Scène 7

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Je vous ai déjà dit qu’Araën était un spécialiste des plans foireux, non ? Et bah vous allez en avoir un bon exemple dans ce chapitre…

Le soir venu, il s’était rendu à la salle de jeu des Makars, s’était installé à une table et avait commencé à miser. Évidemment, il ne tarda pas à perdre – il faisait pas exprès, mais cela dit, ce coup-ci ça faisait partie du plan.

Après, il était pas vraiment concentré aussi : il culpabilisait. Dragana avait beau l’avoir braqué en premier – si vous vous en souvenez pas, bah relisez le récit de leur première aventure, parce que je vais pas toujours tout répéter –, il avait l’impression de trahir son amie.

Vu que c’était à son tour de jouer, il jeta les dés machinalement et perdit la manche à cause des valeurs pour la seconde fois de suite. Ça aurait normalement dû être le moment de déclencher sa diversion, seulement le temps qu’il réalise – trop occupé à espérer que Dragana lui comprendrait – une nouvelle partie venait de commencer.

— Ha ! fanfaronna-t-il pour se reconcentrer après avoir poussé un long soupir. Cette fois, je rafle la mise !

— Tu ferais bien, l’elfe, parce que sans ça tu vas te retrouver à poil avant la fin de la soirée, lui rétorqua son voisin de table avec un sourire carnassier.

Araën venait de trouver la cible idéale pour la petite scène qu’il avait prévue. Restait plus qu’à se faire plumer encore une fois.

Du coup, pour une fois, il remporta la mise avec une chance insolente…

Blasé, notre maraudeur se renfrogna et continua à jouer, gagnant par moment, perdant à d’autres, mais jamais deux fois de suite. Il en avait marre.

Enfin, au bout d’un moment, l’occasion se représenta à nouveau. L’elfe sauta dessus et se leva d’un bond, renversant au passage son tabouret derrière lui. Il pointa son index vers son voisin de table, prêt à faire un scandale en l’accusant de tricherie histoire de pouvoir déclencher une bonne bagarre générale et…

— Toi ! retentit soudain une voix derrière lui.

Coupé dans son élan, Araën se retourna et vit le bras droit de Dragana s’approcher de lui avec deux brutes.

— Je croyais qu’on t’avait dit de plus revenir ici tant que t’avais pas payé tes dettes, fit-il.

Avant que l’elfe n’ait eu le temps de réagir ou de protester, les Makars l’attrapèrent par les bras. Tout le monde dans la salle s’était arrêté de jouer et observait la scène.

— Oui, non, alors en fait… commença Araën.

— Ta gueule ! cracha le bras droit de Dragana avant de se tourner vers ses hommes. Emmenez-moi ça dans la cour, qu’on lui fasse un peu mieux comprendre.

— Euh… on peut pas plutôt voir ça ici ? tenta Araën.

Pour toute réponse, il reçut un coup de poing dans l’estomac avant d’être traîné vers les escaliers. Derrière lui, les tables de jeu s’animaient à nouveau comme si rien ne s’était passé.

Et donc Wenzaëlle – qui commençait à trouver le temps long dans son rôle de guetteuse à l’extérieur – vit son frère remonté par les Makars au lieu de faire diversion dans la cave pour, au contraire, faire descendre les gros bras qui étaient à l’étage…

— Kin’ta, mais c’est pas possible… se lamenta l’elfe une main sur le visage avant de se tourner vers une Kaelys qui attendait son moment un peu plus loin.

Wenzaëlle lui fit de grands signes en croisant les bras pour lui dire de ne pas y aller, ce qu’évidemment – vous le voyez venir – la rouquine interpréta de travers…

L’agile magicienne escalada donc le mur aussi discrètement que possible pour atterrir dans la cour de l’auberge pile quand les Makars débarquaient avec Araën.

— Qu’est-ce que… lâcha le bras droit de Dragana, surpris par la manœuvre. Mais…

— Euh… hésita Kaelys, tout autant surprise.

Dans la pénombre nocturne, éclairé par une simple lampe à huile suspendue à l’entrée de la cour, Araën poussa un soupir en se demandant pourquoi ça devait toujours partir en n’importe quoi.

Au même moment, Wenzaëlle déboulait comme une furie en insultant les Makars histoire de les déconcentrer – ou de les décontenancer, je sais pas bien.

En tout cas, ça fonctionna : Araën put se libérer un bras et profiter de la confusion pour frapper la brute qui lui retenait encore l’autre main. Le bras droit de Dragana voulut quant à lui s’emparer de Kaelys, mais Wenzaëlle lui sauta dessus, le plaquant au sol dans son élan.

Après, ce fut un joyeux bordel – bon, ça avait déjà commencé fort vous me direz… –, les deux gros bras s’en prenant à Araën – qui se défendait comme il pouvait –, tandis que sa frangine se retrouvait sur le dos, les poignets tenus par son adversaire pendant que Kaelys essayait vainement de l’aider.

Alertés par le grabuge, d’autres makars descendirent. Araën fut vite immobilisé par l’un d’eux – qui l’avait chopé de dos et le maintenait par-dessous les aisselles – tandis que deux de ses potes tentaient d’éviter les coups de pied de l’elfe pour pouvoir le frapper tranquillement.

Un autre des nouveaux arrivants se jeta quant à lui sur Kaelys. Seulement, au même moment, son chef envoya valdinguer la magicienne – qui commençait à l’agacer, faut bien le dire.

La jeune femme percuta le Makar qui approchait, lui donnant un coup dans le nez avec l’arrière du crâne, ce qui eut pour conséquence – comme quoi ça tient à pas grand-chose – de faire reculer instinctivement le gars les mains plaquées sur son visage, si bien qu’il trébucha et vint heurter la lampe à huile éclairant la cour.

Celle-ci tomba et se fracassa au sol, répandant du même coup son contenu – qui ne tarda pas à prendre feu – au pied de l’auberge.

Et dans le chaos qui suivit, Kaelys fixa les flammes.

Elle savait qu’elle ne devait pas, mais ne pouvait s’empêcher d’imaginer celles-ci grandir pour lécher la bâtisse, embraser sa charpente, ses poutres, sa toiture… C’était plus fort qu’elle, son esprit vagabondait sans aucun contrôle. Elle voyait les braises virevolter autour d’elle dans un magnifique balai incandescent. Elle n’avait même pas conscience de l’æther qui circulait en elle, entretenant et attisant le feu. Elle ne se rendait pas compte qu’elle se trouvait au centre du spectacle, si beau, si fascinant, si… flippant pour les autres.

Paniqués, les Makars prirent rapidement la fuite. On peut dire ce qu’on veut sur eux, mais ils ont quand même assez de bon sens pour se casser à la vue d’une magicienne capable de commander aux éléments en s’enrobant dans ce qui pourrait passer pour une armure de flamme tournoyante.

— Kal ! s’écria Wenzaëlle en se redressant, libérée du poids de l’autre makar qui venait prendre ses jambes à son cou.

L’elfe voulut s’approcher de son amie, mais le feu l’en empêchait.

— Kin’ta, jura-t-elle entre les dents avant de vider ses poumons. Kaaaal ! Reprends tes esprits, putain !

Tandis que les clients – qui avaient fini par être alertés par la fumée – commençaient à fuir l’auberge, la voix de Wenzaëlle se fraya un chemin jusqu’à la conscience de Kaelys.

Troublée, celle-ci fut tirée de sa rêverie, se rendant enfin compte de ce qu’elle était en train de faire. Elle libéra l’æther de son emprise et tomba à genou, épuisée et en pleurs. Les flammes se réduisirent ou moururent instantanément.

— Fais chier, pesta Wenzaëlle. Frangin ! Fonce chercher la caisse, je m’occupe d’elle !

L’elfe se précipita vers son amie, s’agenouilla et la prit dans ses bras pour la calmer. Araën, lui, était déjà dans l’auberge en se tenant les côtes – bah, il avait pas pu éviter tous les coups pendant la bagarre… –, et courait – enfin boitait – à l’étage.

Il ne mit pas trop longtemps à trouver ce qu’il cherchait. Lorsqu’il ressortit, les filles étaient debout et l’attendaient. La rouquine semblait aller mieux, alors il ne se posa pas trop de questions et les trois acolytes disparurent dans la nuit avec leur caisse – et ça malgré un plan pourri et mal exécuté…

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