Scène 2 - (1/2)

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Toujours là ? Ha ! J’en étais sûr…

Bon. Alors, pendant qu’Araën était parti jouer aux dés chez les Makars – certainement en espérant y croiser Dragana –, sa sœur, elle, avait pris le chemin du vieux bâtiment où se trouvait sa chambre.

Elle avançait seule, sans conviction, traina un moment au pied de l’ancienne pension, sur la place Soranda, cherchant du regard la présence de Norgaal – un sans-corne qui y faisait souvent des numéros avec son aigle dressé et avec qui elle avait eu une brève aventure.

Elle ne comprenait pas pourquoi, mais elle se sentait d’humeur maussade et avait besoin de parler à quelqu’un. Sauf qu’entre-temps, l’ork était devenu mercenaire et arpentait désormais les routes avec les ratons noirs – et croyez-moi, y a un paquet de trucs à raconter sur eux aussi…

Bref, notre lanceuse de lame se décida finalement à rentrer chez elle… pour y trouver Kaelys en train de rouler son chaperon en boule sur le sol histoire de s’en faire un oreiller.

— Ah, c’est toi ? fit l’intruse avec innocence. Je commençais à m’inquiéter…

La pauvre. Malgré leur petite dispute aux quatre vents, elle s’attendait pas à se faire rabrouer comme elle le fut.

— Putain, mais qu’est-ce que tu fous là, toi ?! s’emporta Wenzaëlle. Tu crois que c’est un moulin ici ? Tu t’installes et tu te casses comme tu veux, sans rien demander ?

— Je… pardon, s’excusa Kaelys, le front barré par un trait coupable. J’avais l’intention de te poser la question, mais vous êtes tous sortis sans payer tout à l’heure et Nicolaj m’a alpaguée…

Oui, bah je sais ce que vous vous dites, mais je fais pas crédit, moi… surtout en cette sombre période de pénurie de cervoise…

— Et quand je suis arrivé ici, j’ai frappé à la porte, mais tu répondais pas, alors je me suis permise de… poursuivit Kaelys tandis que l’elfe levait les yeux au plafond, amusée malgré elle par la candeur de son amie. Tu veux bien m’héberger à nouveau, dis ? Je te promets qu’après le contrat je…

— Non ! la coupa Wen en retrouvant soudainement sa mauvaise humeur. Hors de question. Trouve-toi une autre conne à pigeonner.

— Je…

— S’il te plait, Kal, ne rends pas ça plus difficile. Sors de chez moi.

Kaelys n’insista pas. Elle ramassa son chaperon et quitta la chambre la mine basse. L’elfe referma la porte derrière elle en se retenant pour ne pas hurler de rage.

Elle resta debout, à ruminer sans parvenir à penser à autre chose qu’au comportement de son amie, ce qui l’agaçait profondément. Surtout qu’elle comprenait pas pourquoi elle réagissait comme ça…

Après un moment, Wenzaëlle décida d’aller prendre l’air pour se changer les idées. Peut-être espérait-elle inconsciemment tomber sur la jeune mage et avoir une chance de se réconcilier ? Elle seule le sait. Quoi qu’il en soit, elle sortit de sa chambre, passa par l’ouverture menant au toit voisin et se retrouva bel et bien à nouveau devant la rouquine.

Elle s’approcha, mais son amie ne la remarqua pas, trop absorbée dans la contemplation maladive d’un incendie – le même qu’en début de soirée –, au loin.

La jeune femme respirait difficilement, une grande tension parcourait l’intégralité de son corps au point d’en faire trembler sa mâchoire et ses bras. Il était clair que Kaelys luttait pour ne pas se laisser consumer par ses pulsions, tout comme il semblait évident qu’elle était en train de perdre ce combat.

La magicienne quitta l’horizon des yeux pour observer le creux de sa main droite d’un air absent. Peu à peu, l’æther se regroupait au milieu de sa paume où une flamme vive jaillit d’un coup.

— Kal ! appela craintivement Wenzaëlle, horrifiée par ce qu’elle voyait.

Ce n’était plus la jeune mage insouciante et souriante ni la rouquine gaffeuse, parfois râleuse, mais toujours attachante qu’elle connaissait. L’espace d’un instant, c’était comme si son amie s’était retrouvée possédée par le dieu fou…

Bon, puis comme l’intervention de l’elfe avait ramené Kaelys à la raison, cette dernière paniqua, secoua la main pour éteindre la flamme et failli foutre le feu à tout le bâtiment dans la manoeuvre.

Heureusement, la magie se dissipa rapidement et, finalement, aucun incident ne fut à déplorer.

Quoi qu’il en soit, avoir vu la magicienne dans cet état fit culpabiliser Wenzaëlle. Elle ne pouvait pas ignorer ou renvoyer celle qui était sa plus proche – et seule en fait – amie comme elle l’avait fait. Alors elle posa une main apaisante sur l’épaule de l’incendiaire et tenta de trouver des mots rassurants.

— Hey, p’tit phénix… fit-elle avec une douceur dont elle n’était pas coutumière. Ça va ? Comment tu te sens ?

La rouquine leva vers elle ses grands yeux bleu-gris et se mit à pleurer.

— Aide-moi, implora-t-elle. Je ne veux pas que le démon prenne le dessus…

Ce fut probablement le coup de grâce. Wenzaëlle eut l’impression qu’on lui plantait un poignard en plein cœur. La détresse de son amie n’était pas feinte, loin de là, et elle se sentait coupable. Elle ne pouvait pas la renvoyer comme ça, même si elle devait souffrir un jour pour ça.

— Hey, euh… fit l’elfe, un peu mal à l’aise. Il doit me rester une bouteille du vin de Lijnn dans ma piaule… Emh… Tu veux qu’on rentre boire un coup ?

C’est comme ça que les deux maraudeuses se retrouvèrent finalement à picoler ensemble pour finir la soirée. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes, pour certains…

En effet, après avoir débouché le vin, puis bu directement au goulot – si c’est pas malheureux de boire un alcool de cette qualité avec si peu de considération –, Wenzaëlle tendit la bouteille à la rouquine… qui ne se fit pas prier pour prendre la suite.

Quelques gorgées – rah ! – plus tard, un début d’ivresse aida les deux amies à se livrer plus avant, Kaelys expliquant à son hôte qu’elle n’avait qu’elle sur qui compter.

— Personne d’autre m’a jamais comprise, se confia-t-elle en ayant un petit coup dans le nez. Alors… faut pas que tu me rejettes, sinon j’y arriverais pas…

Wenzaëlle, qui tenait un peu mieux l’alcool se leva, tourna en rond – bah oui, vu qu’y avait pas assez de place pour faire les cent pas – et tenta à nouveau d’ordonner ses idées.

— Tu sais, se lança-t-elle finalement, quand j’ai essayé de te dissuader de nous accompagner, l’autre fois. C’était pas seulement pour te protéger… Enfin si, aussi, mais la vérité c’est que j’ai peur de m’attacher aux gens, Kal. J’ai… j’ai peur de te perdre comme j’ai perdu mes parents.

Elle marqua une courte pause, arrêta de tourner en rond et comprit enfin ses réactions récentes.

— Mais c’est trop tard, avoua-t-elle. À la fin de notre dernier contrat, au fond de moi, bah j’espérais que tu restes avec nous. Sauf que t’es partie. Et ça m’a fait mal. Plus encore que je le pensais. Je veux pas revivre ça, tu comprends.

— Et si cette fois je restais ? s’enthousiasma Kaelys en se levant.

La rouquine plongea ses yeux pleins d’espoir dans ceux de l’elfe. Toutes deux se figèrent, comme hypnotisées. Durant ce moment de flottement, Kaelys ne put s’empêcher de mordiller sa lèvre inférieure… et c’est ici que tout a vraiment dérapé.

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