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Le point de vue de l’artisan, les anglais ont débarqué.

par Vincent Vey  il y a 3 semaines

Si vous lisez le ‘Traité de la ponctuation française’ de Jacques Drillon, vous y trouverez cette magnifique conclusion :

1. La règle est ce qui permet à un auteur de s’exprimer comme il l’entend.

2, L’ignorance de la règle empêche un auteur de s’exprimer comme il l’entend.

3. Déroger à la règle est impossible, puisque nul n’est tenu de lui obéir.

Vous êtes vous rendu compte que la règle des trois unités était toujours respectée ? Pour mémoire : unité de temps, unité de lieu.

Mais, euh, tout de suite une levée de bouclier : ça fait longtemps que les romans vont partout et les flash back ou les flash forward, vous allez me dire. Justement, dès que l’action se déplace, c’est systématiquement signalé par une nouvelle indication géographique ou temporelle. Sauf quand c’est pas signalé, et là ça devient un élément central ou, pour le moins, remarquable de la narration.

Ben si, c’est plus clair avec le temps et les bons exemples, c’est ‘Memento’ avec son rythme particulier d’un pas en avant, deux pas en arrière ou ‘Un jour sans fin’. On n’a pas dix minutes plus tôt ou le matin du même jour comme intertitre, de mémoire, un fondu suffisait, mais, pour arriver à ce résultat le fond rencontre la forme.

J’ai cherché un usage moderne de l’unité de lieu, mais au lieu d’être bousculée, la règle est respectée à l’excès dans ‘Cube’, où les personnages sont toujours dans la même pièce.

Et l’unité d’action. Histoire qu’on parle peu près de la même chose, disons que suite à l’incident déclencheur, le protagoniste découvre l’antagoniste et décide de faire un truc. Si vous acceptez cette approximation, ça englobe pas mal d’histoire. Mais, du coup, pour trouver des exemples où cette règle est bousculée, j’ai trouvé ça plus compliqué. Il y a Edika, qui s’en ait fait une spécialité, à trouver un maximum de feintes pour éviter de donner une chute à ses gags, mais si ça se passe aussi bien pour le lecteur, c’est parce qu’encore une fois, le fond rencontre la formes sa technique principale étant la mise en abyme.

Par contre, dans ‘Lost higway’, au début du deuxième acte, Bill Pullman change de tête et sort de prison ou dans ‘Une nuit en enfer’ quand les vampires débarquent, alors qu’on était plutôt dans un thriller psychologique avant ça, ben, comme j’ai vu les deux en salles, je peux vous dire qu’à ces moments, on entend l’étonnement du public. Pour ma part, je jubilais sur mon siège.

À la conclusion de Jacques Drillon, j’aime ajouter :

4, Avec une bonne justification, vous pouvez bousculer n’importe quelle règle.

Et un gag est une justification largement suffisante.

Et histoire d'alimenter la discussion : quelle règle aimez vous respecter ou perturber ?

Du coup, bientôt, une nouvelle discussion, vers plus de liberté. Ce bientôt étant tout à fait relatif : moi aussi je suis fort en excuses.

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GEO
Bonjour,
Les règles sont là pour être connues, respectées puis, peu à peu chacun construit les siennes propres.
Pour utiliser une image un peu nulle : la plupart des gens apprennent à faire du vélo en mentant leur fesses sur la selle et en tenant le guidon de leurs mains. Rares sont ceux qui persévèrent à faire l'inverse.
Je crois que c'est un peu la même chose pour l'écriture.
Concernant la règle des unités de lieu, de temps et d'action, je lis en ce moment un bouquin sur l'art de concevoir des scénarios, l'auteur considère qu'aujourd'hui (en l'absence de théâtre) les unité de temps et de lieu sont passées de mode et que seule compte vraiment l'unité d'action, à entendre comme unité d'objectif. voici des exemples :
- le docteur Jones trouvera-t-il l'Arche perdue avant les Nazis ?
- Luke Sauvera-t-il la princesse ?
- Panoramix trouvera-t-il son successeur ?
- Hamlet vengera-t-il la mort de son père ?
Cette unité d'action se justifie de la façon suivante : dès que l'objectif du protagoniste est atteint, l'intérêt du lecteur/ spectateur baisse d'un cran et l'auteur doit le convaincre de changer d'objectif alors qu'il a été satisfait.
Pour revenir su le thème de la question : si je veux violer la règle d'unité d'action, je pense que la bonne démarche est d'écrire quelques histoire la respectant et, une fois que je maitrise son usage, réfléchir à comment la bafouer sans choquer le lecteur.

Bonne journée
GEO
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Pour voir Pour lire
Disons plutôt que l'usage de ces trois unités est différent.

S'ils ne sont plus respectés au niveau de l'histoire complète (même la règle de l'unité d'action qui, contrairement à ce qu'on croit, ne dit pas qu'il faut un seul objectif mais dit qu'il faut proscrire toute intrigue secondaire — combien de fois faudra-t-il lire cette méprise, même dans les livres…), Ils sont respectés en revanche au niveau des *scènes*.

Et leur respect, tellement évident à l'écriture, sert surtout aujourd'hui à l'aspirant-scénariste, dans son apprentissage de la rédaction d'un scénario. Ce dernier a souvent du mal à cerner ce qu'est une *scène* (ce que les réalisateurs appellent une *séquence*) et ces trois règles sont alors bien utiles alors pour le définir et savoir placer les intitulés de scène. Ici, ces règles sont donc des outils rédactionnels.

Mais cet aspirant-scénariste peut aussi s'en servir pour apprendre à bien mener chaque scène. Pour bien la circonscrire dans une unité de lieu (la scène se déroule dans un seul endroit), de temps (la scène se déroule dans un temps défini, souvent le plus serré possible) et d'action (la scène ne vise qu'un seul but et proscrit toute dispersion).
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Pour voir Pour lire
"Vous êtes vous rendu compte que la règle des trois unités était toujours respectée ? Pour mémoire : unité de temps, unité de lieu[, unité d'action]."

Ah bon ?…

Je ne connais pas beaucoup d'histoires qui se déroulent en une journée (Aristote, Boileau) ou le temps de la durée du film ou du roman (Chapelain, Scaliger). À part chez Beckett.

Je ne connais pas beaucoup d'histoires qui se déroulent dans un lieu unique (à moins qu'on considère l'univers comme un lieu unique…). À part chez Beckett. Même Cube se déroule dans des décors totalement différents, avec des antagonismes différents, des enjeux différents.

Je ne connais pratiquement aucune histoire qui respecte la règle classique de l'unité d'action (qui proscrit les intrigues secondaires). À part chez Beckett.

Beckett est le dramaturge le plus classique qui soit, et sa démonstration de l'impossibilité du respect de règles (édictées au XVIIe siècle seulement, faut-il le rappeler ?) qui font tomber l'histoire dans l'ennui est patente et efficace.

Ceci mis à part, Jacques Drillon est une très bonne lecture ;-).
Et tu ne devrais pas, Vincent Vey, mettre de virgule après ton "2" et ton "4", dans ton énumération, mais un point (je ne parle pas de la fin de la phrase, mais du signe juste après ces nombres). Il y a même un léger abus à commencer l'énumération par une capitale alors que la phrase précédente s'achève sur les deux points. ;-)
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Vincent Vey
Merci pour ces précisions, tu éclaires les généralisations que je propose.
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Oreleï
(j'ai rien compris, mais c'est pas grave, je vais retourner voir Clark Gaybeul, et p't-être qu'on trouvera une chute quelque part)
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laplussoyeuse
Personnellement c'est la règle de la fin que je trouve ridicule. Qui a dit un jour qu'un livre devait avoir une fin ? C'est d'une tristesse incroyable. C'est comme si nous disparaissions définitivement dès qu'on sort de la vie des gens. Ça n'a vraiment pas de sens.
Et pourtant, tous les livres, romans, essaies, BD, manga, que j'ai eu entre les main en ont une... Pourquoi les personnages cessent-ils d'exister après le point finale d'une histoire ? Après tout, rien ne les empêche de continuer leur petite vie dans leur propre univers, sans lecteur adepte du voyeurisme pour les épier.
N'est-ce pas ridicule que même l'Histoire Sans Fin ait une fin ?
J'attends avec impatience le jour où je rencontrerais une histoire qui aura l'audace de ne pas se terminer. Où finalement le lecteur aura la lourde tâche de terminer (ou non) l'histoire lui-même. Gide ne disait-il pas qu'un bon lecteur se devait être actif ? Quoi de plus actif que de placer son propre point final à l’œuvre d'autrui ?
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Vincent Vey
Ben y'a quand même le contrat implicite que l'histoire doit avoir un dénouement et qu'il ne faut pas laisser son lecteur sur sa fin.
Les histoires à fin ouverte, c'est pas assez satisfaisant ?
Sinon, jette un œil à Edika, il a des sketchs où il se fout complètement de finir son histoire, que tu sais pas si c'est prévu du départ ou s'il ne sait plus comment finir son gag.
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laplussoyeuse
Je ne critique pas le concept de fin en lui-même. Je dis simplement qu'il serait peut être bon d'assouplir un peu la règle du début, milieu et fin que l'on retrouve dans l'immense majorité des histoires. Peu d'auteurs osent s'affranchir de ça et je trouve ça dommage car il est toujours très intéressant de voir ce que ça peut donner quand ils se lancent sur cette voie. Il y a l'exemple de Beckett qui fait ça dans En Attendant Godot.
Après, je ne nie pas ni le contrat entre le lecteur et l'auteur, ni la nécessité d'une fin dans l'immense majorité des cas, ni la difficulté de produire une œuvre sans fin sans tomber dans l'absurde et le nihilisme. Encore que l'absurde ne soit pas forcément une caractéristique négative.
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laplussoyeuse
Et merci du conseil de lecture ! J'irai voir ça !
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Vincent Vey
J'ai un défaut : à un moment j'étais fatigué de voir des histoires structurées acte 1, exposition, acte 2, développement, acte 3, résolution. Je suis allé cherchais le plus loin possible de l'industrie hollywoodienne : des contes sud américains, de la tradition orale, pour tomber sur la même structure, j'ai soupiré, refermé le bouquin et je me suis résigné et depuis ça va mieux. Je trouve que le méthode marche tout de même bien.
Cela dit, je comprends la frustration. Du coup, t'as vu Anthonny Zimmer ou le remake américain (si non, ne perds pas ton temps), je trouve qu'il y manque un acte 1 où on le verrait avant sa chirurgie, est-ce que toi tu trouves qu'il y manque un début ?
J'ai le droit de mettre de la confiture ? D'être hors sujet ?
Y'a 'Number 5' de Taiyou Matsumoto, un manga, il y a les trois actes, mais l'histoire commence avec l'acte 2. On avance dans l'histoire à tâtons pendant 4 tomes, du manque d'exposition, mais à la fin on a eu le repas complet.
Un autre manga, 'blame' Tsutomu Nihei, du cyberpunk, ça démarre au milieu d'un truc, y'a deux planches d'explications sur dix tomes, pis tu comprends pas bien ce qui se passe, de ce que je connais, c'est ce qui semble le plus s'affranchir d'un début et d'une fin.
J'ai pas lu mais martial m m'a parlé de 'Molloy', du même Beckett, il s'y passerait rien, mais c'est bien. Si ça se trouve, il se serait même débarrasser du concept de scène.
SI je retrouve la référence je reviens, il faudra, mais il y a un auteur qui propose un parcours libre dans un texte organisé en chapitre.
Je sais pas si c'est pertinent ici, mais je viens d'y penser, 'La vie mode d'emploi', de toute manière c'est toujours un bon conseil de lecture.
'L'homme sans qualité' de Musil ? Son premier chapitre c'est 'D'où, chose remarquable, rien ne s'ensuit' et il tient ses promesses.

Je trouve pas de conclusion.
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laplussoyeuse
Je note soigneusement toutes ces petites références dans un coin pour aller y jeter un œil plus tard.
Concernant Anthony Zimmer, je n'ai pas été particulièrement gênée qu'on ne le voit pas avant sa chirurgie. Mais il faut dire que je n'ai pas été très attentive au film, ceci explique peut être cela...
Pour autant, si je crois qu'un auteur peut s'affranchir d'une fin, le début lui me semble plutôt essentiel. Enfin, la scène d'exposition... Après rien n'empêche de la diluer dans l'intrigue évidemment, mais attention à ne pas perdre le lecteur ou le spectateur.
Effectivement Beckett est l'un des rares à démonter les idées d'exposition et de dénouement mais il ne se passe pas grand chose dans ces pièces (du moins celles que je connais). Sans remettre en cause le génie de cet auteur et l'originalité de ces œuvres, il faut s'accrocher pour ne pas lâcher en cours de route. Trois heures de théâtre sans la moindre intrigue, c'est vraiment très long.
Il est sans doute impossible d'abolir totalement le concept de la fin dans un récit sans qu'il ne devienne bancale. Mais peut être y a t-il moyen de le moderniser, de le redéfinir. J'ai en tête la fin de Fahrenheit 451 de Bradbury qui m'a beaucoup marquée. D'aucun dirait qu'il s'agit d'une fin ouverte, mais au fond plus qu'une fin ouverte, j'ai eu l'impression de lire un début. Le début d'une nouvelle histoire dans laquelle les personnages allaient évoluer. Sans doute parce qu'au fond l'intrigue du roman lui-même n'est pas totalement résolue et que c'est donc bien au lecteur de faire ce travail de résolution. Peut être est-ce ce genre de fin qui se rapproche le plus de l'abolition du concept de fin au sens stricte de la résolution de l'intrigue principale.
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Pour voir Pour lire
Hello, laplussoyeuse

Ne pas avoir de fin, c'est parler sans rien dire.

Et puis il n'y aura jamais assez de papier sur terre pour ça.

Oser, avoir de l'audace, c'est faire les choses comme tout le monde, et devenir soi même et original.
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laplussoyeuse
Hello !

Entendons-nous bien, quand je dis ne pas avoir avoir de fin, il s'agit de ne pas avoir de dénouement pas d'écrire indéfiniment. Il me semble que Tolkien a bien essayé mais ça ne s'est pas avéré payant (pas de lynchage, c'est un peu d'humour, j'aime beaucoup Tolkien).

Mais en effet tu as raison oser c'est faire comme tout le monde !
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Pour voir Pour lire
> il s'agit de ne pas avoir de dénouement pas d'écrire indéfiniment

Rooh… c'était de l'humour, évidemment. :-D

(tu n'es pas la seule à avoir le droit d'en faire, si ? ;-) )
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laplussoyeuse
Oups excuse-moi... Je me suis laissée emporter par la team premier degrés ! :D
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