3. Śimrod : captive des orcs

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Dans la salle de préparation des combattants, Śimrod ne trouva pas Uka. Et à la place de la perædhelleth se tenait Arwynn, l’âme damnée de la gardienne des portes d’Æriban.

— Fini, la masseuse. Et tous les avantages, aussi. Le conseil du temple est furieux, Śimrod. Tu n’aurais pas dû prendre la forme du Vénéré si c’était pour gracier un appelé.

— Et alors ? Neaheicnë lui-même a le droit de choisir. Il a tous les droits.

— Lui, peut-être. Toi, non.

— Je croyais que j’étais son incarnation ? objecta Śimrod en levant un sourcil.

— Provisoire. Jusqu’à ce qu’un autre se présente, plus conventionnel et surtout, plus docile.

Śimrod darda un regard incisif sur Arwynn.

— Un dieu de la guerre docile... on aura tout vu. Et toi ? Quand c’est que je te vois au barsaman ? Tu es un consacré toi aussi, non ? lança-t-il avec un demi-sourire cruel.

— Tu sais bien que mon rôle est différent, répondit Arwynn sur un ton plus bas. Je sers la Gardienne.

— Tu la sautes ?

— Insolent !

— Ok, tu ne la sautes pas. Mais tu aimerais bien, hein ? Moi, je l’ai sautée. Plusieurs fois. Elle crie comme une pucelle, et elle préfère que je la lui mette dans les fesses. Dommage, je lui aurais bien fait une portée de petits orcs. Tu sais bien, le grand remplacement... Quand il n’y aura plus d’ædhil, les orcs domineront le monde, et s’accapareront toutes les femelles.

Arwynn se jeta sur Śimrod en grondant. Mais ce dernier n’eut plus qu’à reculer : la gardienne venait d’entrer dans la pièce.

— Suffit ! Pas de combat de mâles en dehors du temple.

Arwynn posa un genou au sol.

— Ma Dame, laissez-moi participer au barsaman. Cet orc immonde met en doute mon courage et mon intégrité !

La gardienne plissa les yeux. Elle regarda Śimrod, puis son sidhe.

— Idiot ! Tu ne vois pas qu’il essaie de te provoquer, pour pouvoir accomplir sa petite vengeance ? Il n’a pas supporté que tu assistes à son humiliation, quand il est arrivé au temple. Relève-toi. Je ne te laisserai pas concourir, pas pour le moment, en tout cas.

Śimrod étouffa un juron. Dire qu’il y était presque !

Mais la gardienne était devant lui.

— Beau combat, remarqua-t-elle en détaillant Śimrod. Une fois de plus... mais pourquoi avoir laissé ce sidhe en vie ?

— C’est un mâle vierge.

— Et alors ? S’il est vierge, il y a une raison. Il n’était pas assez fort pour avoir le droit de se reproduire.

— J’ai pensé qu’il fallait lui prendre sa queue d’abord. C’est fait : la prochaine fois, je le tuerai.

La gardienne n’avait pas l’air convaincue.

— Mhm... je ne sais pas trop ce que tu mijotes, As Sidhe. Comment lire un visage comme le tien ? Mais en tout cas, tu as mis une belle pagaille. Les orcs sont furieux, et ils sont en train de créer une émeute. Déjà qu’ils sont assez agités en ce moment... La garde a ordonné qu’on ferme la ville. Cela va revenir aux oreilles de la reine, sois-en certain.

— Elle était présente ?

— Non... pourquoi ? Tu t’imagines qu’elle t’aurait convoqué au palais ? Tout le monde ici sait ce que tu es, et personne ne prendrait le risque de mettre au monde des quarts-orcs.

— Je ne suis pas un orc. Ma mère...

La gardienne balaya son objection d’un revers de main.

— Oui, je sais. On a déjà eu cette conversation. Peu importe.

De nouveau, elle toisa Śimrod.

— Tu sais que tu n’auras pas droit à la prêtresse, ce soir. Tu n’as pas vraiment gagné.

— Je m’en doute, fit sombrement Śimrod.

— Tu es déçu ? Ça doit être dur, pour toi...

Les longs doigts de la gardienne effleurèrent son plastron. Śimrod se laissa faire, sentant le regard d’Arwynn sur lui. Sa jalousie avait presque meilleur goût que cette demi-victoire.

— Qu’est-ce que tu ferais, si je te convoquais dans mon palais ? Officiellement, je veux dire.

— Qu’est-ce que je ferais ?

— Comment est-ce que tu te comporterais ? précisa la gardienne.

Śimrod hésita une demi-seconde. En temps normal, il aurait répondu qu’il resterait sur Æriban, ou tenterait de l’étrangler. Mais, avec Arwynn à côté, l’occasion était trop belle.

— Je ne sais pas. J’ai du mal à envisager un tel honneur, grinça-t-il avec un sourire.

Mais la gardienne ne décela pas l’ironie. Sa main continuait à se promener sur le corps de Śimrod avec une fausse nonchalance.

— Est-ce que je serais obligée de te faire attacher, ou de te faire fouetter pour que tu m’honores ? Ou est-ce que je devrais me contenter de te voir saillir des esclaves, pour ne prendre aucun risque ?

— Ça dépend de quel risque vous parlez, Dame, répliqua Śimrod d’une voix suave. Le risque mortel, jamais : comme vous l’avez constaté aujourd’hui, je n’attaque pas un adversaire désarmé. Vous savez, dans tous les cas, que le risque de mettre au monde une portée de quarts-orcs est exclu, même si j’en étais vraiment un et que vous me gardiez à votre service pendant des lunes.

La gardienne releva les yeux sur lui.

— Pourquoi ? demanda-t-elle, le souffle déjà haletant.

Śimrod se pencha vers la pointe de son oreille. Elle irradiait de chaleur.

— Vous savez comment font les orcs, murmura-t-il.

— Et... comment... comment font-ils ? bégaya la gardienne, les yeux immenses.

Śimrod s’écarta et haussa les épaules.

— Je ne sais pas, je n’en suis pas un... à vous de me le dire.

*

Le soir même, Śimrod était convoqué chez la gardienne. Après un repas fin, arrosé des meilleurs gwidths, passé au son de la musique nocturne et sous le dais lumineux des étoiles, la gardienne lui fit signe de le suivre dans ses appartements. Śimrod n’y était jamais allé. Comme toute prêtresse de Neaheicnë, la gardienne vénérait la guerre et le meurtre, et ses murs s’ornaient de trophées offerts par ses divers prétendants. Śimrod y remarqua un certain nombre de trophées orcanides, et parmi eux, il s’arrêta devant une bannière de peau ornée d’un symbole aux angles agressifs, teint dans le sang.

— La bannière de Gulbaggor le Noir, lui expliqua la gardienne en posant sa coupe de gwidth sur un guéridon. Le plus terrible chef de guerre à n’avoir jamais écumé l’Autremer.

Śimrod s’efforça de garder un visage neutre.

— Vous avez beaucoup d’artefacts orcs, observa-t-il en s’arrêtant devant un masque de guerre en airain.

La gardienne détacha ses cheveux.

— Les orcs sont de grands guerriers. Ils n’ont pas été gâtés par le confort et la civilisation comme nos mâles des Cours, qui passent leur temps à se vautrer dans le luxe et les arts.

— On peut très bien être un artiste, et rester redoutable, répliqua Śimrod.

— Peut-être... si on parle de l’Aleanseelith. Mais il parait qu’ils ne font pas l’amour, et que la majeure partie d’entre eux sont castrés. Je me trompe ?

— Peut-être. Je n’en sais rien.

Śimrod pensait qu’elle allait insister. Pourquoi aurait-elle lancé cette conversation, si ce n’est pour lui tirer les vers du nez ? Mais la gardienne ne continua pas sur ce sujet. Tranquillement, elle dégrafa sa tunique, qui ne tarda pas à choir silencieusement à ses pieds.

Śimrod se permit un regard en coin. Elle avait une chute de reins sculpturale, mise en valeur par cette ceinture de rubis qu’elle portait constamment. Son opulente chevelure noire, dénouée, venait brosser ses chevilles, toutes deux ornées d’un bracelet en or. Śimrod remarqua qu’elle en portait deux autres aux poignets. Il la vit se positionner entre les deux piliers de son khangg, et les clipper sur une chaine qui y pendait, qu’elle serra dans sa main libre. Médusé, il réalisa qu’elle venait de s’attacher.

— Dans le coffre à ta droite, tu trouveras un mors de saillie et un fouet, lui apprit-elle. Il y a aussi une boîte de luith... le tien, rassure-toi. Tu t’en serviras pour me violer.

Śimrod haussa un sourcil. Ce type de mors était normalement réservé à la première saillie des jeunes femelles, qui avaient tendance à mordre le mâle sous l’emprise de la douleur. Mais la gardienne n’était pas vierge. Quant au fouet...

— Vous violer ?

— Tu t’imagines que je t’ai convoqué pour ta brillante conversation ? Tu es un chef de guerre orc et je suis ta captive ædhel : tu t’apprêtes à me violer devant tes guerriers, selon la coutume orcanide. Par-derrière, comme il se doit. Les chefs orcs placent cet engin dans la bouche de leurs captives pour les humilier, et leur fouettent la croupe pour y faire venir le sang, avant de... tu vois.

— Je vois, acquiesça Śimrod en posant son verre à son tour.

Le scénario ne lui plaisait guère. Il songea un moment à la laisser là, à boire tout le gwidth et à manger les denrées délicieuses qui s’empilaient sur les plateaux d’or. Mais un mâle ædhel ne refusait jamais les avances d’une femelle, jamais. De plus, la vision de cette elleth aux membres graciles, avec sa longue chevelure noire et ses fesses charnues, était assez engageante. Pour la première fois, la gardienne avait l’air vulnérable. Lorsqu’il s’approcha d’elle, il la vit même tressaillir.

— Non, souffla-t-il en entourant son ventre blanc de ses bras puissants. Je vous l’ai dit : je ne suis pas un orc. Je ne force pas les femelles.

Lorsque sa main trouva son entrejambe, il la sentit trembler.

— Śimrod, souffla-t-elle.

— Je vais te prendre, parce que tu es très belle. Mais ce ne sera pas un viol, et je ne te fouetterai pas.

— Tu dois pourtant faire ce que je te dis, murmura-t-elle en se laissant aller contre lui.

— Tu es attachée.

— Ah...

— Et je ne pense pas que tu me convoqueras à nouveau, ajouta-t-il en frottant son sexe sur sa fente humide.

— Oui, supplia-t-elle. Féconde-moi.

— Et la portée de quart-orcs ? Ça ne te fait plus peur ?

— Non. Vas-y.

Śimrod se glissa en elle, lentement, puis s’immobilisa.

— Encore, grogna la gardienne.

— Uishna... ronronna-t-il dans son cou. Tu vas le renvoyer chez sa mère, à Tará.

— Pourquoi ?

— Parce que si je le croise encore, je serais obligé de le tuer.

— Qu’importe, grinça la gardienne en poussant sa croupe vers lui. Allez.

Śimrod joua langoureusement des hanches, puis il s’arrêta à nouveau.

— Je ne veux pas tuer ce jeune, fit-il en titillant de sa griffe son entrecuisse. Renvoie-le d’où il vient.

Avec un couinement déchirant, la gardienne céda.

— D’accord, Śimrod, dit-elle, engageant ainsi sa parole. Tout ce que tu veux. Mais je t’en prie... continue.

Du bout des doigts, Śimrod attrapa le mors qui trainait sur la table.

— Comme une captive des orcs, c’est ça ? On sait tous ce qu’ils leur font.

— Oui, oui... rugit la femelle. Je suis ta captive, ta concubine.

Lorsqu’il lui enfonça le mors dans la bouche, elle l’accepta avec avidité. Et lorsqu’il lui saisit les hanches, ses cris déchirants attirèrent Arwynn, qui fut obligé, la tête baissée et le regard incandescent, d’assister à la soumission de sa maîtresse dans les bras de Śimrod.

Ce dernier se retourna pour lui jeter un coup d’œil goguenard. Puis, de son bras libre, il tira le rideau du khangg, isolant la gardienne et lui-même du regard brûlant du sidhe.

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