Scène 8

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Après être rentrés aux quatre vents avec leur caisse et avoir planqué celle-ci dans une chambre à l’étage, ils redescendirent dans la salle commune pour s’installer à une table.

— Bon, ça s’est pas si mal passé, lança gaiement Araën en croisant les mains derrière la tête.

— Haha, ouais, approuva sa sœur. Enfin… t’aurais dû voir la tronche de Kal quand elle s’est retrouvée nez à nez avec les Makars après avoir sauté le mur. Elle savait plus où se mettre.

L’ambiance changea brusquement lorsque la magicienne tapa du poing sur la table.

— J’en ai marre que tu me rabaisses en permanence, s’emporta-t-elle. Moi, c’est bon pour ce soir, je vous dis à demain.

Inutile de préciser à quel point Wenzaëlle fut surprise en voyant son amie se lever et partir l’air fâché. Contrariée, elle demanda à son frère :

— C’était pas si méchant, si ?

Araën répondit par un haussement d’épaules.

— Bah, pas plus que d’habitude…

— Je devrais peut-être aller lui parler ? s’inquiéta la lanceuse de dague.

— Oaf, laisse-là… lui conseilla son frère. Elle a juste besoin de prendre l’air à mon avis. Elle finira bien par se calmer toute seule de toute façon.

Wenzaëlle hésita malgré tout… et c’est là que je suis arrivé avec leurs pintes d’hydromel – vu qu’il y avait toujours pas de cervoise… ah oui, pardon, j’avais dit que j’arrêtais avec ça.

Bref, les jumeaux sont restés assis à la table et ont commencé à se détendre. Enfin, un peu.

— Tu t’es déjà tapé un mec, toi ? demanda Wenzaëlle au bout d’un moment.

— J’en ai tapé, ouais, s’amusa son frère.

— Nan, mais je suis sérieuse, là. T’as déjà eu envie de… enfin tu vois, de le faire avec un homme, quoi ?

— Mmh, tu touches pas à ton hydromel, observa Araën. Ouais, y’a un truc qui cloche.

— Rah, fais pas chier, je demandais juste par curiosité, c’est tout…

Araën voyait bien que sa sœur était mal à l’aise et qu’il y avait vraiment quelque chose…

— Quoi, t’es lesbienne et ça te fait peur ? devina-t-il.

— Quoi ?! Mais non, je… tenta de se défendre Wenzaëlle qui s’était soudain redressée.

— Wen…

Voyant qu’elle ne s’en sortirait pas comme ça, l’elfe jeta l’éponge.

— Ben, l’autre jour… commença-t-elle à se confier avant de se lancer en roulant des yeux. Disons qu’il est possible que j’aie embrassé une fille, ouais…

— C’est Kaelys, c’est ça ? fit son frère comme s’il s’agissait d’une évidence.

— Putain, t’es chiant. On était proche et… je sais pas ce qui nous a pris.

— Et alors ? s’enquit Araën. Ça t’a plu ?

— C’était…

Wenzaëlle hésita l’espace d’un instant. Elle se remémora les moments passés avec la rouquine. Dire qu’elle n’avait pas aimé ça serait mentir.

— Plutôt cool, ouais, confirma-t-elle sourire aux lèvres et regard dans le vague.

— Næyana soit louée, s’amusa Araën. Ma petite sœur découvre enfin les joies du sexe.

— Eh ! s’offusqua Wenzaëlle. J’ai pas dit qu’on avait baisé, putain !

— Quoi, vous l’avez pas fait ?

— Si, concéda la jeune femme, mais quand même.

— Et donc ?

— Je sais pas, je suis paumé, avoua Wenzaëlle. Je me suis déjà tapé des mecs, mais c’est pas pareil.

— Tu t’es déjà…

Araën semblait tomber des nues. Il pensait avoir gardé un œil sur elle, histoire de lui éviter des mauvaises surprises et s’apercevait qu’il était bien passé à côté. Pourtant, ce n’était pas si étonnant la connaissant – sans compter que bon, lui aussi batifolait de temps en temps de son côté, il était pas toujours sur son dos, non plus.

— Mais avec qui ?!

— Comme si j’allais te le dire… lui rétorqua-t-elle.

— Mmh, grommela-t-il. Et donc, là c’est pas pareil ?

— Bah… avec les mecs, c’est plus bestial, mais j’ai pas pris autant mon pied, expliqua-t-elle. C’était juste… je sais pas… animal ? Je dis pas que c’est nul, hein, mais là, c’était différent. Plus doux, mais pas que. C’était comme si on partageait un moment complice, tu vois. C’était pas qu’un putain de besoin à assouvir.

— T’es amoureuse, quoi, déclara Araën avec un grand sourire. C’est la différence avec un plan cul, ce que tu décris, frangine, fais-moi confiance.

— Merde, tu crois ? lui demanda-t-elle toute troublée avant de réfléchir et de prendre un air suspicieux. Attends, on dirait que tu parles d’expérience… me dis pas que t’as une fille en vue ? J’espère que c’est pas Kal, hein !

— Haha, non, c’est pas elle, t’en fais pas.

— Qui ça alors ?

— Et bien…

Comme la vie est parfois bien faite – ou bien chienne, selon le point de vue – ce fut pile à cet instant qu’une voix se fit entendre dans le dos d’Araën.

— La caisse, tonna Dragana. Rends-là moi.

L’elfe sursauta tandis que Wenzaëlle commençait à lentement faire glisser l’une de ses lames de jet hors de son étui à la cuisse.

Voyant – ou devinant – les intentions de sa jumelle, Araën lui fit signe de ne pas aller plus loin.

— Dragana… accueillit-il ensuite la recouvreuse de dette en se tournant vers cette dernière. Eh, je crois que j’ai pas encore eu l’occasion de te présenter ma sœur…

La Makar jeta un bref coup d’œil à la lanceuse de dague – qui avait remis sa lame en place, curieuse de voir la suite –, avant de fixer à nouveau Araën avec un regard noir. Elle n’était pas d’humeur à faire connaissance.

— La caisse, reprit-elle. Dis-moi ce que tu en as fait.

— Fèl, abdiqua l’elfe. Tu disais que ça t’arrangerait bien si la caisse partait en fumée, alors…

— Araën, le coupa Dragana qui n’était pas dupe et ne voulait pas entrer dans ce petit jeu. Mes hommes t’ont vu… Quand Vlasamir l’apprendra, tu peux être sûr qu’il m’enverra te trancher les bourses, et je ne parle pas de celle que tu as de trouée. Alors, ne me pousse pas à bout et dis-moi où est cette foutue caisse… que j’essaye de rattraper le coup, si c’est encore possible.

— C’est qu’on l’a déjà plus, nous… mentit le maraudeur. Mais je peux t’aider à remettre la main dessus, si tu veux…

Bon, je vous passe les détails barbants ou qui gâcheraient la suite de l’histoire – on fait ce qu’on peut pour tenter de maintenir un peu de suspens… – ainsi que les regards au ciel de Wen pendant que son frère sortait son baratin. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au final Dragana repartit furieuse contre l’elfe – évidemment –, mais prête à lui accorder le bénéfice du doute pour les prochaines heures.

— Qu’est-ce qu’on fait, du coup ? demanda Wenzaëlle une fois que la Makar eut quitté l’auberge.

— On change pas le plan, pourquoi ?

— Oh, pour rien, répondit l’elfe d’un air malicieux. En tout cas, bon courage avec elle, mon pauvre petit frère.

— Pff, je vois pas pourquoi tu dis ça…

— Friendzone, se contenta-t-elle de lâcher avant d’avaler une gorgée d’hydromel.

— Kin’ta, t’es chiante… confirma Araën avec lassitude.

— Et toi t’es pas cool. T’aurais pu me le dire que t’en pinçais pour une Makar !

— Parce que toi tu m’as parlé des mecs avec qui t’as couché, peut-être ?

— Non, mais je viens de le faire pour Kal, lui rétorqua Wenzaëlle en tirant la langue.

— Et moi j’allais aborder le sujet quand elle a débarqué, grommela son frère. Puis bon, friendzone, friendzone… C’est pas ta copine qui s’est barrée en faisant la gueule tout à l’heure.

— Kin’ta ! Tu crois qu’elle était vraiment fâchée ? s’inquiéta Wenzaëlle. Ou c’était juste pour faire genre devant toi ?

— Le plus simple c’est d’aller lui demander, tu penses pas ? lui suggéra Araën avant de porter à son tour sa pinte d’hydromel à sa bouche.

— Ouais, euh… fit-elle en se levant d’un bond. Tu lui racontes pas que je t’ai parlé de nous, hein, on est d’accord ?

— Allez, file.

Wenzaëlle partit en courant, laissant son frère seul avec un petit sourire au coin des lèvres : “de nous”, qu’elle avait dit.

Au fond de lui, Araën était content pour sa sœur – bah, et puis il se disait peut-être aussi qu’il faudrait pas qu’il oublie de tendre l’oreille en rentrant dans la soirée, des fois qu’il y ait des choses intéressantes à entendre. Enfin, moi je dis ça, c’est ce que j’aurais fait.

Bref, la lanceuse de dague s’empressa de regagner sa chambre. Elle grimpa les escaliers de l’ancienne pension quatre à quatre, des questions plein la tête.

Lorsqu’elle ouvrit le loquet, elle se retrouva dans une semi-pénombre. L’endroit était éclairé par des lanternes alchimiques bleues que Kaelys était en train de suspendre au plafond en passant une corde entre les poutres. Surprise en flagrant délit, la rouquine sursauta.

— Oh, euh, t’es déjà de retour ? l’accueillit-elle avec un sourire gêné.

— Euh… tu m’expliques ?

— Ben… Vu que demain… Enfin, on sait pas ce qui va se passer après cette nuit, alors je voulais te préparer une surprise pour la soirée, pour marquer le coup.

Wenzaëlle éclata de rire devant l’air dépité de son amie. Puis, reprenant son sérieux, elle s’approcha, attrapa tendrement les mains de la magicienne dans les siennes et regarda cette dernière droit dans les yeux.

Les paumes de l’elfe devinrent moites. Elle avait peur de se lancer.

— Rah, fais chier… lâcha-t-elle finalement pour évacuer une partie du stress. Kal, je… Enfin, je tiens beaucoup à toi et je me demandais… ce qu’on a fait cette semaine, ta déco, nous…

— Oui ? l’encouragea la rouquine.

— Est-ce que ça veut dire qu’on est ensemble ?

— Oh ! Euh… oui, je suppose. Enfin, si ça te convient.

— Carrément ! approuva l’elfe avant de calmer ses ardeurs. C’est juste que… bah, j’ai jamais été en couple…

— Ben, moi non plus, rétorqua Kaelys le plus naturellement du monde. On s’en fout.

Libérée, un grand sourire apparut sur le visage de Wenzaëlle. Celle-ci s’approcha alors de son amie et… oh, eh, c’est bon, vous avez compris maintenant. Je vais pas toujours tout vous décrire, bande de pervers.

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