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Débat 21 : Un écrivain doit-il montrer au lecteur ce qu'il est censé voir, ou bien la réalité de l'histoire ?

par Navezof  il y a 3 ans
Pour le débat de cette semaine, c'est @Grégory Bryon qui propose l'interrogation suivante :

"Un écrivain doit-il montrer au lecteur ce qu'il est censé voir, ou bien la réalité de l'histoire ? Peut-on jouer avec la perception du lecteur ? Il s'agit bien ici de tromper volontairement le lecteur sur la réalité. Qu'est-ce que ça pourrait apporter au récit exactement ?

Bien sûr, je ne parle pas ici de cacher des choses pour entretenir un suspense, mais bien de tromper volontairement le lecteur sur la réalité. Qu'est-ce que ça pourrait apporter au récit exactement ?"

Question plutôt vague qui peut être interprétée de plusieurs façons différentes, et répondu d'autan de façons différentes.

Comme d'habitude, si vous avez une idée de débat, n'hésitez pas à la partager sur le topic suivant : https://www.scribay.com/communities/community/127/debats/talk/10652/debats-a-suivre

Bon débat à tous !
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Lhatanc Meahuu
Un ecrivain fait ce qu'il veut : c'est lui le boss ! Qu'il mène le lecteur par l'autoroute ou les chemins de traverses vers la réalité, la fiction ou une nuée de mensonges n'a aucune importance tant que le lecteur est complice, qu'il adhère à la démarche de l'auteur et qu'il s'eclate. A mon sens il ne s'agit pas de restituer une quelconque vérité ou réalité il faut emmener le lecteur dans son histoire et le faire rêver, l'extirper de SA réalité. ..
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riwka f......
Ouf! A suivre toutes ces réponses si intelligentes, si réfléchies, si spécifiques, si intellectuelles, j'en étais arrivée à m’interpeller sur ma façon d'écrire si... instinctive
ça me rassure de lire une réponse aussi évidente: tant que le lecteur suit, on est sur la bonne voie
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Noëli Thex
On peut être comme M. Jourdain et faire de la prose sans le savoir... Et être aussi ravi que lui d'apprendre qu'on en fait.
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riwka f......
absolument !
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Lucie Writer
Je trouve cela intéressant quand l'auteur joue avec la perception du lecteur. Le lecteur s'attache au personnage principal et à tout ce qu'il fait, et ne saisit la réalité du récit qu'à la toute fin.
Intéressant sujet de débat...
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Noëli Thex
J'aurais tendance à dire que du moment où l'on raconte une histoire, on le fait forcément avec un filtre, et que par conséquent, on joue avec la réalité des faits. Les historiens le font déjà bien en apportant leur propre vision des événements du monde : par exemple pour des français, Napoléon est un empereur, pour des britanniques, un tyran sanguinaire (et inversement, Jeanne d'Arc une sorcière pour eux et une sainte pour nous).

En ce qui concerne la littérature et non la transcription de faits et d'évènements, pour moi le récit est déjà orienté par celui/celle qui l'écrit, et encore plus lorsque la narration est en "je", puisqu'il n'y a pas de point de vue externe. Cela dit, même à la 3ème personne du singulier, il est possible de filtrer le récit/duper le lecteur.

Plusieurs raisons d'utiliser une vision déformée/de biaiser le récit :

1) c'est un moyen de faire découvrir un univers pas banal. Dans Only Ever Yours, de Louise O'Neill, le lecteur appréhende l'univers dystopique à travers les yeux de freida et sa narration en je. Au fil des pages, on comprend et on finit par accepter son monde... jusqu'au dernier chapitre où l'on réalise à quel point il est monstrueux.

2) c'est un moyen d'amener des péripéties aux personnages. Ainsi, en adpotant l'unique point de vue d'Harry Potter (narration à la 3ème pers. sing), le lecteur adopte aussi sa méfiance envers Rogue, et valide la décision de Harry de ne pas faire d'efforts dans ses cours d'Occlumancie... alors que ces derniers auraient pu sauver bien des vies.

3) c'est une question de genre. Les nouvelles à chute fonctionnent sur ce ressort, les thrillers/policiers aussi. Par exemple, dans la nouvelle Langouste Blues de Bernard Werber (narration en je), on s'aperçoit que ce qui est un désastre humain est en réalité un happy end pour je-langouste.
Dans Dix Petits Nègres d'Agatha Christie (narration à la 3ème pers sing, multiples points de vue), c'est ce qui permet de garder la surprise sur le meurtrier ; idem avec Selection des Encombrants de CM LE GUELLAFF (narration en je).

Enfin 4) c'est un moyen de garder le lecteur en haleine ! [Attention argument totalement subjectif :] C'est ce qui m'est arrivé avec Gone Girl de Gillian Flynn (narration en je, alternance de deux points de vue) : 2h du mat', je me décide à lire un dernier chapitre avant d'enfin me coucher. Et là, bam ! ZE twist, qui me coupe le souffle, les bras, les jambes... et me fait lire jusqu'à 4h du matin, histoire de remettre les pièces du puzzle en place.

En conclusion, pour moi il est plus complexe de rendre un récit haletant sans le filtrer... Au plus près de la "réalité", on perd le suspense pour continuer à tourner les pages ; c'est alors l'émotion qui porte l'intrigue et fait avancer le lecteur (comme dans Les Quatre Saisons de l'Eté de Grégoire Delacourt). A l'auteur de choisir le moteur de son récit ! ;)
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Lily H. Kitling
La différence avec les historiens, c'est qu'une narration extradiégétique va avoir ce regard "vrai" sur l'histoire - sauf si le narrateur est lui-même un personnage, même hors de l'histoire, par exemple dans les Désastreuses Aventures de Lemony Snicket / Daniel Handler. Mais si la narration n'est pas le fait d'un narrateur précis, dans ou hors de l'histoire, alors on peut avoir une vraie focalisation zéro. Ce que, dans la réalité, les historiens ne peuvent pas faire, si on pousse la comparaison (est-ce qu'une période suffisamment éloignée de la nôtre peut permettre une sorte de focalisation zéro ? peut-être, mais aucun historien n'en a les possibilités, je pense).

J'approuve fortement tes 4 raisons ^^
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Noëli Thex
Ah, avec les mots précis, ça va tout de suite mieux ! ^^

Comme toi, je ne suis pas convaincue que l'on puisse obtenir une focalisation zéro en Histoire, il y a trop d'enjeux pour rester neutre (mais ce n'est pas le débat qui nous préoccupe).

Depuis hier, j'essaie de me rappeler de livres avec narrateur omniscient... Je n'y arrive pas, à croire que ces romans me marquent moins, ou ne peuplent pas ma bibliothèque. Tu as d'autres exemples que les Orphelins Baudelaire (que je n'ai pas lu) ?
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Auteur inconnu
Oui moi je suis d'accord.
Et réciproquement, bien sûr.
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jean-alain Baudry
qui peut se vanter de connaitre "la vérité" ?

La vérité n'est toujours qu'un trompe-l’œil...

Alors soyons modeste, on voit, on dit, et pas de prise de tête...

Jab (le réaliste)
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Lily H. Kitling
"Peut-on jouer avec la perception du lecteur ?"

Mais TOTALEMENT. Une manière très simple de faire ça, c'est d'utiliser le point de vue du même personnage tout du long. Fatalement, la réalité de l'histoire est déformée par la perception, les pensées, les humeurs du personnage qui raconte.

Ça apporte au récit que le lecteur devient actif dans sa lecture. Si le personnage peut mentir, que sa mémoire peut lui jouer des tours, que ses interprétations sur les actions ou paroles des autres personnages sont biaisées, comment le lecteur peut-il s'y fier ? Comment démêler le vrai du faux ? Le risque est de perdre la confiance du lecteur, mais si on amène les choses correctement, et qu'on propose dans le même temps des indices subtils pour faire comprendre au lecteur que la narration est biaisée, alors ça devient une enquête passionnante.

J'essaierai de compléter ma réponse plus tard. ^^
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