Scène 10

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L’amarante tendit donc la main vers le levier…

Et là-dessus, le lieutenant de Dragana se pointa enfin avec sa dizaine de Makars – mais sans Dragana, parce qu’Araën avait jugé plus sûr de s’arranger pour qu’elle attende plus loin avec une partie de ses hommes, histoire qu’elle ne prenne pas part au combat. C’est qu’il voulait la protéger, son amoureuse. C’est mignon, non ?

En tout cas, à partir de là, les Amarantes et les Makars commencèrent à s’embrouiller.

— Tiens donc, nos voleurs se sont fait prendre ! se moqua le lieutenant de Dragana en voyant les maraudeurs ligotés.

— Les voleurs ?! s’emporta le barbu qui avait pris la remarque pour son groupe. Cette caisse est à nous !

— À vous ?! s’étonna le Makar. Écoutez, peu importe ce que les trois abrutis vous ont dit, ils nous l’ont volée, alors soyez raisonnable ou…

— Ils vous l’on volé ?! C’est une blague, c’est à nous qu’ils l’ont volé !

— Absolument pas, j’étais là quand ils nous l’ont dérobé à la taverne !

— Une taverne… répéta le barbu, visiblement agacé. Vous avez trop bu, oui. Moi aussi, j’étais là quand ils nous ont pris la caisse.

— Menteur ! cracha le lieutenant de Dragana. Ils nous ont volés.

— Non, renchérit l’Amarante en serrant la mâchoire. Ils nous ont volés.

Araën leva une nouvelle fois les yeux au ciel.

— Techniquement, intervint-il, c’est les charretiers les premiers à s’être fait volé, puis nous.

Personne ne l’écouta.

La tension était palpable et la situation ne mit pas bien longtemps à dégénérer, les Makars chargeant les miliciens qui se jetèrent aussitôt dans la mêlée – et oui, c’est comme ça qu’est née l’animosité légendaire entre ces deux factions…

S’en suivit un joyeux bordel, un genre de spectacle inversé auquel assistèrent ceux qui se trouvaient en haut, sur les planches de l’échafaud.

Voyant la situation échapper à tout contrôle, le barbu s’approcha du bord et porta une main à sa ceinture. Une main qui tapota son flanc sans rencontrer ce qu’elle cherchait.

— C’est ça que tu veux ? fit la voix de Nawalline dans son dos.

La ménestrelle avait profité de la diversion qu’offrait l’affrontement au pied de l’estrade pour se débarrasser de ses liens – la filoute attendait le bon moment pour ça – et aller subtiliser le parchemin de l’Amarante qu’elle brandissait désormais malicieusement.

— Qu’est-ce que… bafouilla le barbu en se retournant l’air surpris.

— Maintenant, bougez plus ou je crame la caisse, menaça la jeune femme.

Sa mise en garde dut résonner jusqu’aux oreilles des Makars et de tous ceux qui étaient présents – ou bien il s’est pas passé tout à fait ça mais c’est plus simple à raconter comme ça, ça fait plus d’effet et à la fin qu’est-ce qu’on s’en fout tant que le résultat est le même –, car tout le monde se figea dans l’expectative de ce qui allait arriver.

— Toi, lança la ménestrelle à l’attention du milicien qui gardait les filles. Détache mes amis.

L’amarante jeta un coup d’œil à son chef qui opina lentement de la tête sans desserrer la mâchoire ni quitter des yeux Nawalline.

L’homme de main s’exécuta sans entrain, commençant par délier les poignets de Kaelys… sauf que pile là-dessus Naarga et ses gardes sortirent des colonnades de la grand-place pour encercler tout ce beau monde – qui se figea un peu plus. Remarquez, dans les rangs du guet, ça en menait pas vraiment plus large non plus…

— C’est qui sur l’échafaud, avec le parchemin ? demanda tout bas le sergent en se penchant légèrement vers Naarga. Une agitatrice ?

— Non, déclara la sans-corne d’une voix monocorde. C’est l’otage.

— Elle a plus l’air de quelqu’un qui lit un truc énervant, fit remarquer le sous-officier.

— Moi, intervint le caporal Jeb sans qu’on l’ait invité à se joindre à la conversation, m’est avis que c’est juste une représentation d’un théâtre de rue.

— Ceux qui pissent le sang ont pas l’air de faire sans blanc, Jeb, fit observer le sergent.

— C’est peut-être de bons comédiens, ronchonna le caporal avec une mauvaise foi évidente.

— Qu’est-ce qu’on fait du coup ? s’enquit le sergent auprès de Naarga. Parce que là ils sont beaucoup quand même.

— Oui mais ils se battent plus, s’immisça à nouveau le caporal Jeb. Peut être que si on leur demande gentiment de se disperser…

Cette fois, ce fut au tour de Naarga de lever les yeux au ciel – chacun ses boulets…

Cela dit, profitant du relatif relâchement de Nawalline, le barbu lui sauta dessus pour lui arracher le parchemin des mains.

Surprise, la ménestrelle eut à peine le temps de lire la formule d’activation que l’Amarante était sur elle, déviant son bras au moment même où le sortilège contenu dans le vélin était libéré.

Résultat, la boule de feu s’écrasa dans un coin de l’échafaud. Celui-ci se mit immédiatement à brûler, marquant ainsi la reprise des hostilités entre Makars et miliciens.

Les soldats de Naarga chargèrent et entrèrent à leur tour dans la danse, ajoutant de fait un peu plus de chaos à une scène qui n’en manquait déjà pas.

Pas fou, le barbu décida de récupérer la caisse et de fuir avec les deux membres de sa garde rapprochés qui étaient restés sur l’échafaud, non sans avoir activé le levier de la potence au passage – parce qu’il passait à côté, que ça coutait rien et puis bon, pour une fois qu’il avait l’opportunité de pendre un elfe…

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