Ensemble

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Après, je suis mort ...

Automne ne se sentait pas très bien. Il avait finis par parcourir la planète entière et tournait désormais en rond. Posé à côté du cadavre d'un arbre il se questionnait, encore.
Depuis deux semaines il ressentait une drôle de sensation, son être tout entier devenait froid et il remarquait avec effroi qu'il perdait ses belles couleurs depuis quelques temps. Ne connaissant pas la maladie ni ce qu'elle imposait il se sentait perdu et se morfondait à cause de son ignorance.
La température avait chutée radicalement depuis quelques jours, la terre sèche était devenue froide et glissante, il était certain que ce n'était pas son oeuvre aussi il se demandait s'il était le seul à pouvoir modifier la planète. Il toussait, beaucoup, quand sa quinte se calmait il avait énormément de mal à reprendre son souffle. Sa flamme au-dessus de sa tête avait arrêté de flamboyer et n'était plus qu'un amas de filaments tombant lâchement sur le haut de son crâne. Son corps recroquevillé au pied de l'ancien chêne il se sentait partir vers un ailleurs inconnu.

Été qui ne le quittait rarement du regard avait de la peine pour le petit esprit, elle ne connaissait que trop bien ce phénomène. Chaque année, depuis des millénaires elle vivait, comme les deux autres esprits à ses côtés, ce moment difficile. Celui de l'ascension. En soit, le résultat final n'était pas si mauvais, il leur permettait de se réunir et de patienter sereinement jusqu'à leur prochaine descente sur la planète, mais ça Automne l'ignorait encore. Elle se souvenait de sa première fois, elle aussi était perdue et ne savait pas ce qui se passait, elle aussi avait peur, mal et redoutait le moment où son petit coeur s'éteindrait. Quand, après son dernier battement, elle s'était éveillée aux côtés d'Hiver qui l'attendait elle avait compris que ce n'était pas vraiment la fin, avec soulagement elle avait écouté sagement la saison froide qui lui avait expliqué qu'elle pouvait désormais se reposer calmement et que rien de mauvais ne lui arriverait, du moins, jusqu'à sa prochaine naissance.

Car c'était ainsi que cela fonctionnait, ils vivaient le temps d'une saison sur la planète, travaillaient et y instauraient le climat et le décor propre à leur nom, ils grandissaient avec les semaines et finissaient par mourir et revenir auprès des leurs, encore et toujours. C'était ainsi, il n'y avait pas à s'en plaindre, rien n'y changerait. La seule chose qu'Eté regrettait en cet instant était de ne pas pouvoir prévenir et rassurer le jeune esprit, que son tourment ne durerait plus très longtemps et que bientôt il serait avec les siens, en paix. Il ne restait qu'à patienter.

Hiver s'était radoucit, il avait quitté son mur de glace et regardait également les agissements du nouveau. Ses traits plissés étaient la preuve qu'il se souvenait lui aussi de sa première fois. Même si l'empathie n'était pas sa plus grande qualité, il se mettait tout de même un peu à la place de l'esprit et avait oublié sa colère à son encontre. Lui aussi patientait, son heure arrivait.

Printemps, la tête reposant sur l'épaule d'Eté reniflait. Elle détestait cette période, cette lente mort qui amenait les siens jusqu'à elle. Elle tentait d'envoyer des bouffées de chaleur à son futur ami mais ses tentatives restaient vaines, elles n'arrivaient pas à passer le mur invisible qui la séparait de sa planète. Elle soupira en chuchotant que tout serait bientôt fini.

Automne toussa une fois de plus. Sa peau était devenue grise et était tellement pâle qu'il n'était pas difficile de comprendre qu'il vivait ses derniers instants. Lui-même en avait vaguement conscience. Il peinait à garder les paupières ouvertes et regardait tristement ce monde qu'il avait tant aimé, il ne souhaitait pas lui dire au revoir. Pourtant, il ne pouvait plus rien y faire, ses forces l'abandonnaient un peu plus à chaque instant. Sa poitrine était lourde à soulever, l'air ne souhaitait plus s'engouffrer en lui pour le maintenir en vie. Une minuscule larme coula le long de sa joue et laissa dans son sillage une brûlure glaciale. Le haut de sa tête reposait sur l'écorce givrée de son chêne, il n'arrivait plus à penser correctement, son esprit embrumé par la mort ne trouvait plus d'issue pour réussir à redevenir cohérent. Il se roula en boule avec les dernières forces qui lui restaient et posa sa joue sur une racine autrefois vivante. Il avait peur, il était incapable de penser ou ressentir autre chose. Il ne savait pas où il partait, ni s'il y avait quelque chose après, était-ce tout ? La vie se résumait-elle à ça ? Il soupira en sentant son coeur devenir aussi froid que la glace et commencer à se durcir, c'était douloureux. Sa peau se craquelait et se fissurait par endroits. Sa flammèche s'éteignit lentement alors qu'il fermait les yeux pour fuir l'arrivée de la faucheuse.

Il sentit une morsure encore plus froide que toutes les autres lui toucher le front, il cligna des yeux en comprenant que c'était finit. Il ne ressentait plus de peine, plus de peur, plus rien. Il avait l'impression d'être aussi léger que le vent et de s'envoler. Quand ses petits yeux s'ouvrirent totalement, il se vit s'élever dans les airs. Sa peau avait retrouvée ses couleurs d'autant mais était devenue translucide. Il releva la tête en sentant toujours cette froideur sur son front et le vit lui sourire doucement.
Il n'était pas si différent de lui, il était même très semblable si ce n'est que ses couleurs à lui n'étaient pas les mêmes. Il était tout blanc et avait des teintes de bleu par endroits. Ses yeux le fixaient et semblaient lui dire au revoir. Automne continua à s'élever et disparaitre en même temps sans comprendre qui était cette personne ni pourquoi il semblait si triste. Le contact entre leur deux fronts disparu et Automne hocha la tête avant de lui sourire doucement et de s'évaporer dans un nuage de fumée rouge. Il entendit toutefois sa voix avant de rejoindre l'ailleurs.

"A bientôt, mon frère."

Automne s'éveilla peu de temps après, ou des décennies plus tard il n'en avait aucune idée. Quand ses yeux s'habituèrent à la lumière vive du nouvel endroit où il se trouvait sa petite flammèche aussi vivante qu'à sa naissance bondit dans sa poitrine. Il sourit comme il ne l'avait jamais fait jusqu'à présent et fut rapidement entouré d'une douce chaleur réconfortante quand deux autres esprits aux jolies couleurs chaudes vinrent lui souhaiter la bienvenue.
Il laissa couler une larme de bonheur sur sa joue et soupira de soulagement, il n'était plus seul désormais, il avait trouvé sa famille.

FIN

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