Scène 12

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De nouveau en serviette dans les bains de Naggiane – ça devenait une habitude –, nos trois maraudeurs venaient de rejoindre Davrak au bassin chaud.

Le courtier de l’ombre était assis dedans, coudes posés derrière lui sur le rebord. Il était de dos et les attendait.

— Comme vous me l’aviez suggéré, commença-t-il sans se retourner, j’ai envoyé un de mes hommes observer votre…

— Fèl, l’interrompit Wenzaëlle. On peut se baigner nous aussi ?

Sans attendre de réponse, l’elfe jeta sa serviette sur le côté – révélant ainsi une fois encore son corps fin et musclé aux yeux de tous – et sauta à pieds joints dans l’eau sous le regard amusé de son frère.

Araën savait que sa jumelle aurait envie de se montrer impertinente après leur précédente entrevue – une façon pour elle d’avoir le dernier mot, en quelque sorte.

Davrak aussi s’en doutait, au vu de son sourire en coin marquant l’absence de surprise sur son visage. En réalisant cela, Araën ne put s’empêcher de se demander si le courtier n’avait pas sciemment tendu une perche à sa sœur, histoire de lâcher du lest et de ne pas la braquer outre mesure.

J’ignore ce que Davrak avait en tête, mais ce qui est certain, c’est qu’il savait manier toutes sortes de personnes et qu’il savait s’adapter. Peut-être qu’il envisageait de retravailler avec notre trio, qu’il voulait que leur relation ne soit pas construite uniquement sur la menace et l’intimidation… ou alors il souriait juste parce qu’il était content de pouvoir se rincer l’œil, allez savoir…

— Comme je le disais, tenta de reprendre Davrak…

— Tu viens, Kal ? Elle est bonne.

L’homme marqua une nouvelle pause et Araën se demanda si ce dernier n’avait pas sous-estimé sa sœur – qui pouvait être vraiment chiante quand elle s’y mettait.

Kaelys, elle, ne savait pas où se cacher. Le courtier de l’ombre l’intimidait toujours autant et bien que l’invitation soit tentante, elle n’osait pas rejoindre son amie.

— Allez-y, je vous en prie, l’autorisa Davrak de sa voix grave. Les bassins sont là pour ça.

— M… mais ce n’est pas… Je veux pas vous… hésita la rouquine. Et puis… c’est le bain des hommes…

— Justement, argua Wenzaëlle. Ils sont plus grands, faut en profiter.

Kaelys, ne sachant que faire, posa son regard de chien battu sur le courtier de l’ombre, qui l’encouragea d’un signe de la main à rejoindre son amie.

La magicienne entra alors timidement dans le bassin – sans quitter sa serviette, évidemment – tandis qu’Araën se contenta pour sa part de s’asseoir au bord, à côté de Davrak, les pieds dans l’eau.

— Vous disiez donc ?

— Simplement que mon observateur a bien été témoin de toute la scène. C’était apparemment un spectacle qui valait le coup…

— Oh, vous savez…

Ce fut au tour d’Araën d’être interrompu : Wenzaëlle venait de piquer la serviette de Kaelys, qui, rouge comme une tomate, lui courait maintenant après en créant au passage d’importants remous dans le bassin.

— Je devrais faire venir votre sœur plus souvent, fit Davrak, c’est… distrayant.

Bon, bref, vous l’avez compris, au final, tout se passa plutôt bien. Davrak avait beau ne pas être quelqu’un à prendre à la légère lorsqu’il vous menaçait, il savait aussi se montrer amical à d’autres moments – ce qui au bout du compte est bien plus flippant que s’il donnait que dans l’intimidation, croyez-moi.

En tout cas, nos maraudeurs sont ensuite retournés fêter le dénouement de cette aventure aux quatre vents.

Comme la guilde des brasseurs de Naggiane était satisfaite du travail de notre trio – vu qu’ils avaient un coupable et qu’aucun nouvel entrepôt n’avait cramé –, j’ai eu la chance d’être un des premiers à être réapprovisionné en cervoise.

Du coup, content comme je l’étais, je leur ai payé une pinte. Cadeau de la maison. C’est Kaelys qui l’a bu. Je m’en rappelle parce que les jumeaux ont préféré prendre leur hydromel. Soi-disant que le prix de la cervoise était plus élevé qu’avant et que s’ils en voulaient pour tous les trois ça faisait trop cher. Bah oui, mais y avait de la demande, normal que les prix augmentent. En plus ils venaient d’être payés, ces radins.

Bref, ils ont célébré leur réussite tout en écoutant Nawalline jouer du luth au coin du feu et en buvant le peu d’alcool qu’ils avaient commandé.

— Vous voyez, se faisait mousser Araën, mon plan était pas si mauvais finalement.

— T’as failli crever, je te rappelle, lui fit remarquer sa sœur.

— Détail, détail…

— Heureusement qu’on était là, n’empêche, ajouta Kaelys tout en jouant avec une flammèche magique qu’elle ne quittait pas des yeux.

Ouais, je lui avais pas encore interdit de faire ça…

— D’ailleurs, en parlant de ta présence, rebondit Araën. Je me disais qu’avec toi à nos côtés, on pourrait négocier de meilleurs contrats… Qu’est-ce t’en penses, frangine ?

— Fèl, pourquoi pas… J’adore l’avoir entre mes jambes…

Tout en s’amusant à prendre un faux air sarcastique, l’elfe ne remarqua même pas son lapsus et en profita au contraire pour poser discrètement une main sur la cuisse de sa voisine. Surprise – et une nouvelle fois toute rouge –, celle-ci se redressa d’un coup, relâchant du même coup son sortilège… qui s’emballa et alla foutre le feu à la cape du type de la table d’à côté.

Là, vous pouvez fermer les yeux – enfin non, sinon vous pouvez plus lire – et vous imaginer en train de sortir de l’auberge à reculons en entendant l’agitation et les cris de panique s’effacer peu à peu au profit de quelques notes de luth un peu sympa annonçant la fin de l’histoire – je suis sûr que si on pouvait raconter ça avec des images qui bougent, ça ferait classe…

Bon, et puis si vous vous demandez ce qu’il advint de Dragana, eh bien ayant été posté par Araën loin des combats, elle n’eut pas à faire face au guet durant la bataille. Mieux, puisque son lieutenant et les hommes de celui-ci s’en étaient pas sortis, elle put coller le vol et la destruction de la caisse sur le dos de la milice, ce qui – comme je l’ai déjà fait dit – marqua le début d’une décennie d’hostilités entre Makars et Amarantes.

Voilà comment prit fin la seconde aventure de notre trio – et je peux vous dire que c’était pas la dernière… mais on verra ça une autre fois. Peut-être.

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