Scène 4

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Araën se réveilla lentement.

Sa conscience mit un moment avant de lui faire réaliser ce qu’il voyait – à savoir trois paires de bottes : celles des gros bras qui avaient enlevé nos maraudeurs.

Luttant pour ne pas se rendormir, l’elfe fit le point. Sa sœur et Kaelys se trouvaient un peu plus loin, allongées comme lui sur un tapis vert. Il y avait des bancs en bois, des serviettes au sol et… il comprit où ils avaient été emmenés : c’étaient les vestiaires des bains de Naggiane.

Bien sûr, il devina aussitôt qui les avait fait demander. Vous aussi, j’imagine – enfin sauf si vous vous rappelez plus de la première aventure que je vous ai racontée, mais dans ce cas… eh ben j’ai envie de dire qu’il fallait suivre, non mais oh.

Bref, Araën avait vu juste. C’était bien un coup de Davrak et vu la façon de faire, le maraudeur sut que c’était pas bon pour eux. Le courtier de l’ombre devait avoir des choses à leur reprocher – comme par exemple le fait d’avoir menti au sujet de la caisse qu’ils étaient censés avoir détruite alors qu’en réalité ils se l’étaient fait chourer par les Makars…

La bouche encore pâteuse, l’elfe se mit en position assise.

— La vache, se plaignit-il en essayant de faire le malin, vous auriez pu juste nous demander de vous suivre… Il pue votre produit…

Pour toute réponse, il reçut une serviette en pleine tronche.

— Enlève tes fringues, grogna la brute qui avait jeté le linge. Le patron vous attend… Et vous voulez pas faire attendre le patron…

Araën attrapa le linge à contrecœur et commença d’un air résigné à se mettre torse nu. Au même moment, des geignements se firent entendre : les filles se réveillaient à leur tour.

— Vous aussi, fit la brute en leur lançant chacune une serviette. Déshabillez-vous et enroulez-vous là-dedans.

— Qu… quoi ?! s’affola Kaelys. Ici ? De… devant vous ?!

Les hommes de main du courtier ricanèrent, puis l’un d’eux se pencha vers la rouquine d’un air satisfait.

— Devant nous, ouais. Aller ma mignonne, fout toi à poil maintenant.

Wenzaëlle, qui était encore à moitié dans les vapes, hésita. Rentrer dans le lard de la brute pour lui faire ravaler ses paroles leur attirerait des ennuis, c’était sûr, mais ça elle s’en foutait. Par contre, ça ne lui ressemblait pas – enfin si, un peu, mais elle craignait que cette réaction ne la trahisse, elle qui, en temps normal, aurait certainement appuyé le propos du type pour mettre Kaelys mal à l’aise. Ça et puis le fait que de toute façon, vu son état, elle se serait probablement loupée en essayant de lui en coller une… sans compter qu’à réfléchir à deux à l’heure, tout le monde était déjà passé à autre chose.

— Vas-y, Kal, montre-lui tout… lança tout de même l’elfe d’une voix chancelante. Sans ça, il a aucune chance de pouvoir mater un jour une putain de rouquine aussi belle que toi… Eh ouais, mate tant que tu peux, connard, parce qu’avec ta tête d’ænraë, t’en auras jamais une comme ça dans ton lit, moi je te le dis…

Sur le moment, sous-entendre un truc sur le pouvoir de séduction de la brute lui avait semblé être un bon compromis. Évidemment, étant toujours dans le gaz, Wenzaëlle n’avait par contre pas réfléchi plus loin que ça sur sa formulation – d’un autre côté, je me demande encore aujourd’hui si elle aurait dit ça autrement même en ayant eu tous ses esprits…

Ce qui était sûr en revanche, c’est que devoir se poser des questions sur ses réactions au cas où celles-ci seraient interprétées, ça lui prenait la tête. Alors comme tous les regards s’étaient tournés vers elle – sauf ceux de Kaelys qui allèrent fixer le sol pendant que ses joues devenaient rouges – elle chercha pas trop loin et fit ce qu’elle savait faire de mieux : attirer l’attention.

— Quoi ?! leur lança-t-elle. C’est moi que vous voulez mater finalement ? Pas de problème…

L’elfe se leva d’un bond – et se rattrapa au mur voisin pour ne pas retomber aussi sec –, puis jeta son corset de cuir sur le tapis avant de délacer, puis baisser son pantalon pour se retrouver aussi fier que nue, les mains posées sur les hanches.

Au moins, la diversion profita à Kaelys qui se dépêcha de nouer sa serviette autour de sa poitrine avant de finir de se déshabiller – sans trop s’afficher, donc.

Enfin en tenue, les trois maraudeurs traversèrent les bains jusqu’à l’alcôve de Davrak.

Le courtier attendait sur un banc, près d’un bassin chaud. L’air était humide et étouffant, pourtant cela ne semblait pas gêner l’homme, qui fit signe au trio d’approcher.

Araën s’avança d’un pas décontracté tandis que Wenzaëlle trempa la pointe d’un pied dans l’eau. Trop chaud pour elle, l’elfe se ravisa et rejoignit son frère en faisant mine d’admirer les gravures au plafond. Kaelys, elle, avait suivi le mouvement, non sans avoir chuchoté quelques remontrances envers son amie.

Davrak les observa un instant, le visage toujours aussi austère qu’à leur première rencontre. Il passa une main sur la barbe naissante de sa large mâchoire, puis eut l’intelligence de prendre la parole avant qu’Araën n’ait l’idée de sortir une blague douteuse pour faire le malin.

— Vous m’aviez affirmé que la caisse avait été détruite dans un incendie, déclara le courtier de sa voix caverneuse. Je me trompe ?

— Oh… Oui, euh… ben vous savez, tenta de s’expliquer Araën en posant une main derrière sa tête, j’ai surtout dit qu’il y avait eu un grand incendie et qu’on avait vu personne s’enfuir avec, hein…

— Oui. Et vous étiez catégorique, la caisse se trouvait là-bas et avait forcément brûlé.

— C’est ça.

— Alors dans ce cas, reprit patiemment Davrak, comment expliquez-vous que son contenu soit réapparu ?

— Déjà, comment vous savez que c’est le contenu de cette caisse-là ?

— Des incendies aux quatre coins de la cité, déclenchés par des parchemins de feu enchantés à Kirenne… Ça ne court pas vraiment les rues, voyez-vous, détailla le courtier avant de s’empresser d’ajouter sur un ton agacé : Et avant que vous ne soyez tenté de m’insulter en prétextant, par exemple, que tout cela puisse n’être qu’une simple coïncidence, je vous suggère de bien réfléchir.

Araën évita donc d’arguer que le contenu était une chose, mais que la caisse, elle, avait vraiment brûlé, parole. À la place, il se contenta d’une grande inspiration avant de refermer la bouche.

Accessoirement, l’elfe venait de comprendre que si ce que disait Davrak était vrai, alors cela signifiait que les makars étaient derrière les incendies des brasseurs. Quant à savoir pourquoi…

— Bien, approuva le courtier.

Celui-ci se leva, révélant une stature encore plus impressionnante que lorsqu’il était assis. Avec ses deux mètres bien tassés, sa carrure n’avait vraiment rien à envier à celle d’un ours.

— Puisque vous avez déjà été payé pour avoir détruit cette caisse… et son contenu, reprit-il en commençant à faire les cent pas sur le carrelage tiède. Il me semble raisonnable de penser que vous mettrez tout en œuvre pour terminer le travail qui vous a été confié.

Davrak s’arrêta devant Araën et l’observa de toute sa hauteur sans l’ombre d’un sourire sur le visage. Son expression n’appelait aucun commentaire, du coup l’elfe demeura silencieux. D’ailleurs, même Wenzaëlle sentait qu’elle faisait mieux de ne rien dire pour une fois.

— Je vous offre l’opportunité de réparer votre erreur, poursuivit-il tout aussi sérieusement. Détruisez ces parchemins avant que la cité soit en feu et je passerais l’éponge. Seulement cette fois, je veux une preuve concrète. C’est bien clair ?

Le message était passé, il le savait et se détourna rapidement des maraudeurs pour entrer dans l’eau brûlante du bain, sans sourciller – ce qui fit naître une moue légèrement réprobatrice sur le visage de Wenzaëlle.

Puis le trio tourna les talons et retourna se changer. Au moins, cette fois les vestiaires étaient vides de gros bras…

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