon CV avec quelques succès, trouver un travail pour l'année prochaine, me faire publier avant mes vingt-cinq ans. Apprendre le japonais et le russe, peut-être, aussi ? Rencontrer l'amour de ma vie cet été, si les vols me le permettent...

Tant de projets. Pour l'instant, je me concentrerais sur mes mots et sur les petits plaisirs dans la vie ; en rentrant à Paris, je resterai regarder le soleil se lever.

Et je continuerai de rêver.

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